Institut Miraj

PARTIE 47 : L’EXPÉDITION DE GHÂLIB B. ‘ABDALLÂH (L’AN 7)

Soutenez-nous sur

Au mois de Ramadan de la septième année de l’Hégire, le Prophète envoie une expédition dirigée par Ghâlib b. ‘Abdullâh al-Laythî à la tête d’environ cent trente musulmans. Leur mission consiste à attaquer certaines tribus hostiles, parmi lesquelles les Banû ‘Awâl et les Banû ‘Abd b. Tha‘laba, dans la région d’al-Mayfa‘a, ou selon d’autres récits, al-Huraqât, une branche de la tribu de Juhayna.

Les musulmans parviennent à vaincre leurs adversaires et récupèrent plusieurs chameaux ainsi que différents biens. Durant cette expédition, un événement marquant se produit. Usâma b. Zayd se retrouve face à un homme nommé Mirdâs b. Nuhayk, connu pour avoir été hostile aux musulmans et pour s’être moqué de lui auparavant. Alors qu’Usâma s’apprête à le tuer au combat, l’homme prononce soudainement l’attestation de foi en disant qu’il n’y a de divinité que Dieu. Malgré cela, Usâma le tue, pensant qu’il avait seulement prononcé ces paroles pour sauver sa vie.

Lorsque le Prophète apprend ce qui s’est passé, il réprimande fortement Usâma et lui dit : « Pourquoi n’as-tu pas ouvert son cœur pour savoir s’il était sincère ou non ?! » Le Prophète lui rappelle ainsi que les musulmans doivent juger les gens selon ce qu’ils montrent extérieurement, tandis que la réalité des intentions appartient à Dieu seul. Usâma est alors profondément bouleversé par cette remarque du Prophète . Il éprouve un immense regret et craint que cette faute ne lui soit jamais pardonnée.

Le Prophète pardonne à Usâma b. Zayd tout en lui enseignant la manière juste d’agir face aux réalités cachées des cœurs. Il lui explique que l’attestation de foi, qu’elle soit sincère ou non, doit suffire à mettre fin au combat : soit l’homme la prononce avec sincérité et devient alors musulman, rendant son sang inviolable ; soit il ne l’est pas, mais sa parole doit malgré tout être considérée comme une demande de paix. Le Coran appelle d’ailleurs à la prudence dans ce type de situation : « Ô vous qui croyez ! Lorsque vous entrez en campagne pour la cause de Dieu, soyez clairvoyants ! Ne vous hâtez pas de traiter en ennemi celui qui vous adresse un salut amical en lui disant : ‘Tu n’es pas croyant !’ » (4 : 94). Usâma avait, dans cet instant, laissé ressurgir des réflexes hérités de l’époque préislamique que l’islam était venu corriger, mais son repentir fut accepté lorsqu’il promit de ne plus recommencer. Le Prophète faisait preuve d’une grande sagesse dans tout ce qui relevait des intentions intérieures, connues de Dieu seul. Bien qu’il vive au milieu des hypocrites de Médine et demeure vigilant à leur égard, il continuait à les considérer extérieurement comme musulmans, sans juger définitivement leur état tant qu’ils étaient vivants, car la sincérité pouvait encore naître dans leur cœur. Ce n’est qu’après leur mort, lorsque leur hypocrisie ne faisait plus aucun doute, que Dieu lui interdit de prier sur eux.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Plus de posts