Au mois de Ramadan de la septième année de l’Hégire, le Prophète ﷺ envoie une expédition dirigée par Ghâlib b. ‘Abdullâh al-Laythî à la tête d’environ cent trente musulmans. Leur mission consiste à attaquer certaines tribus hostiles, parmi lesquelles les Banû ‘Awâl et les Banû ‘Abd b. Tha‘laba, dans la région d’al-Mayfa‘a, ou selon d’autres récits, al-Huraqât, une branche de la tribu de Juhayna.
Les musulmans parviennent à vaincre leurs adversaires et récupèrent plusieurs chameaux ainsi que différents biens. Durant cette expédition, un événement marquant se produit. Usâma b. Zayd se retrouve face à un homme nommé Mirdâs b. Nuhayk, connu pour avoir été hostile aux musulmans et pour s’être moqué de lui auparavant. Alors qu’Usâma s’apprête à le tuer au combat, l’homme prononce soudainement l’attestation de foi en disant qu’il n’y a de divinité que Dieu. Malgré cela, Usâma le tue, pensant qu’il avait seulement prononcé ces paroles pour sauver sa vie.
Lorsque le Prophète ﷺ apprend ce qui s’est passé, il réprimande fortement Usâma et lui dit : « Pourquoi n’as-tu pas ouvert son cœur pour savoir s’il était sincère ou non ?! » Le Prophète ﷺ lui rappelle ainsi que les musulmans doivent juger les gens selon ce qu’ils montrent extérieurement, tandis que la réalité des intentions appartient à Dieu seul. Usâma est alors profondément bouleversé par cette remarque du Prophète ﷺ. Il éprouve un immense regret et craint que cette faute ne lui soit jamais pardonnée.
Analyses et Enseignements
Le Prophète ﷺ pardonne à Usâma b. Zayd tout en lui enseignant la manière juste d’agir face aux réalités cachées des cœurs. Il lui explique que l’attestation de foi, qu’elle soit sincère ou non, doit suffire à mettre fin au combat : soit l’homme la prononce avec sincérité et devient alors musulman, rendant son sang inviolable ; soit il ne l’est pas, mais sa parole doit malgré tout être considérée comme une demande de paix. Le Coran appelle d’ailleurs à la prudence dans ce type de situation : « Ô vous qui croyez ! Lorsque vous entrez en campagne pour la cause de Dieu, soyez clairvoyants ! Ne vous hâtez pas de traiter en ennemi celui qui vous adresse un salut amical en lui disant : ‘Tu n’es pas croyant !’ » (4 : 94). Usâma avait, dans cet instant, laissé ressurgir des réflexes hérités de l’époque préislamique que l’islam était venu corriger, mais son repentir fut accepté lorsqu’il promit de ne plus recommencer. Le Prophète ﷺ faisait preuve d’une grande sagesse dans tout ce qui relevait des intentions intérieures, connues de Dieu seul. Bien qu’il vive au milieu des hypocrites de Médine et demeure vigilant à leur égard, il continuait à les considérer extérieurement comme musulmans, sans juger définitivement leur état tant qu’ils étaient vivants, car la sincérité pouvait encore naître dans leur cœur. Ce n’est qu’après leur mort, lorsque leur hypocrisie ne faisait plus aucun doute, que Dieu lui interdit de prier sur eux.
Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)
RS : En islam, la date de naissance du Prophète Muhammad ﷺ n’est pas considérée comme ayant une importance particulière, et les célébrations organisées par certains musulmans à cette occasion ne possèdent aucune reconnaissance religieuse officielle. Il est important de noter que la naissance du Prophète Muhammad ﷺ a été ordinaire, notamment en comparaison avec celle de Jésus (as), qui, selon le Coran, a parlé dès sa naissance.
Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)
RS : ’Abd Al-Muttalib a nommé l’enfant « Muhammad » (Le digne de louanges) car il souhaitait que ce dernier soit glorifié par Dieu dans les cieux et par les hommes sur Terre. Ce souhait devint rapidement une réalité indiscutable. Si le Prophète Muhammad ﷺ mérite une telle glorification, c’est parce que son œuvre a été inégalable et qu’il a voué sa vie au service de l’humanité.
Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)
RS : Le Prophète Muhammad (saw) est également appelé Ahmad. Dans les deux cas, le sens est le même : le digne de louanges. Bien que l’Évangile de Barnabé, considéré comme apocryphe par les chrétiens, mentionne Muhammad, il semble plus exact de penser que Jésus n’a pas utilisé les noms d’Ahmad ou de Muhammad car il parlait le syriaque et non l’arabe. À ce sujet, Ibn Ishâq affirme que Jésus appela le Prophète (saw) Munhamann, un terme syriaque qui signifie le digne de louanges. Cela s’aligne avec la signification des noms Ahmad et Muhammad, montrant une cohérence linguistique et théologique. Le terme paraclet, qui est souvent associé à Muhammad, n’est apparu qu’après la traduction de la Bible en grec.
Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)
Afin de se distinguer des plus riches, l’homme modeste se tourne souvent vers un comportement exemplaire. Il doit faire de grands efforts pour préserver sa réputation et sa dignité, sans quoi il risque d’être humilié ou dominé par les plus aisés. ‘Abd al-Muttalib, autrefois maître de la Mecque, a vu sa grandeur décliner avec les années, mais il a traversé ces changements de position sociale avec une grande dignité. Plutôt que de se lamenter, il a affronté les défis de la vie avec courage et détermination. Le Prophète Muhammad ﷺ est né et a passé ses premières années dans cet environnement et cette mentalité. La noblesse du Messager de Dieu ﷺ trouve ses racines dans la noblesse de ses ancêtres.
Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)
RS : Seul un homme noble et illustre est véritablement apte à diriger un mouvement de prédication. Les personnes fortunées et celles de la classe moyenne sont généralement moins compétentes pour mener un mouvement intellectuel, une réforme sociale ou spirituelle. La structure de notre monde fait en sorte que l’autorité ne soit pas naturellement accordée aux plus riches ou aux excentriques, sous prétexte que leur statut social les rendrait plus aptes et dignes de diriger. Lorsque l’un d’entre eux se retrouve à la tête d’un tel mouvement, il tombe rapidement en disgrâce et le mouvement est vite abandonné par le peuple. Leurs actions, souvent marquées par un manque de sagesse, révèlent l’instabilité de leur pensée, discréditant ainsi le mouvement qu’ils tentaient de diriger.
Mustafâ al-Sibâ’î (al-Sîra al-nabawiyya durûs wa ‘ibar)