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Publié le 16 avril 2025

PARTIE 4 : LA JEUNESSE ET LA PROFESSION DU PROPHÈTE ﷺ

À l’âge de treize ans, le Prophète Muhammad commence à garder les troupeaux des Mecquois ainsi que ceux des Banû Sa‘d en échange d’un modeste salaire. Il ne demande rien à personne et tire sa subsistance d’un revenu parfaitement licite.

Il se distingue dès son plus jeune âge par la noblesse de son caractère et les signes d’une intelligence précoce qui lui valent l’affection de tous ceux qui le rencontrent. Il lui arrive ainsi de prendre place sur le tapis de son grand-père, à l’ombre de la Ka‘ba. Or, lorsque ce dernier s’y installe, aucun de ses fils – les oncles du Prophète – n’ose s’asseoir à ses côtés. Aussi, lorsque le Prophète , encore enfant, vient s’asseoir sur ce tapis, ses oncles tentent de l’en empêcher. Mais ‘Abd al-Muttalib leur dit : « Laissez mon fils ! Par Dieu, il est promis à un grand destin ! »

Durant sa jeunesse, Dieu le préserve des distractions et des tentations de la vie mondaine. À ce sujet, le Messager de Dieu déclare : « Durant ma jeunesse, je ne fus tenté par les pratiques de l’époque préislamique qu’à deux reprises. Chaque fois, Dieu m’en préserva. Une nuit, je confiai mon troupeau à un compagnon afin de me rendre en ville. En arrivant près d’une maison, j’entendis de la musique. On m’informa qu’un mariage y était célébré. Je m’arrêtai pour écouter, mais Dieu me fit tomber dans un profond sommeil jusqu’au lever du soleil. Je retournai alors auprès de mon compagnon et lui racontai ce qui m’était arrivé. Une autre nuit, il m’arriva la même chose. Depuis lors, je ne fus plus jamais tenté. »

À l’âge de vingt-cinq ans, le Prophète est chargé de diriger une caravane commerciale vers la Syrie pour le compte de Khadîja bint Khuwaylid, l’une des femmes les plus riches et les plus respectées de La Mecque. Veuve et commerçante, elle a l’habitude de confier ses affaires à des hommes de confiance. Lorsqu’elle entend parler de l’honnêteté et de l’excellente réputation du Prophète , elle lui propose de conduire l’une de ses caravanes. Il accepte et part vers le nord accompagné de Maysara. Le voyage est un grand succès. À leur retour, Maysara rapporte à Khadîja tout ce qu’il a observé durant l’expédition et lui décrit l’intégrité, la patience et la noblesse de caractère exceptionnelles du Prophète .

Analyses et Enseignements

Un homme d’une telle perspicacité est naturellement appelé par la vie, même s’il ne la sollicite pas. Car la vie véritable n’est pas faite pour les pessimistes ni pour ceux qui s’abritent dans l’illusion. Bien que ce monde regorge de plaisirs accessibles, le Prophète n’y a jamais glissé, pas même par inadvertance. Rien, absolument rien, ne vient entacher son parcours. Nulle action, nulle intention ne laisse penser qu’il ait un jour convoité richesse ou position sociale. Sa réputation était solidement ancrée dans ses vertus : la noblesse, la clairvoyance, la sincérité et la loyauté. La noblesse de l’âme ne consiste pas seulement à renoncer aux jouissances. Elle réside dans cette force intérieure par laquelle la chasteté, la raison et le bon sens l’emportent sur les pulsions et les désirs.

Le Prophète n’était animé d’aucun complexe de grandeur, à l’opposé de ceux qui cherchent à briller coûte que coûte. Il ne flattait jamais pour plaire ni pour séduire les regards. À cela s’ajoutait son rejet profond de l’idolâtrie, et la certitude que la vérité résidait au-delà de tous les mythes dominants. C’est pourquoi la solitude des montagnes lui était familière, et pourquoi le métier de berger, modeste mais porteur de paix, lui convenait tant. Ce n’était ni un repli ni une fuite du monde, mais une immersion dans les vérités supérieures — celles qui transforment les êtres et réforment les sociétés. Les grandes âmes ne s’achètent pas : elles sont guidées par la lumière de la vérité, non par le poids de l’or. Elles ne cherchent pas à dominer les peuples, mais à les élever — là où les faux semblants et les comédies sociales ne font que les égarer.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

L’homme n’a pas été créé pour rester chez lui à ne rien faire. De nombreux prophètes ont travaillé, et plusieurs d’entre eux ont exercé la fonction de berger. Pourquoi ce métier en particulier ? Était-ce pour les former à guider les hommes, ou à protéger les plus vulnérables ? Cela nous amène à poser une question essentielle : la connaissance du monde et des hommes jaillit-elle soudainement chez les Messagers, sans aucune préparation ? La réponse est non. Cependant, l’apprentissage des Prophètes ne suit pas les chemins traditionnels. Leur esprit sain, leur lucidité et leur disposition naturelle à la vérité les placent au-dessus des plus grands spécialistes, sans qu’ils n’aient suivi d’école au sens classique. Quelle est donc cette science qui mène à une telle perfection ? Est-elle fondée sur l’accumulation de règles, de théories ou de textes mémorisés ? Trop souvent, certains récitent sans comprendre. D’autres, parfois très jeunes, savent reproduire les discours des puissants mais restent incapables d’inciter au bien ou de dissuader du mal. Ils ne réforment rien dans la société. Il y a même des gens qui, après vingt années d’études, s’égarent dans des spéculations sur des évidences que le bon sens d’un illettré sincère trancherait en quelques instants. L’esprit du Prophète était bien au-delà de cela. Ses intuitions, ses jugements, sa vision du monde étaient d’une clarté rare, et cela dès son jeune âge. Dans l’immensité du désert, son cœur restait éveillé, son esprit toujours en éveil. Sa méditation constante l’élevait vers une certitude que ni la simple mémorisation ni un raisonnement sans profondeur ne sauraient atteindre. Il respectait profondément les vérités de la vie et de l’univers, ce qui le plaçait naturellement au-dessus de ceux qui avaient été bercés par l’illusion et les fables. Et au-delà de ses qualités humaines exceptionnelles, Dieu le préservait, afin de conserver en lui cette intelligence rare et cette sensibilité lumineuse. Le Prophète suivit ainsi le chemin de son ancêtre Abraham. Aucun moine ni philosophe ne lui transmit de savoir. Par sa nature ouverte et saine, il observa les peuples, analysa les sociétés, distingua le vrai du faux. Il évita les frivolités et les mythes, préférant fréquenter les hommes avec discernement, et se retirer lorsqu’il ne voyait plus de sagesse à leurs côtés. Son apprentissage fut plus profond que les sciences déviantes proposées par une société embourbée dans l’erreur depuis des siècles. Il fut le fruit de la contemplation, de l’expérience humaine, de l’éveil du cœur… et de l’élection divine.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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La garde des troupeaux, dans la vie du Prophète , revêt trois significations majeures. La première est d’ordre moral : elle visait à former en lui une sensibilité noble, empreinte de reconnaissance. Ainsi, bien qu’encore jeune, il choisit de travailler pour aider son oncle qui l’élevait comme son propre fils. Ce modeste revenu n’avait pour lui aucune dimension matérielle ; il y voyait surtout l’occasion de manifester sa gratitude à travers l’effort et le don de soi. La deuxième signification est éducative : elle enseigne que l’homme ne doit vivre que du fruit de son labeur. L’argent acquis sans effort, sans service rendu, sans lutte personnelle, ne porte pas en lui la véritable valeur du gain. La dignité réside dans l’effort sincère, non dans la facilité. La troisième signification est liée à la responsabilité prophétique : celui qui porte un message universel doit incarner l’exemplarité, en ne vivant ni des dons, ni des aumônes. Le Prophète , en particulier, ne pouvait dépendre de quiconque, car il allait incarner la justice absolue — et la justice ne supporte ni faveur, ni attachement intéressé. Dans son enfance, le Prophète ignorait encore la mission immense qui l’attendait. Mais Dieu, dans Sa sagesse, le préservait déjà de tout défaut, afin que rien dans son passé ne vienne entacher la pureté de son message futur. Tout en lui était éducation divine, préparation discrète, élévation silencieuse.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Le Prophète affirme que Dieu le préserva du péché dès son enfance. Cette vérité fondamentale nous conduit à deux conclusions. La première est que le Messager de Dieu était un être humain comme les autres. Il possédait, comme tout jeune garçon, des penchants naturels, des attirances propres à la condition humaine. La seconde est que, malgré ces inclinations instinctives, Dieu le protégea de tout écart qui aurait pu porter atteinte à sa mission prophétique. Chaque fois qu’une distraction semblait l’attirer, un obstacle venait se dresser devant lui, le détournant de ce qui n’était pas digne de celui qui allait porter la parole de Dieu à l’humanité. Dans ce récit, l’intervention divine est manifeste. Qui, en effet, aurait pu le guider, alors que son entourage vivait dans l’ignorance et l’égarement ? Que le Prophète ait traversé l’époque préislamique sans être marqué par ses dérives constitue en soi un miracle éclatant, une preuve évidente que Dieu le préparait à une mission exceptionnelle. Depuis sa plus tendre enfance, il fut libéré des instincts les plus bas. Sa droiture intérieure le poussait à l’intégrité, au point qu’il refusait de confier son troupeau à d’autres pour céder aux attraits de la ville. La seule fois où il fut tenté de le faire résultait d’un moment de faiblesse passagère, universellement humain. Dieu aurait pu laisser faire, mais Son intervention fut volontaire : elle visait à montrer aux hommes que Muhammad bénéficiait d’une faveur divine unique. Cette protection ne fut donc pas un simple bienfait spirituel ; elle constitua un signe, une preuve tangible de la véracité de sa mission — un signe destiné à éveiller la foi et à susciter l’adhésion sincère à son message.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Cette histoire est précieuse, car elle nous révèle comment Dieu, l’Éducateur par excellence (ar-Rabb), a protégé Son Bien-Aimé Muhammad de l’oubli de soi et de l’ivresse. Dieu l’a enveloppé de sommeil afin que son cœur ne soit pas troublé par le poids de la faute, la culpabilité ou toute forme de tourment intérieur. Cette préservation, douce et subtile, marquée par une diversion naturelle, était déjà un signe divin. Elle façonnait en silence la haute moralité de l’enfant. Plus tard, le Messager de Dieu adoptera cette même pédagogie pour éduquer ses compagnons : une éducation fondée sur la douceur, la délicatesse et la sagesse du cœur. Il leur apprendra à « endormir » les instincts nuisibles et à détourner l’attention des tentations par des voies subtiles et intelligentes. Cette pédagogie prophétique est un trésor inépuisable, une lumière intemporelle que l’on peut puiser en tout lieu et à toute époque. Elle nous enseigne que le sens moral ne se construit pas par la seule force des interdits ou des punitions, mais par la douceur, la profondeur, l’écoute et la compréhension. C’est ainsi que l’âme s’élève et que la vertu devient une disposition intérieure durable.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

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Nous constatons que même les meilleures créatures subissent l’attraction puissante de ce bas monde. Bien que le cœur du Prophète soit purifié chez les Banû Saʿd, et que sa fitra — sa nature originelle — soit préservée, alors qu’il n’est encore qu’un jeune garçon, la curiosité et l’envie de s’amuser existent déjà en lui. Ces deux tendances ouvrent une porte à ce monde d’ici-bas, qui peut alors pénétrer le cœur de l’homme et l’amener soit à désobéir à Dieu, soit à Lui obéir. Le Prophète , quant à lui, choisit de ne pas désobéir, alors même qu’il en aurait la capacité, comme tout être humain. Qui le protège alors ? Ses parents ? Non. C’est Dieu, le Rabb — l’Éducateur — des univers. L’éducation parentale, dans ce cas, n’a ni influence ni pouvoir. Une autre question se pose : comment Dieu protège-t-Il le Prophète ? Par un simple sommeil. Dieu l’endort, l’empêchant ainsi d’entrer dans un lieu où l’ambiance n’est pas licite. C’est ainsi que Dieu protège Ses créatures : en leur faisant oublier certaines choses, en les épuisant pour qu’elles se reposent, parfois même en les éprouvant par la maladie. L’échec, l’épreuve ou le manque de réussite ne doivent donc pas être perçus comme négatifs. Un bien s’y cache souvent, bien que nous n’en ayons pas toujours conscience. C’est pourquoi il est essentiel de placer pleinement sa confiance en Dieu.

Shakeel Siddiq (Expert en Sîra et fondateur du site)

Il est essentiel que le prédicateur subvienne à ses besoins grâce à son travail, à ses efforts personnels ou à des ressources licites qui ne prêtent à aucun doute, sans s’abaisser ni s’humilier en sollicitant les gens. Les prédicateurs sincères et dignes considèrent en effet comme dégradant de vivre des aumônes et des dons des autres. Quelle considération leur restera-t-il aux yeux des gens après s’être eux-mêmes rabaissés par l’humiliation de la demande et de la mendicité, même lorsqu’elles sont pratiquées avec discrétion ?

Si nous voyons des individus prétendre porter la prédication et guider les hommes, alors qu’ils s’approprient les biens des gens par toutes sortes de stratagèmes, nous pouvons affirmer qu’ils nourrissent, au plus profond d’eux-mêmes, un profond mépris de leur propre personne. Que dire alors du regard que porteront sur eux leurs compatriotes, leurs voisins et tous ceux qui auront accepté un tel avilissement ? Comment de tels hommes pourraient-ils appeler aux nobles valeurs morales, s’opposer aux tyrans et aux corrupteurs, combattre le mal et la corruption, et insuffler à la communauté l’esprit de l’honneur, de la dignité et de la droiture ?

Mustafâ al-Sibâ’î (al-Sîra al-nabawiyya durûs wa ‘ibar)

La droiture du prédicateur durant sa jeunesse et l’exemplarité de son comportement constituent des atouts majeurs pour assurer le succès de sa prédication au service de Dieu, de la réforme des valeurs morales et de la lutte contre les injustices. En effet, il ne donnera à personne l’occasion de remettre en cause sa conduite personnelle avant même d’examiner son message.

Nous avons souvent vu des hommes se consacrer à la réforme des mœurs, mais la principale raison de l’éloignement des gens à leur égard réside dans les reproches adressés à leur passé sulfureux ou à leurs anciens égarements. Plus encore, ce passé controversé peut semer le doute quant à la sincérité de leur engagement. Certains les accusent alors de se réfugier derrière le discours de la réforme afin d’atteindre d’autres objectifs, tandis que d’autres leur reprochent de ne s’être intéressés à cet appel qu’après avoir assouvi leurs passions et leurs plaisirs terrestres, ou lorsqu’ils sont parvenus à un âge ou à une situation qui ne leur laisse plus aucun espoir de continuer à profiter des séductions de l’argent, de la célébrité et de l’influence.

En revanche, le prédicateur qui s’est distingué par sa vertu dès sa jeunesse gardera toujours la tête haute. Les adversaires de la réforme ne trouveront aucun prétexte pour lui rappeler un passé, proche ou lointain, susceptible de lui être reproché, ni pour transformer d’anciens égarements en arguments destinés à le discréditer et à détourner les gens de son appel.

Certes, Dieu accueille le repentir de celui qui revient sincèrement vers Lui et efface ses fautes passées par ses bonnes œuvres présentes. Toutefois, il en va autrement du prédicateur, dont la mission exige de préserver une réputation irréprochable et une conduite exemplaire, afin que son appel ait toutes les chances de réussir.

Mustafâ al-Sibâ’î (al-Sîra al-nabawiyya durûs wa ‘ibar)

Seuls les hommes doués d’intelligence et de clairvoyance sont aptes à assumer le commandement de la prédication et à en assurer la direction. Les personnes stupides ou d’intelligence limitée sont les plus éloignées de ceux qui sont appelés à exercer un leadership intellectuel, réformateur ou spirituel. Plus encore, les lois qui régissent la nature humaine montrent que les individus dépourvus de discernement ou à l’esprit confus sont incapables d’assumer durablement une fonction dirigeante, quel que soit le domaine. Et si le hasard ou les circonstances conduisent l’un d’eux au sommet du pouvoir, il ne tarde pas à sombrer dans le discrédit et à être rejeté par son peuple, dès lors que ses actes révèlent sa stupidité, son manque de jugement ou les dérèglements de sa pensée.

Mustafâ al-Sibâ’î (al-Sîra al-nabawiyya durûs wa ‘ibar)

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