Après le retour des soldats musulmans de l’expédition contre les Ghassanides et les Byzantins, le Prophète ﷺ décide d’envoyer ‘Amr b. al-‘Âs à la tête d’un détachement vers le nord afin d’effacer l’impression laissée par Mu’ta et de rétablir la crainte et le respect des musulmans dans la région. Au cours de cette mission, il n’y a pas de bataille majeure, mais ‘Amr, en menant des incursions profondes, parvient à disperser les tribus nomades et à restaurer l’autorité des musulmans. Cette fois, Héraclius n’envoie aucun renfort à ses alliés arabes. ‘Amr reçoit une double mission : renforcer les liens avec la tribu de Balî et les tribus voisines, en raison de ses attaches familiales avec cette région, et dissuader les Banû Qudâ‘a de toute tentative d’attaque contre Médine, alors qu’ils envisagent de marcher sur la ville.
‘Amr ne doit combattre qu’en cas de nécessité et dispose d’environ trois cents hommes. L’hiver est rigoureux et la mission difficile, car malgré l’absence d’attaques, les musulmans ne reçoivent aucun soutien local. ‘Amr écrit alors au Prophète ﷺ pour l’informer de la situation. Celui-ci envoie des renforts de deux cents hommes sous le commandement d’Abû ‘Ubayda. Habitué aux campagnes militaires, ce dernier aurait pu prétendre au commandement, mais il en est autrement. Abû ‘Ubayda veille à préserver l’unité et déclare à ‘Amr b. al-‘Âs : « Plutôt que de risquer de te désobéir, par Dieu, c’est moi qui t’obéirai. » Lorsque le Prophète ﷺ apprend son attitude, il invoque des bénédictions en sa faveur.
‘Amr franchit la frontière syrienne avec ses hommes et, au fur et à mesure de leur avancée, l’ennemi se disperse. Aucun combat n’a lieu et certains groupes favorables finissent par se manifester. ‘Amr envoie alors une nouvelle lettre au Prophète ﷺ pour l’informer du rétablissement de l’influence de l’Islam dans la région. Le Prophète ﷺ acquiert dès lors la réputation d’un adversaire redoutable, aux réactions imprévisibles, mais aussi d’un allié puissant, fiable et généreux. Les tribus arabes comprennent qu’il est préférable de vivre en paix avec les musulmans plutôt que de tenter de les affronter.
On rapporte également que, lors de cette expédition, ‘Amr b. al-‘Âs dirige la prière des musulmans alors qu’il se trouve en état d’impureté majeure (junub), sans avoir accompli les grandes ablutions. Il effectue toutefois les ablutions sèches (tayammum). Cette décision déplaît à certains compagnons, qui en informent le Prophète ﷺ. Celui-ci lui demande : « Ô ‘Amr, comment as-tu dirigé la prière alors que tu étais en état d’impureté majeure ? » ‘Amr explique alors qu’il a craint pour sa santé en raison du froid intense s’il se lavait, et cite le verset : « N’attentez pas non plus à vos jours, car Dieu est Plein de compassion pour vous » (4 : 29). Le Prophète ﷺ sourit alors sans faire de reproche (Abû Dâwûd, al-Dâr Qutnî, al-Hâkim et al-Bayhaqî).
Analyses et Enseignements
Cette attitude de ‘Amr b. al-‘Âs est conforme à la jurisprudence musulmane : les ablutions sèches sont autorisées lorsque l’usage de l’eau fait craindre un préjudice, notamment en raison d’un froid intense.
Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)