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Publié le 27 avril 2026

PARTIE 45 : LES MISSIVES ENVOYÉS PAR LE PROPHÈTE ﷺ AUX MONARQUES ÉTRANGERS ET AUX CHEFS DE TRIBUS (L’AN 7)

Le pacte de Hudaybiya offre aux musulmans de Médine une véritable occasion de s’investir dans la prédication. Désormais, le Prophète a signé un traité de paix avec les Quraychites et il est autorisé à effectuer le pèlerinage l’année suivante, ce qui amène les bédouins, les juifs de la péninsule ainsi que les puissances étrangères à considérer l’islam comme une religion à prendre au sérieux. Cette reconnaissance permet aux musulmans d’établir un premier contact avec les Byzantins, les Perses ainsi qu’avec les différents monarques et gouverneurs vivant autour de la péninsule arabique. La signature du pacte de Hudaybiya signifie, en plus de l’arrêt des hostilités, une reconnaissance politique des musulmans par les Quraychites.

Notons que la trêve avec les Mecquois permet aussi aux croyants de se concentrer sur les bédouins du Najd, dont l’unité se trouve disloquée à la suite de la conclusion du pacte. Le Prophète parvient ainsi à mettre un terme à leurs nuisances et à leurs fomentations de troubles. Depuis l’assassinat des prêcheurs dans le désert de la péninsule arabique, l’islam cherche à protéger ses prédicateurs par une force militaire dissuasive. L’envoi de détachements de reconnaissance dans la plaine du Najd devient alors une préoccupation majeure des musulmans après leur retour de Khaybar. Ils poursuivent leurs patrouilles jusqu’au moment où ils doivent partir pour la Mecque afin d’accomplir le petit pèlerinage. Dans cette nouvelle étape de la prédication, de nombreux idolâtres embrassent l’islam.

En l’an 7 de l’Hégire, le Prophète envoie ses émissaires avec des lettres appelant les hommes à embrasser l’islam. Ils sont choisis en fonction de leur expérience et de leurs connaissances. Afin d’authentifier ces lettres, un sceau en argent est réalisé, sur lequel est gravée la formule suivante : « Muhammad, le Messager de Dieu ». On lui a fait remarquer que les rois ne lisent pas de lettres non scellées. Ces lettres sont envoyées à Héraclius, empereur byzantin, avec pour émissaire Dihya b. Khalîfa ; à Chosroes, roi sassanide, avec pour émissaire ‘Abdallâh b. Hudhâfa ; à al-Najâshî, roi d’Abyssinie, avec pour émissaire ‘Amr b. Umayya ; à Muqawqis, roi d’Égypte, avec pour émissaire Hâtib b. Abî Balta‘a ; aux deux princes d’Oman, avec pour émissaire ‘Amr b. al-‘Âs ; et au gouverneur de Damas parmi les Ghassanides, avec pour émissaire Shujâ‘ b. Wahb. Chacun d’eux parle couramment le dialecte du peuple auquel il est envoyé. D’autres lettres sont également envoyées.

Lettre au gouverneur d’Égypte

Le Prophète fait rédiger au gouverneur d’Égypte et d’Alexandrie la lettre suivante : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. De Muhammad, le Serviteur de Dieu et Son Messager, à al-Muqawqis, grand-chef des Coptes. Que la paix soit sur celui qui suit la direction. Je vous invite à embrasser l’islam. Deviens musulman, tu seras sauf, et Dieu t’accordera une double récompense. Mais si tu refuses, tu porteras le fardeau des péchés de tous les Coptes. Dis : “Ô gens des Écritures ! Mettons-nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu.” S’ils s’y refusent, dites-leur : “Soyez témoins que, pour nous, notre soumission à Dieu est totale et entière” » (3 : 64).

Après avoir lu la lettre, al-Muqawqis dit au messager du Prophète , Hâtib b. Abî Balta‘a : « Nous n’abandonnerons notre religion que pour une religion meilleure. » Hâtib lui répond alors : « Nous vous invitons à embrasser l’islam, qui compensera largement ce que vous pourriez perdre. Notre Prophète appelle les gens à cette religion, et les Quraychites ainsi que les juifs de la péninsule se dressent contre lui avec une hostilité sans précédent, tandis que les chrétiens se montrent sensibles à son message. Par ma vie ! Moïse annonce la venue de Jésus, tout comme ce dernier annonce celle de Muhammad ; nous vous invitons à accepter le Coran comme vous appeliez les gens de la Thora à l’Évangile. Lorsqu’un Prophète apparaît dans une communauté, celle-ci doit le suivre, or vous faites partie de ceux à qui est parvenu le message de ce Prophète [Muhammad ]. Nous ne vous demandons pas de vous détourner de la religion de Jésus, mais au contraire, de vous montrer fidèle à ses principes. »

Après avoir écouté Hâtib b. Abî Balta‘a, le roi prend le parchemin et ordonne qu’il soit conservé dans un coffret en ivoire. Il fait ensuite venir un scribe et lui dicte : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. D’al-Muqawqis, grand-chef des Coptes, à Muhammad fils de ‘Abdallâh. Que la paix soit sur vous. J’ai lu votre lettre et j’en ai compris le contenu, ainsi que l’objet de votre appel. Je savais qu’un Prophète devait être suscité, mais je pensais qu’il apparaîtrait en Syrie. J’ai honoré votre messager et je vous envoie deux jeunes filles issues de familles coptes nobles, ainsi que des vêtements et une mule comme monture. Que la paix soit sur vous. » Le gouverneur d’Égypte n’embrasse pas l’islam. Le Prophète garde pour lui Mâriya, avec qui il a un fils, Ibrâhîm. Quant à la seconde, nommée Sirîn, elle est envoyée chez Hassân b. Thâbit.

Lettre au gouverneur de Damas

Le gouverneur de Damas lit la lettre du Prophète : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux ; de Muhammad, Messager de Dieu, à al-Hârith b. Abû Shamir. Que la paix soit sur ceux qui suivent la guidée, croient en Dieu et approuvent. Je t’invite à croire en Dieu l’Unique, sans nul associé, et ton règne persistera. » Après avoir lu la lettre, il la jette à terre et dit avec arrogance : « Mais qui me dépossédera de mon règne ? » Puis il se met aussitôt à préparer la guerre contre les musulmans.

Lettre à l’empereur de Perce

La lettre adressée à Chosroes est presque identique à celle écrite à l’attention du roi d’Égypte. Cependant, la réaction de l’empereur perse est différente. En effet, ce dernier déchire la missive et s’écrie : « Comment un vil esclave, qui est un de mes sujets, ose-t-il faire précéder mon nom du sien ! » Il ordonne ensuite à son gouverneur du Yémen d’envoyer deux hommes à Yathrib afin de capturer le Prophète . Dès que ces deux hommes parviennent à Médine, le Prophète les informe, par le biais de la révélation, de l’assassinat de l’empereur de Perse par son fils Siroës. Étonnés par les nouvelles qu’ils viennent d’apprendre, les deux hommes retournent au Yémen. Avant de quitter Médine, le Prophète leur demande de dire à leur gouverneur que l’islam et l’autorité des musulmans s’étendront sur l’empire perse, et que s’il embrasse l’islam, il sera maintenu dans ses fonctions. Les deux hommes rentrent en toute hâte au Yémen et rapportent à leur chef ce qu’ils ont entendu du Prophète . Entre-temps, Siroës envoie une lettre au Yémen pour annoncer son accession au trône. Le nouvel empereur ordonne dans sa lettre de ne rien entreprendre contre le Prophète jusqu’à nouvel ordre. Face à ce signe manifeste, le gouverneur du Yémen ainsi qu’une grande partie de son peuple embrassent l’islam.

Lettre à l’empereur byzantin

La lettre adressée à Héraclius est très proche de celle envoyée à l’empereur de Perse. Après l’avoir lue attentivement, Héraclius convoque à sa cour Abû Sufyân et ses compagnons, qui se trouvent alors au Châm pour le commerce. L’empereur demande : « Lequel d’entre vous est le parent le plus proche de l’homme qui prétend être un Prophète ? » Abû Sufyân répond : « Dans ce groupe, c’est moi son plus proche parent. » Héraclius fait alors appel à son interprète et dit : « Dis-leur que je vais lui poser des questions au sujet de cet homme qui prétend être un Prophète. S’il ment, ses compagnons devront le contredire. » Plus tard, Abû Sufyân avouera : « Par Dieu ! Si je n’avais pas eu honte que mes compagnons me considèrent comme un menteur, j’aurais effectivement menti. » L’empereur byzantin commence alors son interrogatoire : « Quel rang sa famille occupe-t-elle parmi vous ? » — « Elle jouit d’une grande considération. » — « Quelqu’un parmi vous a-t-il déjà tenu avant lui de semblables propos ? » — « Non. » — « Quelqu’un de ses ancêtres a-t-il régné ? » — « Non. » — « Ses partisans se recrutent-ils dans les hautes classes ou parmi les humbles ? » — « Parmi les humbles. » — « Leur nombre augmente-t-il ou diminue-t-il ? » — « Il augmente. » — « Y en a-t-il parmi eux qui, après avoir embrassé sa religion, la rejettent et apostasient ? » — « Non. » — « Le soupçonniez-vous de mensonge avant qu’il ne tienne ses discours actuels ? »  — « Non. » — « Trahit-il ses engagements ? » — « Non ; mais nous avons conclu une trêve avec lui en ce moment, et nous ignorons comment il se comportera. » — « Avez-vous combattu contre lui ? » — « Oui. » — « Quelle a été l’issue des combats ? » — « La guerre entre nous a connu des alternances : tantôt il l’emporte, tantôt nous l’emportons. » — « Que vous ordonne-t-il ? » — « Il nous ordonne d’adorer Dieu seul, sans rien Lui associer, de renoncer aux croyances de nos pères, de prier, d’être sincères, d’avoir de bonnes mœurs et de maintenir les liens de parenté. » Héraclius conclut alors : « Je t’ai interrogé sur sa famille et tu m’as répondu qu’il est de noble origine ; or les Envoyés de Dieu sont choisis parmi les plus nobles de leur peuple. Je t’ai demandé si quelqu’un avant lui avait tenu de tels propos, et tu m’as répondu que non ; sinon, j’aurais pensé qu’il cherchait à récupérer un pouvoir ancien. Je t’ai demandé si vous le soupçonniez de mensonge, et tu m’as répondu que non ; j’en conclus qu’il ne peut mentir sur Dieu s’il ne ment pas aux hommes. Je t’ai demandé si ses partisans sont puissants ou faibles, et tu m’as répondu qu’ils sont humbles ; ce sont eux qui suivent les Prophètes. Je t’ai demandé si leur nombre augmente, et tu m’as dit que oui ; ainsi en est-il de la foi jusqu’à son plein accomplissement. Je t’ai demandé si certains d’entre eux abandonnent leur religion, et tu m’as répondu que non ; c’est là le signe d’une foi sincère. Je t’ai demandé s’il trahit ses engagements, et tu m’as répondu que non ; les Prophètes ne trahissent pas. Je t’ai demandé ce qu’il vous ordonne, et tu m’as répondu qu’il vous appelle à adorer Dieu seul, à rejeter les idoles, à prier, à être sincères et à avoir de bonnes mœurs. Si ce que tu dis est vrai, cet homme dominera jusqu’à l’endroit même où je me tiens. Je savais qu’un tel homme devait apparaître, mais je ne pensais pas qu’il serait issu de votre peuple. Si je pouvais aller à sa rencontre, je ferais tout pour le rejoindre, et si j’étais auprès de lui, je laverais ses pieds. »

Après cette discussion avec Héraclius, Abû Sufyân se retire et dit à ses compagnons : « Il faut que l’affaire du fils d’Abû Kabsha ait pris de l’importance pour que le prince des Byzantins le redoute. » Après cela, Héraclius déclare à son entourage : « Ô Byzantins, si vous suivez le conseil de Jésus, fils de Marie, vous serez mieux guidés et plus forts. » Ils lui demandent : « Quel est donc ce conseil ? » Il répond : « Suivre ce prophète arabe. » Les Byzantins rugissent de colère, brandissent la croix et, dans leur fureur, s’agitent violemment. En voyant leur réaction, Héraclius désespère de les convaincre. Craignant pour sa vie et pour son trône, il s’empresse de les apaiser et leur dit : « Par ces paroles, je voulais seulement m’assurer de votre attachement à votre religion. Votre réaction me rassure. » Aussitôt calmés, les Byzantins se prosternent devant leur roi. Héraclius ne se convertit donc pas à l’islam et envoie des présents au Messager de Dieu .

Le Prophète écrit également à Hawdha b. ‘Alî, gouverneur d’al-Yamâma, à al-Mundhir b. Sâwî, gouverneur du Bahrayn, au roi d’Oman ainsi qu’à al-Hârith b. Abî Shamir, gouverneur de Damas. Ce dernier manifeste d’ailleurs une réaction particulièrement violente et orgueilleuse à la lecture de la lettre du Messager de Dieu . En effet, il s’écrie : « Qui me dépossédera de ma royauté ? Je m’en vais l’attaquer ! » Par l’envoi de toutes ces lettres, le Prophète parvient à transmettre son message à la plupart des monarques de son époque. Certains embrassent l’islam, tandis que d’autres le rejettent. Quoi qu’il en soit, l’islam s’impose désormais comme une réalité qui préoccupe les grandes puissances entourant la péninsule arabique.

Lettre au Négus et retour des musulmans d’Abyssinie

Le Prophète écrit la lettre suivante au Négus : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. De Muhammad, le Messager de Dieu, au Négus, souverain de l’Abyssinie. Que la paix soit sur celui qui suit la direction. Je glorifie Dieu : il n’y a pas d’autre dieu que Lui, le Souverain, l’Infiniment Saint, la Source de la paix, le Sécurisant, le Préservateur. Je témoigne que Jésus, fils de Marie, est l’esprit de Dieu et Son Verbe qu’Il a insufflé à Marie, la vierge, l’intègre, la pure, afin qu’elle conçoive Jésus. Dieu l’a créé à partir de Son esprit et de Son souffle, tout comme Il a façonné Adam. Je vous appelle à attester qu’il n’est de dieu que Dieu, seul et sans associé, à Lui obéir, à me suivre et à croire en ce qui m’a été révélé, car je suis le Messager de Dieu. Je vous invite, vous et votre peuple, à suivre la voie de Dieu, le Glorieux, le Tout-Puissant. J’atteste, par le présent document, que je vous ai transmis mon message et mes conseils. Je vous invite à m’écouter et à accepter mes conseils. Que la paix soit sur celui qui suit la guidance véritable. » Selon al-Bayhaqî et d’autres savants musulmans, le Prophète mentionne également dans sa lettre le verset 64 de la sourate 3 : « Dis : “Ô gens des Écritures ! Mettons-nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu.” S’ils s’y refusent, dites-leur : “Soyez témoins que, pour nous, notre soumission à Dieu est totale et entière.” »

Après avoir lu attentivement cette lettre, le Négus prononce l’attestation de foi et rédige au Prophète la réponse suivante : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. Du Négus al-Najâshî à Muhammad, le Messager de Dieu. Que la paix, la miséricorde et la bénédiction de Dieu, en dehors de Qui il n’est pas de dieu, soient sur vous, ô Prophète de Dieu ! J’ai bien reçu votre lettre dans laquelle vous avez parlé de Jésus ; par le Seigneur des cieux et de la terre, Jésus n’est rien de plus que ce que vous avez exprimé. Nous reconnaissons ce qui vous a été révélé et nous accordons l’hospitalité à votre cousin et à ses compagnons. J’atteste en toute sincérité que vous êtes le Messager de Dieu ; je vous fais allégeance par le biais de votre cousin, devant qui je me soumets au Seigneur des univers. » En plus de cette lettre, le Messager de Dieu fait dire à Ja‘far, son cousin resté en Abyssinie, qu’il souhaite le voir revenir vivre à Médine avec les autres émigrés. Ja‘far prépare aussitôt le départ, et le Négus met à leur disposition deux navires. Les émigrés rejoignent le Prophète après la bataille de Khaybar en l’an sept de l’Hégire. Quant au Négus, il meurt au mois de Rajab de l’an neuf de l’Hégire. Le Prophète accomplit la prière funéraire pour lui avec ses compagnons alors qu’il se trouve à Médine. Quant à son successeur, il n’est pas établi avec certitude s’il a embrassé l’islam ou non.

Lorsque l’on parle ici des émigrés d’Abyssinie, il s’agit de Ja‘far et des musulmans ayant quitter La Mecque pour le royaume d’Aksoum durant la période mecquoise. il s’agit ainsi de ceux qui sont restés jusque-là dans cette région, sachant qu’un certain nombre d’entre eux sont déjà retournés à Médine après l’Hégire. Il est naturel, pour une religion naissante dans la péninsule arabique, de commencer sa prédication sur son propre territoire, en particulier à La Mecque, avant de s’étendre vers l’extérieur. Or, face à l’opposition manifeste des Quraychites, les musulmans ne sont pas assurés de pouvoir faire partir l’islam depuis l’Arabie. Ainsi, les premiers groupes ayant émigré en Abyssinie ne sont pas uniquement composés de personnes faibles cherchant à fuir la persécution. En réalité, le Prophète cherche à constituer une base arrière pour l’islam et les musulmans, à partir de laquelle la religion pourrait se redéployer si les hostilités des Quraychites contraignaient les croyants à quitter la péninsule. Cela explique pourquoi le chef du groupe, Ja‘far b. Abî Tâlib, cousin du Prophète , ne rejoint pas ce dernier à Médine même après l’Hégire.

Avec la signature du traité de paix de Hudaybiya, les musulmans retrouvent une certaine assise en Arabie et sont désormais assurés que les Quraychites, pas plus que quiconque, ne peuvent chasser l’islam et les musulmans de la péninsule. Ja‘far et les siens peuvent alors revenir auprès du Prophète . Leur séjour en Abyssinie, loin du Prophète et des événements, dure ainsi plus de dix ans. Aussi, le fait que Dieu révèle le premier verset de la sourate al-Fath (sourate 48) : « En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante », indique que la réussite et la victoire vont venir de Médine et non d’Abyssinie. Le Prophète renforce ainsi ses rangs.

Mariage du Prophète avec Umm Habîba

Umm Habîba, de son nom Ramla bint Abû Sufyân, est la fille de l’un des chefs des Quraychites les plus hostiles au Prophète . Mariée à ‘Ubaydallâh, cousin du Prophète , ils comptent tous deux parmi les premiers convertis à l’islam et émigrent ensemble en Abyssinie. Après quelque temps, ‘Ubaydallâh, qui était chrétien avant d’embrasser l’islam, revient au christianisme. Cet événement attriste profondément Umm Habîba, qui reste ferme dans sa foi. Quelques mois avant Hudaybiya, la nouvelle du décès de ‘Ubaydallâh parvient à Médine. Elle se retrouve alors seule, avec sa petite fille Habîba, dans un pays étranger où elle n’a aucune famille. Lorsque quatre mois s’écoulent, le Prophète envoie un message au Négus, lui demandant de bien vouloir être son mandataire et de conclure un mariage entre lui et Umm Habîba, si elle y consent.

Le pacte de Hudaybiya offre aux musulmans de Médine une véritable occasion de s’investir dans la prédication. Désormais, le Prophète a signé un traité de paix avec les Quraychites et il est autorisé à effectuer le pèlerinage l’année suivante, ce qui amène les bédouins, les juifs de la péninsule ainsi que les puissances étrangères à considérer l’islam comme une religion à prendre au sérieux. Cette reconnaissance permet aux musulmans d’établir un premier contact avec les Byzantins, les Perses ainsi qu’avec les différents monarques et gouverneurs vivant autour de la péninsule arabique. La signature du pacte de Hudaybiya signifie, en plus de l’arrêt des hostilités, une reconnaissance politique des musulmans par les Quraychites.

Notons que la trêve avec les Mecquois permet aussi aux croyants de se concentrer sur les bédouins du Najd, dont l’unité se trouve disloquée à la suite de la conclusion du pacte. Le Prophète parvient ainsi à mettre un terme à leurs nuisances et à leurs fomentations de troubles. Depuis l’assassinat des prêcheurs dans le désert de la péninsule arabique, l’islam cherche à protéger ses prédicateurs par une force militaire dissuasive. L’envoi de détachements de reconnaissance dans la plaine du Najd devient alors une préoccupation majeure des musulmans après leur retour de Khaybar. Ils poursuivent leurs patrouilles jusqu’au moment où ils doivent partir pour la Mecque afin d’accomplir le petit pèlerinage. Dans cette nouvelle étape de la prédication, de nombreux idolâtres embrassent l’islam.

En l’an 7 de l’Hégire, le Prophète envoie ses émissaires avec des lettres appelant les hommes à embrasser l’islam. Ils sont choisis en fonction de leur expérience et de leurs connaissances. Afin d’authentifier ces lettres, un sceau en argent est réalisé, sur lequel est gravée la formule suivante : « Muhammad, le Messager de Dieu ». On lui a fait remarquer que les rois ne lisent pas de lettres non scellées. Ces lettres sont envoyées à Héraclius, empereur byzantin, avec pour émissaire Dihya b. Khalîfa ; à Chosroes, roi sassanide, avec pour émissaire ‘Abdallâh b. Hudhâfa ; à al-Najâshî, roi d’Abyssinie, avec pour émissaire ‘Amr b. Umayya ; à Muqawqis, roi d’Égypte, avec pour émissaire Hâtib b. Abî Balta‘a ; aux deux princes d’Oman, avec pour émissaire ‘Amr b. al-‘Âs ; et au gouverneur de Damas parmi les Ghassanides, avec pour émissaire Shujâ‘ b. Wahb. Chacun d’eux parle couramment le dialecte du peuple auquel il est envoyé. D’autres lettres sont également envoyées.

Lettre au gouverneur d’Égypte

Le Prophète fait rédiger au gouverneur d’Égypte et d’Alexandrie la lettre suivante : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. De Muhammad, le Serviteur de Dieu et Son Messager, à al-Muqawqis, grand-chef des Coptes. Que la paix soit sur celui qui suit la direction. Je vous invite à embrasser l’islam. Deviens musulman, tu seras sauf, et Dieu t’accordera une double récompense. Mais si tu refuses, tu porteras le fardeau des péchés de tous les Coptes. Dis : “Ô gens des Écritures ! Mettons-nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu.” S’ils s’y refusent, dites-leur : “Soyez témoins que, pour nous, notre soumission à Dieu est totale et entière” » (3 : 64).

Après avoir lu la lettre, al-Muqawqis dit au messager du Prophète , Hâtib b. Abî Balta‘a : « Nous n’abandonnerons notre religion que pour une religion meilleure. » Hâtib lui répond alors : « Nous vous invitons à embrasser l’islam, qui compensera largement ce que vous pourriez perdre. Notre Prophète appelle les gens à cette religion, et les Quraychites ainsi que les juifs de la péninsule se dressent contre lui avec une hostilité sans précédent, tandis que les chrétiens se montrent sensibles à son message. Par ma vie ! Moïse annonce la venue de Jésus, tout comme ce dernier annonce celle de Muhammad ; nous vous invitons à accepter le Coran comme vous appeliez les gens de la Thora à l’Évangile. Lorsqu’un Prophète apparaît dans une communauté, celle-ci doit le suivre, or vous faites partie de ceux à qui est parvenu le message de ce Prophète [Muhammad ]. Nous ne vous demandons pas de vous détourner de la religion de Jésus, mais au contraire, de vous montrer fidèle à ses principes. »

Après avoir écouté Hâtib b. Abî Balta‘a, le roi prend le parchemin et ordonne qu’il soit conservé dans un coffret en ivoire. Il fait ensuite venir un scribe et lui dicte : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. D’al-Muqawqis, grand-chef des Coptes, à Muhammad fils de ‘Abdallâh. Que la paix soit sur vous. J’ai lu votre lettre et j’en ai compris le contenu, ainsi que l’objet de votre appel. Je savais qu’un Prophète devait être suscité, mais je pensais qu’il apparaîtrait en Syrie. J’ai honoré votre messager et je vous envoie deux jeunes filles issues de familles coptes nobles, ainsi que des vêtements et une mule comme monture. Que la paix soit sur vous. » Le gouverneur d’Égypte n’embrasse pas l’islam. Le Prophète garde pour lui Mâriya, avec qui il a un fils, Ibrâhîm. Quant à la seconde, nommée Sirîn, elle est envoyée chez Hassân b. Thâbit.

Lettre au gouverneur de Damas

Le gouverneur de Damas lit la lettre du Prophète : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux ; de Muhammad, Messager de Dieu, à al-Hârith b. Abû Shamir. Que la paix soit sur ceux qui suivent la guidée, croient en Dieu et approuvent. Je t’invite à croire en Dieu l’Unique, sans nul associé, et ton règne persistera. » Après avoir lu la lettre, il la jette à terre et dit avec arrogance : « Mais qui me dépossédera de mon règne ? » Puis il se met aussitôt à préparer la guerre contre les musulmans.

Lettre à l’empereur de Perce

La lettre adressée à Chosroes est presque identique à celle écrite à l’attention du roi d’Égypte. Cependant, la réaction de l’empereur perse est différente. En effet, ce dernier déchire la missive et s’écrie : « Comment un vil esclave, qui est un de mes sujets, ose-t-il faire précéder mon nom du sien ! » Il ordonne ensuite à son gouverneur du Yémen d’envoyer deux hommes à Yathrib afin de capturer le Prophète . Dès que ces deux hommes parviennent à Médine, le Prophète les informe, par le biais de la révélation, de l’assassinat de l’empereur de Perse par son fils Siroës. Étonnés par les nouvelles qu’ils viennent d’apprendre, les deux hommes retournent au Yémen. Avant de quitter Médine, le Prophète leur demande de dire à leur gouverneur que l’islam et l’autorité des musulmans s’étendront sur l’empire perse, et que s’il embrasse l’islam, il sera maintenu dans ses fonctions. Les deux hommes rentrent en toute hâte au Yémen et rapportent à leur chef ce qu’ils ont entendu du Prophète . Entre-temps, Siroës envoie une lettre au Yémen pour annoncer son accession au trône. Le nouvel empereur ordonne dans sa lettre de ne rien entreprendre contre le Prophète jusqu’à nouvel ordre. Face à ce signe manifeste, le gouverneur du Yémen ainsi qu’une grande partie de son peuple embrassent l’islam.

Lettre à l’empereur byzantin

La lettre adressée à Héraclius est très proche de celle envoyée à l’empereur de Perse. Après l’avoir lue attentivement, Héraclius convoque à sa cour Abû Sufyân et ses compagnons, qui se trouvent alors au Châm pour le commerce. L’empereur demande : « Lequel d’entre vous est le parent le plus proche de l’homme qui prétend être un Prophète ? » Abû Sufyân répond : « Dans ce groupe, c’est moi son plus proche parent. » Héraclius fait alors appel à son interprète et dit : « Dis-leur que je vais lui poser des questions au sujet de cet homme qui prétend être un Prophète. S’il ment, ses compagnons devront le contredire. » Plus tard, Abû Sufyân avouera : « Par Dieu ! Si je n’avais pas eu honte que mes compagnons me considèrent comme un menteur, j’aurais effectivement menti. » L’empereur byzantin commence alors son interrogatoire : « Quel rang sa famille occupe-t-elle parmi vous ? » — « Elle jouit d’une grande considération. » — « Quelqu’un parmi vous a-t-il déjà tenu avant lui de semblables propos ? » — « Non. » — « Quelqu’un de ses ancêtres a-t-il régné ? » — « Non. » — « Ses partisans se recrutent-ils dans les hautes classes ou parmi les humbles ? » — « Parmi les humbles. » — « Leur nombre augmente-t-il ou diminue-t-il ? » — « Il augmente. » — « Y en a-t-il parmi eux qui, après avoir embrassé sa religion, la rejettent et apostasient ? » — « Non. » — « Le soupçonniez-vous de mensonge avant qu’il ne tienne ses discours actuels ? »  — « Non. » — « Trahit-il ses engagements ? » — « Non ; mais nous avons conclu une trêve avec lui en ce moment, et nous ignorons comment il se comportera. » — « Avez-vous combattu contre lui ? » — « Oui. » — « Quelle a été l’issue des combats ? » — « La guerre entre nous a connu des alternances : tantôt il l’emporte, tantôt nous l’emportons. » — « Que vous ordonne-t-il ? » — « Il nous ordonne d’adorer Dieu seul, sans rien Lui associer, de renoncer aux croyances de nos pères, de prier, d’être sincères, d’avoir de bonnes mœurs et de maintenir les liens de parenté. » Héraclius conclut alors : « Je t’ai interrogé sur sa famille et tu m’as répondu qu’il est de noble origine ; or les Envoyés de Dieu sont choisis parmi les plus nobles de leur peuple. Je t’ai demandé si quelqu’un avant lui avait tenu de tels propos, et tu m’as répondu que non ; sinon, j’aurais pensé qu’il cherchait à récupérer un pouvoir ancien. Je t’ai demandé si vous le soupçonniez de mensonge, et tu m’as répondu que non ; j’en conclus qu’il ne peut mentir sur Dieu s’il ne ment pas aux hommes. Je t’ai demandé si ses partisans sont puissants ou faibles, et tu m’as répondu qu’ils sont humbles ; ce sont eux qui suivent les Prophètes. Je t’ai demandé si leur nombre augmente, et tu m’as dit que oui ; ainsi en est-il de la foi jusqu’à son plein accomplissement. Je t’ai demandé si certains d’entre eux abandonnent leur religion, et tu m’as répondu que non ; c’est là le signe d’une foi sincère. Je t’ai demandé s’il trahit ses engagements, et tu m’as répondu que non ; les Prophètes ne trahissent pas. Je t’ai demandé ce qu’il vous ordonne, et tu m’as répondu qu’il vous appelle à adorer Dieu seul, à rejeter les idoles, à prier, à être sincères et à avoir de bonnes mœurs. Si ce que tu dis est vrai, cet homme dominera jusqu’à l’endroit même où je me tiens. Je savais qu’un tel homme devait apparaître, mais je ne pensais pas qu’il serait issu de votre peuple. Si je pouvais aller à sa rencontre, je ferais tout pour le rejoindre, et si j’étais auprès de lui, je laverais ses pieds. »

Après cette discussion avec Héraclius, Abû Sufyân se retire et dit à ses compagnons : « Il faut que l’affaire du fils d’Abû Kabsha ait pris de l’importance pour que le prince des Byzantins le redoute. » Après cela, Héraclius déclare à son entourage : « Ô Byzantins, si vous suivez le conseil de Jésus, fils de Marie, vous serez mieux guidés et plus forts. » Ils lui demandent : « Quel est donc ce conseil ? » Il répond : « Suivre ce prophète arabe. » Les Byzantins rugissent de colère, brandissent la croix et, dans leur fureur, s’agitent violemment. En voyant leur réaction, Héraclius désespère de les convaincre. Craignant pour sa vie et pour son trône, il s’empresse de les apaiser et leur dit : « Par ces paroles, je voulais seulement m’assurer de votre attachement à votre religion. Votre réaction me rassure. » Aussitôt calmés, les Byzantins se prosternent devant leur roi. Héraclius ne se convertit donc pas à l’islam et envoie des présents au Messager de Dieu .

Le Prophète écrit également à Hawdha b. ‘Alî, gouverneur d’al-Yamâma, à al-Mundhir b. Sâwî, gouverneur du Bahrayn, au roi d’Oman ainsi qu’à al-Hârith b. Abî Shamir, gouverneur de Damas. Ce dernier manifeste d’ailleurs une réaction particulièrement violente et orgueilleuse à la lecture de la lettre du Messager de Dieu . En effet, il s’écrie : « Qui me dépossédera de ma royauté ? Je m’en vais l’attaquer ! » Par l’envoi de toutes ces lettres, le Prophète parvient à transmettre son message à la plupart des monarques de son époque. Certains embrassent l’islam, tandis que d’autres le rejettent. Quoi qu’il en soit, l’islam s’impose désormais comme une réalité qui préoccupe les grandes puissances entourant la péninsule arabique.

Lettre au Négus et retour des musulmans d’Abyssinie

Le Prophète écrit la lettre suivante au Négus : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. De Muhammad, le Messager de Dieu, au Négus, souverain de l’Abyssinie. Que la paix soit sur celui qui suit la direction. Je glorifie Dieu : il n’y a pas d’autre dieu que Lui, le Souverain, l’Infiniment Saint, la Source de la paix, le Sécurisant, le Préservateur. Je témoigne que Jésus, fils de Marie, est l’esprit de Dieu et Son Verbe qu’Il a insufflé à Marie, la vierge, l’intègre, la pure, afin qu’elle conçoive Jésus. Dieu l’a créé à partir de Son esprit et de Son souffle, tout comme Il a façonné Adam. Je vous appelle à attester qu’il n’est de dieu que Dieu, seul et sans associé, à Lui obéir, à me suivre et à croire en ce qui m’a été révélé, car je suis le Messager de Dieu. Je vous invite, vous et votre peuple, à suivre la voie de Dieu, le Glorieux, le Tout-Puissant. J’atteste, par le présent document, que je vous ai transmis mon message et mes conseils. Je vous invite à m’écouter et à accepter mes conseils. Que la paix soit sur celui qui suit la guidance véritable. » Selon al-Bayhaqî et d’autres savants musulmans, le Prophète mentionne également dans sa lettre le verset 64 de la sourate 3 : « Dis : “Ô gens des Écritures ! Mettons-nous d’accord sur une formule valable pour nous et pour vous, à savoir de n’adorer que Dieu seul, de ne rien Lui associer et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des maîtres en dehors de Dieu.” S’ils s’y refusent, dites-leur : “Soyez témoins que, pour nous, notre soumission à Dieu est totale et entière.” »

Après avoir lu attentivement cette lettre, le Négus prononce l’attestation de foi et rédige au Prophète la réponse suivante : « Au Nom de Dieu, le Miséricordieux par essence et par excellence. Du Négus al-Najâshî à Muhammad, le Messager de Dieu. Que la paix, la miséricorde et la bénédiction de Dieu, en dehors de Qui il n’est pas de dieu, soient sur vous, ô Prophète de Dieu ! J’ai bien reçu votre lettre dans laquelle vous avez parlé de Jésus ; par le Seigneur des cieux et de la terre, Jésus n’est rien de plus que ce que vous avez exprimé. Nous reconnaissons ce qui vous a été révélé et nous accordons l’hospitalité à votre cousin et à ses compagnons. J’atteste en toute sincérité que vous êtes le Messager de Dieu ; je vous fais allégeance par le biais de votre cousin, devant qui je me soumets au Seigneur des univers. » En plus de cette lettre, le Messager de Dieu fait dire à Ja‘far, son cousin resté en Abyssinie, qu’il souhaite le voir revenir vivre à Médine avec les autres émigrés. Ja‘far prépare aussitôt le départ, et le Négus met à leur disposition deux navires. Les émigrés rejoignent le Prophète après la bataille de Khaybar en l’an sept de l’Hégire. Quant au Négus, il meurt au mois de Rajab de l’an neuf de l’Hégire. Le Prophète accomplit la prière funéraire pour lui avec ses compagnons alors qu’il se trouve à Médine. Quant à son successeur, il n’est pas établi avec certitude s’il a embrassé l’islam ou non.

Lorsque l’on parle ici des émigrés d’Abyssinie, il s’agit de Ja‘far et des musulmans ayant quitter La Mecque pour le royaume d’Aksoum durant la période mecquoise. il s’agit ainsi de ceux qui sont restés jusque-là dans cette région, sachant qu’un certain nombre d’entre eux sont déjà retournés à Médine après l’Hégire. Il est naturel, pour une religion naissante dans la péninsule arabique, de commencer sa prédication sur son propre territoire, en particulier à La Mecque, avant de s’étendre vers l’extérieur. Or, face à l’opposition manifeste des Quraychites, les musulmans ne sont pas assurés de pouvoir faire partir l’islam depuis l’Arabie. Ainsi, les premiers groupes ayant émigré en Abyssinie ne sont pas uniquement composés de personnes faibles cherchant à fuir la persécution. En réalité, le Prophète cherche à constituer une base arrière pour l’islam et les musulmans, à partir de laquelle la religion pourrait se redéployer si les hostilités des Quraychites contraignaient les croyants à quitter la péninsule. Cela explique pourquoi le chef du groupe, Ja‘far b. Abî Tâlib, cousin du Prophète , ne rejoint pas ce dernier à Médine même après l’Hégire.

Avec la signature du traité de paix de Hudaybiya, les musulmans retrouvent une certaine assise en Arabie et sont désormais assurés que les Quraychites, pas plus que quiconque, ne peuvent chasser l’islam et les musulmans de la péninsule. Ja‘far et les siens peuvent alors revenir auprès du Prophète . Leur séjour en Abyssinie, loin du Prophète et des événements, dure ainsi plus de dix ans. Aussi, le fait que Dieu révèle le premier verset de la sourate al-Fath (sourate 48) : « En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante », indique que la réussite et la victoire vont venir de Médine et non d’Abyssinie. Le Prophète renforce ainsi ses rangs.

Mariage du Prophète avec Umm Habîba

Umm Habîba, de son nom Ramla bint Abû Sufyân, est la fille de l’un des chefs des Quraychites les plus hostiles au Prophète . Mariée à ‘Ubaydallâh, cousin du Prophète , ils comptent tous deux parmi les premiers convertis à l’islam et émigrent ensemble en Abyssinie. Après quelque temps, ‘Ubaydallâh, qui était chrétien avant d’embrasser l’islam, revient au christianisme. Cet événement attriste profondément Umm Habîba, qui reste ferme dans sa foi. Quelques mois avant Hudaybiya, la nouvelle du décès de ‘Ubaydallâh parvient à Médine. Elle se retrouve alors seule, avec sa petite fille Habîba, dans un pays étranger où elle n’a aucune famille. Lorsque quatre mois s’écoulent, le Prophète envoie un message au Négus, lui demandant de bien vouloir être son mandataire et de conclure un mariage entre lui et Umm Habîba, si elle y consent.

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