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PARTIE 44 : NÉGOCIATIONS ET TRAITÉ DE PAIX DE HUDAYBIYA (L’AN 6)

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Après l’installation des musulmans à Hudaybiya, les Quraychites envoient successivement plusieurs émissaires issus de différentes tribus afin d’impressionner les croyants. Ils cherchent à afficher leur supériorité numérique et à intimider les pèlerins pour les contraindre à rebrousser chemin vers Médine. Ils veulent également rappeler que d’autres tribus hostiles à l’islam peuvent intervenir, et que le sort des musulmans ne dépend pas uniquement de leur décision. Leur stratégie consiste à adopter une attitude provocatrice et ostentatoire pour offenser le Prophète et le pousser à déclarer la guerre, ce qui leur donnerait alors un prétexte pour combattre. Lorsque le Prophète arrive à Hudaybiya, il envoie Kharâsh b. Umayya sur son chameau pour informer les Mecquois que les musulmans ne viennent pas faire la guerre, mais simplement accomplir la visite de la Maison sacrée. À son arrivée, son chameau est abattu et on tente même de le tuer, mais il parvient à s’échapper et à revenir sain et sauf à Hudaybiya. Le premier émissaire envoyé par les Quraychites est Budayl, de la tribu des Banû Khuzâ‘a, présent à La Mecque au moment de l’arrivée des musulmans. Les Quraychites comptent sur lui pour convaincre les croyants de renoncer à leur projet, s’ils envisagent d’entrer par la force, ce qui montre déjà leur inquiétude. Les Banû Khuzâ‘a occupent une place importante parmi les alliés des musulmans, d’autant plus que le Prophète a épousé Juwayriya, issue des Banû Mustaliq rattachés à cette tribu. Il accorde une attention particulière à leurs avis. Budayl se présente donc avec quelques membres de sa tribu et dit : « J’ai laissé les descendants de Ka‘b b. Lu’ayy avec leurs familles, déterminés à te combattre et à t’empêcher d’atteindre la Ka‘ba. » Le Prophète répond : « Nous ne sommes venus combattre personne. Les Quraychites ont été épuisés par la guerre. S’ils le souhaitent, je conclus avec eux une trêve et ils cessent de s’interposer entre moi et les gens. Mais s’ils ne veulent que la guerre, je les combattrai pour cette religion jusqu’à y laisser ma vie. » De retour à La Mecque, Budayl informe les Quraychites : « Ô gens de La Mecque, vous vous empressez de suspecter Muhammad. Il n’est pas venu pour la guerre, mais seulement pour visiter la Maison sacrée. » Les Quraychites rejettent ses propos avec dureté et déclarent : « Même s’il n’est pas venu combattre, par Dieu, il n’entrera jamais ici de force. Il ne faut pas que les Arabes disent cela de nous. »

Après le retour de Budayl, les Quraychites envoient Hulays, chef des Ahâbîsh et allié de longue date. Ce groupe appartient aux Banû Kinâna, liés aux Quraychites par des relations commerciales et militaires anciennes, et qui ont combattu à leurs côtés à Uhud et lors de l’expédition des Coalisés. En le dépêchant comme émissaire, les Quraychites cherchent à faire comprendre aux musulmans que leurs alliés se tiendront à leurs côtés en cas d’entrée forcée à La Mecque, ce qui révèle en même temps leur inquiétude. Lorsque le Prophète aperçoit Hulays, il dit : « Cet homme appartient à un peuple qui respecte les bêtes destinées au sacrifice. Montrez-les-lui. » En voyant les animaux marqués et préparés pour l’offrande, Hulays fait immédiatement demi-tour sans même rencontrer le Prophète . De retour auprès des Quraychites, il leur dit : « Ô Quraychites ! Vous laissez les gens les plus insignifiants d’Arabie visiter la Maison sacrée, et vous empêcheriez le descendant de ‘Abd al-Muttalib d’y accéder ? Par Dieu, il n’est venu que pour cela. Malheur à vous si vous persistez. J’ai vu les bêtes destinées au sacrifice : laissez-les entrer. » Ses propos provoquent une forte tension et une divergence ouverte. Pour les Banû Kinâna, empêcher des pèlerins pacifiques d’accéder au sanctuaire est inacceptable. ‘Abd Allâh b. Abû Bakr rapporte qu’au cœur de la dispute, Hulays s’écrie : « Ô gens de La Mecque ! Par Dieu, nous ne nous sommes pas alliés à vous pour cela. Est-il permis d’empêcher quelqu’un de se rendre à la Maison de Dieu alors qu’il vient l’honorer ? Par Celui qui détient l’âme de Hulays, soit vous laissez Muhammad accomplir ce pour quoi il est venu, soit je me retire avec tous les Ahâbîsh. » Face à sa colère, les Quraychites tentent de l’apaiser en lui disant : « Patiente, Hulays, jusqu’à ce que nous trouvions une solution qui nous convienne. »

Les Quraychites envoient ensuite ‘Urwa b. Mas‘ûd, notable influent de la tribu de Thaqîf, afin d’impressionner le Prophète en lui rappelant la supériorité numérique des Mecquois. À travers lui, ils cherchent aussi à montrer que Tâ’if, seconde grande cité de la péninsule, soutient leur position. Lorsque ‘Urwa arrive, il trouve le Prophète assit et s’adresse à lui en posant la main sur sa barbe, geste perçu comme irrespectueux et susceptible de provoquer une réaction. Al-Mughîra b. Shu‘ba, debout à ses côtés, l’épée en main et le casque sur la tête, repousse à chaque fois la main de ‘Urwa avec le fourreau en lui disant : « Éloigne ta main de la barbe du Prophète . » Malgré cette attitude provocatrice, les musulmans gardent leur calme et ne cèdent pas à la tension recherchée. ‘Urwa observe alors attentivement le comportement des compagnons du Prophète . Plus tard, il témoigne : « Chaque fois que Muhammad crachait, l’un de ses compagnons recueillait ce crachat et s’en frottait le visage et le corps. Ils exécutent ses ordres sans hésitation, se disputent l’eau de ses ablutions, baissent la voix en sa présence et n’osent même pas le fixer tant leur respect est grand. » De retour à La Mecque, il dit aux Quraychites : « J’ai vu les cours d’Héraclius, de Kisrâ et du Négus, mais je n’ai jamais vu un roi aussi respecté par ses hommes que Muhammad l’est par les siens. Il vous a proposé une solution équitable : acceptez-la. »

 ‘Uthmân b. ‘Affân, l’ambassadeur des musulmans

Après le départ des émissaires mecquois, le Prophète envoie à son tour un ambassadeur pour négocier. Il propose d’abord à ‘Umar b. al-Khattâb, mais celui-ci répond : « Ô Envoyé de Dieu , je crains les Quraychites pour ma vie. À La Mecque, je n’ai aucun protecteur parmi les Banû ‘Adiyy b. Ka‘b, et ils savent combien je suis dur envers eux. Mais je peux te proposer un homme plus apte que moi : ‘Uthmân b. ‘Affân. » Le Prophète confie alors cette mission à ‘Uthmân, qu’il envoie auprès d’Abû Sufyân et des notables mecquois pour leur faire savoir que les musulmans ne viennent qu’en paix. Les Quraychites retiennent ‘Uthmân à La Mecque et font croire qu’il a été tué, espérant ainsi provoquer une réaction militaire. ‘Uthmân se rend chez un proche, Abân b. Sa‘îd b. al-‘Âs, qui lui propose d’accomplir les tours de la Ka‘ba (tawâf), mais il refuse en disant : « Je ne le ferai qu’après que l’Envoyé de Dieu l’aura fait lui-même. » Face à son absence prolongée et aux rumeurs de sa mort, le Prophète réunit ses compagnons sous un arbre et leur demande de lui prêter serment de combattre jusqu’au bout, en déclarant : « Nous ne partirons pas avant d’avoir affronté notre ennemi. » Bien qu’il ne soit pas venu pour la guerre, la supposée exécution de son émissaire change la situation. Les compagnons lui prêtent alors allégeance, ce qui sera appelé l’allégeance de la satisfaction (bay‘a al-ridwân), jurant de ne pas fuir au combat. Seul Jadd b. Qays, parmi les hypocrites, ne participe pas. Le Prophète prête également allégeance au nom de ‘Uthmân en frappant une de ses mains contre l’autre. À cette occasion, Dieu – Le Très-Haut – révèle : « Dieu a été Satisfait des croyants qui t’ont prêté serment d’allégeance sous l’arbre. Il savait quels sentiments les animaient. Aussi fit-il naître la quiétude dans leurs coeurs, et leur accorda, en récompense, une victoire rapide » (48 : 18). Peu après cet engagement solennel, ‘Uthmân revient sain et sauf au camp, suivi de l’arrivée d’un nouvel émissaire mecquois, Suhayl b. ‘Amr, venu pour une ultime tentative de négociation afin de convaincre les musulmans de retourner à Médine.

Les négociations avec Suhayl b. ‘Amr

Lorsque le Messager de Dieu voit Suhayl b. ‘Amr s’approcher du camp, il comprend que les Quraychites sont disposés à conclure un accord. Suhayl s’assoit devant lui et explique que les Mecquois refusent l’entrée des musulmans à La Mecque cette année-là. Sans engager de discussion, le Prophète accepte de se retirer, ce qui trouble profondément ses compagnons. Eux qui espéraient accomplir le petit pèlerinage (‘umra) cette année-là sont déstabilisés par cette décision, d’autant qu’elle semble contredire la vision qu’il avait eue. Suhayl précise que les musulmans devront retourner à Médine et qu’ils ne pourront accomplir le petit pèlerinage que l’année suivante, avec un séjour limité à trois jours. Le Prophète accepte également cette condition. Une trêve de dix ans est alors conclue entre les deux parties, durant laquelle aucun des deux camps ne s’attaquera. ‘Alî est chargé de rédiger le traité. Suhayl exige que les expressions « Bismillâh al-Rahmân al-Rahîm (au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux) » et « Muhammad, Messager de Dieu » soient retirées, car les Quraychites ne reconnaissent ni cette formulation ni la prophétie de Muhammad. ‘Alî refuse d’effacer ces mots, mais le Prophète , qui ne lit pas, lui demande de lui en indiquer l’emplacement afin de les effacer lui-même, puis il dicte une nouvelle formulation : « Ceci est le traité conclu entre Muhammad b. ‘Abdallâh et Suhayl b. ‘Amr. » Une fois ces modifications apportées, ils passent à la rédaction des clauses du traité.

Les clauses du traité de paix

Le traité de paix conclu entre le Messager de Dieu et Suhayl b. ‘Amr comporte quatre clauses principales :

  1. Cette année, les musulmans retournent à Médine, et ne pourront revenir à La Mecque pour accomplir le petit pèlerinage (‘umra) que l’année suivante pour une durée de trois jours, en gardant leurs épées dans leurs fourreaux ;
  2. La guerre entre les musulmans de Médine et les Quraychites est suspendue pour une durée de dix ans ;
  3. Toute tribu est libre de s’allier soit aux musulmans, soit aux Quraychites dans le cadre de ce pacte, mais si une tribu alliée à l’un des deux camps attaque une tribu alliée à l’autre, le traité est aussitôt rompu ;
  4. Si un partisan de Muhammad , résidant à La Mecque, rejoint Médine sans l’autorisation de son protecteur, il est renvoyé, tandis que si un partisan des Quraychites quitte Médine pour retourner auprès des siens, à La Mecque, il n’est pas renvoyé.

À l’annonce de la troisième clause, les Banû Khuzâ‘a se lèvent et déclarent : « Nous nous allions à Muhammad par ce pacte. » De leur côté, des membres des Banû Bakr, présents avec Suhayl, annoncent leur alliance avec les Quraychites. Ainsi, conformément au traité de Hudaybiya, les musulmans deviennent alliés des Banû Khuzâ‘a, tandis que les Quraychites s’allient aux Banû Bakr.

La déception des croyants

Les compagnons du Prophète ne saisissent pas immédiatement l’objectif qu’il poursuit : utiliser le temps et la paix pour diffuser le message de l’islam à une plus grande échelle. Ils ne perçoivent pas encore les raisons profondes qui l’amènent à accepter des concessions face aux Quraychites. En réalité, le Prophète tire parti de la position de force acquise par les musulmans pour lever un obstacle majeur à la propagation du message et poursuivre sa mission dans un cadre plus favorable. Fort de cette position, il choisit d’ouvrir de nouveau la voie au dialogue.

L’arrivé d’Abû Jandal

À peine le traité de Hudaybiya est-il signé qu’Abû Jandal, fils de Suhayl, parvient à rejoindre le camp musulman. Musulman depuis longtemps, il a été emprisonné et torturé par sa famille pour l’empêcher de partir à Médine. Ayant appris la présence du Prophète à proximité, il réussit à s’échapper pour le rejoindre. Cependant, conformément aux clauses du traité tout juste conclu, le Prophète doit le renvoyer à La Mecque. Face à la détresse évidente d’Abû Jandal, il demande à Suhayl une dérogation exceptionnelle, mais celui-ci refuse catégoriquement, affirmant que toute concession annulerait l’accord. Le Prophète dit alors à Abû Jandal : « Ô Abû Jandal, sois patient et garde espoir, car Dieu accordera à toi et à ceux qui sont dans ta situation une issue favorable et un soulagement. Nous avons conclu un pacte avec ces gens, et nous ne trahirons pas. » Il est ainsi contraint de le laisser repartir. Les Quraychites l’enchaînent et le ramènent à La Mecque. Cette scène suscite une forte réaction chez ‘Umar b. al-Khattâb, profondément bouleversé. Il dit au Prophète : « N’es-tu pas le Messager de Dieu ? » – « Si », répond-il. – « Ne sommes-nous pas dans la vérité et eux dans l’erreur ? » – « Si », répond encore le Prophète . – « Pourquoi alors acceptons-nous l’humiliation dans notre religion ? » Le Prophète répond avec fermeté : « Je suis le Messager de Dieu et Son serviteur. Je n’agirai jamais en contradiction avec Son ordre, et Il ne m’abandonnera pas. » Troublé, ‘Umar se rend ensuite auprès d’Abû Jandal en pleurs et place son épée à sa portée, espérant qu’il puisse se libérer par la force. Mais Abû Jandal refuse, choisissant d’obéir au Prophète malgré l’épreuve.

Après le départ des idolâtres, le Prophète demande à trois reprises aux pèlerins de sacrifier leurs bêtes et de se raser la tête, mais aucun compagnon ne réagit, tant ils sont bouleversés par les événements. Attristé, le Prophète se rend auprès de son épouse Umm Salama, qui lui conseille de commencer lui-même : « S’ils te voient le faire, ils te suivront. » Il applique ce conseil, se rase la tête, et les compagnons l’imitent aussitôt, comme libérés de leur hésitation. Un vent emporte alors leurs cheveux vers le territoire sacré. Sur le chemin du retour, ‘Umar est profondément saisi de remords et dit : « Depuis ce jour, je n’ai cessé de prier, jeûner, donner en aumône et affranchir des esclaves, par crainte que Dieu ne me demande compte de mes paroles. » Lorsque le Prophète le fait appeler et l’accueille avec un sourire apaisant, son cœur se tranquillise. Le Prophète lui annonce alors la révélation : « En vérité, Nous t’avons accordé une victoire éclatante » (48 : 1), qui inaugure la sourate al-Fath. Les effets de cette trêve apparaîtront dès l’année suivante, lorsque de nombreuses tribus arabes embrassent l’islam et se rendent à Médine pour prêter allégeance au Prophète .

L’histoire d’Abû Basîr

Après la signature du traité de Hudaybiya, l’épreuve d’Abû Jandal marque profondément les musulmans. Peu après, un autre croyant, Abû Basîr, retenu à La Mecque, parvient à s’enfuir et rejoint Médine. Il fait partie de ces musulmans persécutés que la clause du traité empêche de rester auprès du Prophète sans l’accord de leur protecteur mecquois. Deux émissaires des Quraychites arrivent aussitôt pour réclamer son retour en s’appuyant sur les termes de l’accord. Fidèle à ses engagements, le Prophète accepte, malgré lui, de le leur remettre. En chemin, lors d’une halte, Abû Basîr se saisit de l’épée de l’un des émissaires et le tue. Le second prend la fuite et revient en hâte à Médine, terrifié. En le voyant entrer dans la mosquée, le Prophète dit : « Cet homme a vu quelque chose d’effrayant. » L’émissaire raconte alors ce qui s’est passé. Peu après, Abû Basîr arrive à son tour, l’épée à la main, et dit : « Ô Messager de Dieu , tu as tenu ton engagement en me remettant à eux, et Dieu m’a ensuite délivré. » Le Prophète répond : « Quel combattant redoutable il serait, s’il avait des hommes avec lui ! » Il demande ensuite à l’émissaire de le ramener, mais celui-ci refuse, déclarant : « Ô Muhammad , je tiens à la vie, je ne peux faire face à cet homme. » Ainsi, les musulmans ont respecté le traité, tandis que les Quraychites, désormais, hésitent à reprendre leurs propres hommes.

Le Prophète se tourne alors vers Abû Basîr et lui dit : « Va où tu veux. » Celui-ci prend la direction du littoral, méditant les paroles du Prophète : « S’il avait des hommes avec lui… ». Progressivement, d’autres musulmans persécutés le rejoignent, et ils commencent à intercepter les caravanes commerciales des Quraychites sur la route du nord. Cette pression finit par contraindre les Mecquois à demander au Prophète de rappeler Abû Basîr et ses compagnons à Médine. Le discernement du Prophète se manifeste ainsi pleinement. Par ailleurs, après le traité de Hudaybiya, les femmes qui embrassent l’islam et quittent La Mecque pour Médine ne sont pas renvoyées. Contrairement aux hommes, elles sont exposées à des risques d’humiliation et de violence si elles sont livrées aux polythéistes. Les musulmans considèrent également que la clause du traité ne concerne que les hommes. Ils les gardent donc auprès d’eux, conformément à la révélation : « Ô vous qui croyez ! Quand des croyantes se présentent en réfugiées auprès de vous, mettez leur foi à l’épreuve, bien que Dieu soit mieux Informé de la sincérité de leur foi. Si vous êtes convaincus qu’elles sont de vraies croyantes, ne les renvoyez pas aux infidèles, car, désormais, elles ne sont plus licites pour eux ni eux licites pour elles » (60 : 10). Les croyants doivent en contrepartie verser une compensation aux anciens époux mecquois si ceux-ci refusent de se convertir et de rejoindre leurs épouses à Médine. Ainsi, la justice et la foi encadrent chaque étape de cette trêve décisive.

Concernant le témoignage de ‘Urwa b. Mas‘ûd, qui souligne le profond respect accordé au Prophète , il convient de préciser que celui-ci ne demandait nullement aux gens de le vénérer en tant que personne ; il ne recherchait ni leur sacrifice pour assurer sa subsistance, ni leur humilité pour s’élever lui-même. Ce n’était pas pour sa propre gloire que leur vie et leurs biens étaient requis. Il ne cherchait pas à être divinisé, à la manière de Pharaon et de ses semblables parmi les tyrans. Ce que le Prophète attendait, c’était qu’on glorifie en lui l’esprit du message, qu’on suive son exemple pour ses idéaux, et qu’on protège en sa personne les signes de la vérité révélée ainsi que les bienfaits de la miséricorde universelle. Les prophètes n’ont jamais vécu pour eux-mêmes ; et lorsque l’épreuve les atteignait, ce n’était pas leurs personnes ni leurs familles qu’ils plaçaient au centre. Ils vivaient pour l’humanité entière, afin d’assurer sa juste direction et son bonheur global. Il n’est donc pas étonnant que le sacrifice pour eux fasse partie des fondements de la foi et des principes de l’accomplissement spirituel. Le Prophète méritait pleinement d’être aimé : l’histoire de l’humanité n’a jamais connu un homme qui ait reçu autant de vénération, de protection et d’estime que le Prophète du message suprême, Muhammad b. ‘Abdallâh .

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Nous avons mentionné précédemment que ‘Urwa b. Mas‘ûd, après avoir observé les compagnons du Prophète , souligna à quel point ce dernier était vénéré par eux. Ce témoignage nous offre une image saisissante et authentique de l’amour profond que les compagnons vouaient au Prophète . Cette scène recèle des significations profondes que chaque musulman doit méditer. Elle montre qu’il n’est pas possible de croire véritablement au Messager de Dieu sans l’aimer. Cet amour n’est pas simplement rationnel ; il s’empare du cœur et transforme le croyant, le rendant semblable aux compagnons dans leur vénération et leur attachement sincère. D’après cette description, il est également permis, voire recommandé, de rechercher la bénédiction à travers ce qui provient du Prophète . De nombreux hadiths authentiques rapportent que ses compagnons cherchaient la bénédiction dans ses cheveux, sa sueur, l’eau de ses ablutions, ses crachats, ou encore dans le récipient dont il buvait. Nous avons évoqué certains de ces récits plus tôt. Rechercher la bénédiction (baraka) à travers ce qui vient du Prophète , c’est en réalité demander un bien par son intermédiaire, non pas par son action propre, mais par la volonté de Dieu qui l’a choisi et honoré. Cette bénédiction ne dépend pas du fait que le Prophète soit vivant ou non, car les objets liés à lui sont inertes en soi, indépendamment de sa vie ou de sa mort – comme l’atteste le chapitre d’al-Bukhârî sur les cheveux blancs du Messager de Dieu . Malgré cela, certains – ne partageant pas la vénération éprouvée par les compagnons – rejettent la bénédiction recherchée par l’intermédiaire du Prophète après sa mort, arguant qu’il aurait perdu toute influence et que recourir à lui reviendrait à invoquer un objet inanimé. Une telle explication reflète une profonde ignorance. Le Prophète n’agissait pas de sa propre initiative, mais c’est Dieu qui agissait par son intermédiaire. Les musulmans n’attribuent de pouvoir qu’à Dieu Seul. Croire que rechercher la bénédiction par le Prophète revient à lui attribuer une influence autonome est une grave erreur. Ce recours ne fait que reconnaître la place unique que le Prophète occupe auprès de Dieu, lui qui est le plus noble des hommes et dont le cœur déborde de miséricorde pour les croyants. C’est pourquoi ceux-ci le prennent comme intercesseur auprès de Dieu. C’est ainsi que l’aveugle fit appel à lui pour retrouver la vue. Un hadith authentique rapporté par al-Tirmidhî, al-Nasâ’î, al-Bayhaqî et d’autres spécialistes relate qu’un homme aveugle vint se plaindre au Prophète . Ce dernier lui conseilla d’être patient, mais l’homme insista. Alors le Prophète lui dit de faire ses ablutions, de prier deux unités de prière, puis d’invoquer Dieu ainsi : « Ô Allah, je Te demande et me tourne vers Toi par l’intermédiaire de Ton Prophète Muhammad, le Prophète de la miséricorde. Ô Muhammad, je me tourne vers toi pour que tu intercèdes pour moi auprès de mon Seigneur. Ô Allah, accepte son intercession en ma faveur. » L’homme suivit ces instructions et retrouva la vue. Dieu exauça l’intercession du Prophète . C’est dans ce même esprit que les compagnons recherchaient la bénédiction à travers ce qui appartenait au Prophète , sans jamais être réprimandés pour cela. Nous avons également mentionné dans ce livre que les pieux se tournaient vers les gens de mérite, les proches du Prophète ou ses descendants pour implorer la pluie, par exemple – une pratique approuvée unanimement par les savants comme al-Shawkânî, Ibn Qudâma, al-San‘ânî, et d’autres. Faire une distinction entre la bénédiction obtenue du vivant du Prophète et celle obtenue après sa mort est une erreur manifeste dans le jugement.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Telle était la vénération que les compagnons éprouvaient pour le Prophète . Anas b. Mâlik, l’un de ses proches compagnons, rapportait que malgré l’amour immense qu’ils lui portaient, ils n’osaient pas le regarder droit dans les yeux, par pur respect. Selon al-Mughîra, lorsque les compagnons souhaitaient l’appeler, ils frappaient à sa porte avec leurs ongles, avec discrétion et révérence. Une nuit de pleine lune, le Prophète dormait, couvert d’un drap rouge. Jâbir b. Samura raconta qu’il le contemplait, puis regardait la lune, et ainsi de suite. Finalement, il conclut que le visage du Prophète surpassait en beauté celui de la lune. Cette vénération ne se limitait pas aux paroles. Sur les champs de bataille, lorsque les flèches des ennemis s’abattaient sur le Prophète , ses compagnons formaient aussitôt un cercle autour de lui pour le protéger, recevant les projectiles à sa place. Les flèches pénétraient leurs corps comme des épines de cactus, tant ils faisaient barrage de leurs vies. C’était comme s’ils étaient faits de bois plutôt que de chair et de sang. Une telle dévotion aurait pu faire naître chez n’importe quel homme un sentiment de supériorité, voire de vanité. Mais le Prophète restait humble, vivant parmi eux en égal. Aucune provocation, aucune parole dure ne pouvait lui faire perdre son calme. Il demeurait patient, mesuré et bienveillant. Il veillait particulièrement à ce que cette vénération ne déborde jamais sur l’adoration. Un jour, un compagnon s’exprima en ces termes : « Si telle est la volonté de Dieu et de Son Prophète » Le visage du Prophète s’empourpra de colère à ces mots. Il le réprimanda aussitôt : « Tentes-tu de me rendre égal à Dieu ? » dit-il avec fermeté. « Dis plutôt : ‘Si Dieu Seul le veut’. »

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

L’un des signes révélateurs de la sérénité des musulmans dans cette épreuve fut la sécurité dont bénéficièrent tous les délégués envoyés par Quraysh pour négocier avec le Prophète . À l’inverse, les délégués musulmans, eux, risquaient leur vie : Khurâsh b. Umayya al-Khuzâ‘î échappa de justesse à la mort ; ce fut la tribu des Ahâbîsh qui lui sauva la vie. Pourtant, il ne faisait que transmettre le message du Prophète , rappelant aux Qurayshites qu’il venait dans un esprit de culte, non de guerre. Mais Quraysh, emportée par son agitation, perdit toute raison, allant jusqu’à piétiner les principes sacrés qui interdisaient de porter atteinte aux émissaires. Les notables de la Mecque, aveuglés par leurs passions, s’approchèrent d’une folie suicidaire, sans mesurer les conséquences de leurs actes. Une confrontation armée aurait conduit à leur propre perte, ainsi qu’à une atteinte irréparable à l’essence même de ce qui est sacré à La Mecque. Dieu l’avait pourtant averti dans le Coran : « Si les négateurs vous avaient livré combat, ils n’auraient pas tardé à tourner le dos, sans pouvoir trouver ensuite ni protection ni secours. Telle est la Loi de Dieu, qui a de tout temps été appliquée et qui demeurera à jamais immuable » (48 : 22 et 23).

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Les gens de notre époque ont tendance à recourir aux armes dès la moindre provocation de leurs ennemis. Lorsque les pertes issues de ces guerres insensées leur sont reprochées, ils se défendent en affirmant qu’ils n’en sont pas les instigateurs, mais que l’ennemi les a poussés sournoisement à entrer en guerre. Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que la non-violence ne consiste pas seulement à rester pacifique tant que personne ne vous agresse ; elle consiste à s’abstenir de toute violence, même en réponse à la violence, et à ne pas céder à la provocation. Les manœuvres perfides doivent être déjouées par des échanges paisibles et des arguments éclairés. Aussi profond soit l’antagonisme de l’adversaire, il ne doit ni nourrir ni justifier nos réactions. Affronter ses ennemis n’est pas une voie vers la réussite. C’est dans l’évitement des conflits que l’on renforce sa position. C’est par la seule force de la présence, de la patience et de la stratégie qu’on peut neutraliser l’ennemi. Réagir à chaque provocation et négliger le travail de consolidation mène à l’autodestruction. Une telle posture ne saurait conduire au succès en ce monde. Le Prophète a atteint ses objectifs en suivant une politique de non-confrontation. Comment ses partisans pourraient-ils prétendre réussir en adoptant une stratégie inverse ? Comment peuvent-ils revendiquer son héritage tout en restant aveugles à sa voie ? Comment espèrent-ils son intercession au Jour du Jugement alors qu’ils trahissent son exemple par leurs choix ?

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Nous avons mentionné plus haut qu’al-Mughîra b. Shu‘ba se tenait debout à côté du Prophète , qui était assis, une épée à la main. Chaque fois que ‘Urwa b. Mas‘ûd étendait la main pour toucher la barbe du Prophète , al-Mughîra la repoussait d’un coup de la lame en disant : « Éloigne ta main du visage du Prophète . » Nous avons souligné, à l’occasion de l’expédition contre les Banû Qurayza, qu’il n’était pas permis de se lever (et donc de se tenir debout) devant une personne assise. Ce geste était considéré, dans les coutumes arabes, comme un signe de vénération, ce que l’islam rejette. Le Prophète avait d’ailleurs condamné ce comportement en disant : « Celui qui aime que les gens se tiennent debout en sa présence, qu’il se prépare à prendre place en Enfer. » Comment expliquer alors cette apparente contradiction dans le cas d’al-Mughîra ? La réponse réside dans l’exception faite pour certaines situations spécifiques. Lorsqu’un imam ou un calife recevait un émissaire ennemi, il était permis que des gardes se tiennent debout de chaque côté, non pour vénérer la personne, mais pour manifester la grandeur de l’islam, préserver la dignité du gouverneur, et surtout le protéger contre toute agression inattendue. Ce geste n’était donc pas une marque d’orgueil personnel, mais une précaution stratégique et symbolique. En dehors de ce contexte, ce comportement reste contraire aux enseignements de l’islam, fondés sur l’humilité et la simplicité, et ne doit pas être adopté sans nécessité. C’est dans cet esprit que nous avons commenté la démarche d’Abû Dujâna lors de la bataille d’Uhud. Bien qu’elle exprimât une certaine fierté, qui en temps normal est répréhensible, elle fut tolérée ce jour-là. Le Prophète déclara en effet : « C’est une démarche que Dieu déteste, sauf dans ce contexte. »

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

l’arbre sous lequel les musulmans ont prêté allégeance a été coupé et son emplacement a été oublié. Et c’est tant mieux, car s’il avait été conservé, il aurait sans doute été surmonté d’un dôme, devenant un lieu de vénération. Or, certaines âmes fragiles, portées à s’attacher aux objets ou aux lieux au lieu de se tourner exclusivement vers Dieu, auraient pu en faire un lieu de pèlerinage. Le successeur (tâbi‘î) Târiq b. ‘Abd al-Rahmân rapporte : « Sur la route de mon pèlerinage, je suis passé près d’un groupe en prière. Je leur ai demandé pourquoi ils priaient à cet endroit, et ils m’ont répondu : ‘C’est ici que se trouvait l’arbre sous lequel le Prophète reçut le serment d’allégeance.’ » Târiq ajoute : « J’ai rapporté cela à Sa‘îd b. al-Musayyib qui me dit : ‘Mon père, qui avait assisté à ce serment d’allégeance, m’a raconté que l’année suivante, les musulmans avaient déjà oublié l’emplacement exact de l’arbre. Si les compagnons du Prophète eux-mêmes n’ont pas pu localiser cet arbre, et que vous, vous le connaissez si bien, alors c’est que vous en savez plus qu’eux !’ »

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

À l’origine, le rassemblement des musulmans avait pour objectif de se préparer à un possible affrontement avec les idolâtres, mais à l’issue de cette mobilisation, les croyants se regroupent autour du Prophète pour appuyer sa décision de conclure un traité de paix ; cela montre que leur engagement dépasse le cadre militaire et exprime une fidélité profonde, à la fois intellectuelle et spirituelle, envers la clairvoyance stratégique du Prophète , qu’ils reconnaissent comme un guide inspiré, lucide et digne de confiance.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Le Coran résume la méthode islamique en ces termes : « S’ils penchent pour la paix, fais de même en te confiant à Dieu, car Il est l’Audient et l’Omniscient. S’ils cherchent à te tromper, qu’il te suffise d’avoir Dieu avec toi ! N’est-ce pas Lui qui t’a déjà prêté Son assistance, ainsi que celle des croyants » (8 : 61 et 62). Ce verset montre que la véritable voie de l’islam est de poursuivre ses objectifs de manière pacifique. Même lorsqu’il y a un risque de tromperie de la part de l’adversaire, le musulman est appelé à placer sa confiance en Dieu et à se montrer disposé à faire la paix. Ainsi, nous devons concentrer nos efforts sur les domaines d’action accessibles, où il est possible d’avancer sans confrontation. Quant aux sphères où aucune ouverture ne se présente, il convient de laisser les événements suivre leur cours naturel. En orientant nos forces vers les espaces où une action efficace est possible, Dieu nous accordera Son aide là où nous sommes impuissants. Mais si nous négligeons les zones d’action que Dieu nous a rendues accessibles, et que nous prétendons intervenir là où Il n’a ouvert aucune voie, alors nous empiétons sur ce qui relève de Sa sagesse. Chercher à occuper la place de Dieu dans Son œuvre ne saurait attirer que Son mécontentement et nous priver de Son soutien.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Le Prophète écoute Suhayl avec calme et sans l’interrompre, cherchant à comprendre son point de vue et reconnaissant la pertinence de certains de ses arguments ; imposer dans un traité une formule affirmant l’unicité de Dieu à une partie qui n’y adhère pas aurait en effet constitué une contrainte injuste et un déséquilibre dans l’accord. Il fait ainsi preuve de sagesse en refusant d’humilier son interlocuteur, acceptant certaines concessions afin de préserver la paix tout en tenant compte du prestige de Quraysh auprès des Arabes. Les compagnons, quant à eux, peinent à accepter ces propos en raison de leur forte ferveur, mais ils apprennent à maîtriser leurs émotions pour ne pas compromettre la lucidité nécessaire. Cet épisode montre que la foi, aussi sincère soit-elle, doit s’accompagner de raison, afin de permettre une écoute juste, une compréhension réelle et un dialogue apaisé malgré les différences.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Nous avons expliqué dans notre ouvrage « L’Islam et le despotisme » l’attitude du Prophète , notamment lors du petit pèlerinage de Hudaybiya, en montrant que l’évaluation de la situation, à ce moment précis, ne relevait pas d’une simple concertation ordinaire, mais était guidée par une inspiration supérieure orientant avec justesse le cours des événements. De même que Dieu avait retenu la chamelle du Prophète , Il empêchait aussi ces détachements d’avancer et de lever leurs lances. Car une victoire militaire immédiate aurait eu une portée bien moindre que celle d’une paix porteuse de conséquences profondément bénéfiques.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Dieu veut, à travers ce traité et ses conséquences, mettre en évidence la différence entre ce qui relève de la révélation et ce qui procède d’une raison purement humaine, autrement dit entre une inspiration divine, transcendante, qui dépasse le monde des causes apparentes, et une soumission limitée au seul principe de causalité. Il souligne ainsi, pour tout esprit capable de réflexion, le caractère prophétique de la mission de Son Messager . Le soutien accordé à Muhammad est exprimé dans cette parole : « Dieu te prête ainsi un puissant secours » (48 : 3). Le Prophète accepte alors toutes les conditions posées par les idolâtres, se montrant conciliant sur des points que ses compagnons ne jugent pas acceptables d’un point de vue humain. Nous voyons comment l’inquiétude s’empare de ‘Umar b. al-Khattâb, au point qu’il dit, selon Ahmad et d’autres : « Depuis ce jour, je n’ai cessé de prier, de jeûner, de donner en aumône et de regretter les paroles que j’ai prononcées lorsque la tristesse nous envahissait, le jour où le Prophète nous ordonna à trois reprises de nous raser la tête et de retourner à Médine. » Les compagnons analysent alors la situation à travers une compréhension humaine, limitée à l’expérience sensible, tandis que le Prophète agit à un niveau supérieur, guidé par la révélation. Le don de la prophétie le dirige, l’inspire et lui indique la voie à suivre ; il ne vise qu’un seul objectif : accomplir la volonté de Dieu. Cela apparaît clairement dans la réponse qu’il donne à ‘Umar, troublé par son attitude : « Je suis le Messager de Dieu. Je ne Lui désobéis en rien et Il me soutient sans cesse. » On le voit également dans les instructions qu’il donne à ‘Uthmân lorsqu’il l’envoie à La Mecque informer les Quraychites, lui demandant d’annoncer aux croyants la victoire prochaine et le triomphe public de la religion de Dieu dans la cité. Il est donc naturel que le comportement du Prophète , dépassant ce que les musulmans peuvent comprendre sur le moment, suscite étonnement et interrogation. Mais lorsque la sourate de la victoire lui est révélée après la conclusion du traité, toute inquiétude disparaît et les compagnons comprennent que les clauses qu’ils redoutaient sont en réalité les causes mêmes de la victoire, tandis que les idolâtres, par leur orgueil, s’exposent à l’humiliation. La victoire revient ainsi au Prophète et aux croyants, au-delà de toute analyse strictement humaine. Cette réalité constitue une preuve claire du caractère prophétique de la mission de Muhammad . Peu après, l’épisode d’Abû Basîr, qui rejoint le littoral puis est rejoint par Abû Jandal, renforce encore la confiance des compagnons dans la sagesse divine. Dans l’authentique d’al-Bukhârî, Suhayl lui-même reconnaît plus tard, lors de la bataille de Siffîn : « Si j’avais pu empêcher le Prophète de renvoyer Abû Jandal, je l’aurais fait sans hésiter. » Tout cela confirme que la victoire accordée par Dieu ne passe pas uniquement par la force militaire, mais par la sagesse, la concession et la recherche d’un accord. À la suite de ce traité, les gens entrent dans la religion de Dieu par groupes, y compris ceux qui l’avaient rejetée, trouvant dans l’Islam paix et sérénité. Le traité permet aussi aux Quraychites de prendre conscience de leurs actes, de réfléchir à leurs conséquences et d’évoluer, tout comme les compagnons du Prophète . Ainsi, les cœurs mûrissent et deviennent prêts à accueillir la vérité de l’Islam, ce qui se réalise effectivement.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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La grande leçon que l’on tire de Hudaybiyya est qu’il ne faut ni se précipiter ni juger les événements à partir de leurs apparences immédiates. Le traité de Hudaybiyya, qui semble au premier regard défavorable aux musulmans, ouvre en réalité des perspectives considérables que seuls les esprits lucides savent discerner. Ibn ‘Asâkir rapporte à ce sujet des propos d’Abû Bakr : « Ce fut la plus grande victoire de l’islam, bien que, ce jour-là, les gens ne perçoivent pas les réalités profondes qui se jouent entre Muhammad et son Seigneur. Les hommes se montrent impatients, mais Dieu ne l’est pas ; Il laisse les choses évoluer jusqu’à ce qu’elles atteignent le moment qu’Il a fixé. » Ainsi, c’est le sens du réel qui conduit au succès, alors que beaucoup aspirent à des résultats immédiats sans accepter les étapes longues et nécessaires qui mènent véritablement à la réussite.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Les oulémas et les docteurs déduisent, à partir du traité de Hudaybiya, qu’il est permis aux musulmans de conclure une trêve avec leurs ennemis pour une durée déterminée, avec ou sans indemnité. Une trêve peut ainsi être établie sans compensation, comme ce fut le cas à Hudaybiya, mais le fait d’en exiger une peut, dans certaines situations, se révéler plus avantageux. En revanche, si les musulmans se trouvent contraints de verser eux-mêmes une indemnité dans le cadre d’un tel accord, la majorité des oulémas considère que cela n’est pas permis, car cela constituerait une forme d’humiliation, sans fondement dans le Livre ni dans la Tradition prophétique. Ils précisent toutefois qu’en cas de nécessité, notamment lorsqu’il existe une crainte réelle pour la vie ou la liberté, cela peut être toléré, à l’image du rachat autorisé pour les captifs.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Le principe fondamental de la mission d’enseignement du Prophète consiste à orienter les hommes vers la certitude de l’au-delà et de l’éternité, sans fonder son message sur les préoccupations de ce bas monde. Le véritable enjeu pour l’homme demeure sa destinée éternelle. Un second principe guide également son action : éviter avec soin toute forme de conflit matériel entre lui, en tant qu’enseignant, et ceux auxquels il s’adresse. Quel qu’en soit le prix, il veille à ce qu’aucune rivalité d’ordre matériel ne s’interpose entre lui et sa communauté, et le traité de Hudaybiya en constitue une illustration claire […]. Au moment de cette trêve, deux ennemis majeurs se dressent face aux musulmans : les juifs de Khaybar et les Qurayshites de La Mecque. Les musulmans ne disposent pas encore des moyens nécessaires pour affronter simultanément ces deux forces. S’attaquer à l’un aurait offert à l’autre une occasion idéale de frapper Médine par l’arrière et de mettre en péril l’ensemble de la communauté. Dans ce contexte, le Prophète accepte les conditions imposées par les Qurayshites et conclut avec eux une trêve de dix ans, neutralisant ainsi l’un des deux adversaires. Libéré de cette menace, il peut alors concentrer ses efforts sur Khaybar. L’expédition menée contre Khaybar, au mois de Muharram de l’an 7 de l’Hégire, peu après la signature du traité de Hudaybiya au mois de Dhû al-Qi‘da de l’an 6, permet de résoudre cette situation.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Al-Shâfi‘î, Ahmad ainsi que d’autres oulémas estiment que la trêve doit être fixée pour une durée déterminée et ne pas dépasser dix ans, en se fondant sur l’exemple du Prophète qui établit cette limite lors du traité de Hudaybiya conclu avec les Qurayshites.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

À la suite de cette convention, les forces de la mécréance se dispersent en Arabie. Quraysh, qui constituait le cœur de l’opposition et le principal moteur des hostilités contre la nouvelle religion, cesse en effet son rôle central dès lors que sa réconciliation avec les musulmans se fait connaître. Ses relais parmi les hypocrites abandonnent alors leurs manœuvres et leurs tentatives de déstabilisation. Les tribus idolâtres, à leur tour, se désorganisent, car Quraysh, désormais tournée vers ses intérêts commerciaux, délaisse sa stratégie d’alliance et de mobilisation tribale. Dans le même temps, les musulmans développent activement leurs actions sur les plans culturel, politique et militaire, et leur appel rallie progressivement plusieurs tribus qui embrassent l’islam. De nombreux historiens considèrent ainsi le pacte de Hudaybiya comme une véritable victoire. Al-Zuhrî affirme même que cette victoire surpasse toutes celles qui l’ont précédée, car auparavant, les affrontements naissent uniquement de la rencontre des armées, tandis que la trêve instaure un climat de sécurité permettant aux hommes de se rencontrer, d’échanger et de discuter sereinement. Dans ce contexte, toute personne dotée d’un minimum de discernement qui entend parler de l’islam finit par y adhérer. Ainsi, durant les deux années qui suivent Hudaybiya, le nombre de conversions égale, voire dépasse, celui de toute la période antérieure. Ibn Hishâm appuie cette analyse en soulignant qu’au moment du pacte de Hudaybiya, les compagnons du Prophète sont environ mille quatre cents, alors qu’ils sont près de dix mille lors de la libération de La Mecque, seulement deux ans plus tard.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Commençons par souligner que ce traité relève avant tout de la volonté divine, au sein de laquelle l’action de Muhammad , en tant que Prophète, se manifeste avec une clarté remarquable. La réussite de cet accord demeure, en elle-même, un mystère qui renvoie à Dieu seul. C’est d’ailleurs ce qui suscite chez les musulmans davantage d’étonnement et d’admiration que de réflexion fondée sur leur propre organisation ou leurs calculs. Par ses circonstances, son contenu et ses effets, ce traité constitue une base essentielle dans l’édification et le renforcement de l’islam […] Il apparaît clairement que le traité de Hudaybiya prépare la voie à la libération de La Mecque. Cette trêve en constitue, comme l’explique Ibn Qayyim, la porte d’accès et la clé, conformément à la manière dont Dieu facilite les événements qu’Il décrète, en les précédant d’étapes qui les rendent possibles. Si les musulmans ne perçoivent pas immédiatement cette réalité au moment de la conclusion du traité, c’est parce que l’avenir leur échappe encore ; ils ne peuvent donc établir le lien entre ce qu’ils observent et ce qui demeure alors invisible pour eux. Cependant, peu de temps après, ils commencent à mesurer l’importance de cette trêve et les bénéfices qu’elle recèle. La confiance s’installe entre les gens, les musulmans côtoient les idolâtres sans crainte, les appellent à l’islam et leur récitent le Coran ouvertement. Ceux qui cachaient leur foi la manifestent désormais sans retenue. Ibn Hishâm rapporte, d’après Ibn Ishâq lui-même rapportant d’après al-Zuhrî : « Aucun événement ne fut plus décisif que le traité de Hudaybiya. Il a réuni, de manière paradoxale, ceux qui s’opposaient. Une fois la trêve conclue et la confiance rétablie, les gens ont pu se rencontrer, dialoguer et échanger. Dès lors, les conversions se sont multipliées, au point que, durant les deux années qui suivirent, leur nombre égala, voire dépassa celui de toute la période précédente. » C’est pour cette raison que le Coran qualifie ce traité de victoire : « C’est ainsi que Dieu confirma le songe par lequel Il avait annoncé à Son Messager, en toute vérité : ‘Vous entrerez, en toute sécurité, par la volonté de Dieu, dans la Mosquée sacrée, tête rasée ou cheveux taillés courts, et à l’abri de toute crainte’. Dieu savait, en effet, des choses que vous ignoriez. Aussi a-t-Il décidé de vous accorder entre-temps une prompte victoire » (48 : 27).

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Lorsque le traité de Hudaybiya est conclu, le Prophète prêche déjà depuis environ vingt ans et le message de l’islam s’est diffusé dans l’ensemble de la péninsule arabique. Dans presque chaque tribu, certains cœurs sont déjà touchés par cette religion, mais les Qurayshites demeurent perçus comme l’autorité dominante. Beaucoup de ceux qui reconnaissent la vérité de l’islam n’osent pas afficher leur foi, redoutant la réaction de Quraysh, car se déclarer musulman revient alors à s’opposer frontalement à la tribu la plus puissante d’Arabie. Lorsque la nouvelle de la trêve de dix ans conclue entre les musulmans et les Qurayshites se répand, la situation change profondément : ces derniers ne peuvent plus exercer de représailles contre ceux qui embrassent l’islam. Plus rien ne freine alors les conversions, comme si une multitude de personnes attendait devant la porte de l’islam, désormais ouverte grâce à Hudaybiya. Les gens affluent en grand nombre. Ibn Shihâb al-Zuhrî et d’autres soulignent que les musulmans tirent de ce traité un bénéfice supérieur à celui de toutes leurs campagnes précédentes. Deux ans plus tard, le Prophète revient vers La Mecque à la tête de dix mille hommes, alors qu’ils ne sont qu’un peu plus de trois mille auparavant. Cette évolution s’explique directement par la disparition du principal obstacle à la diffusion de l’islam : l’hostilité et la pression exercées par les Qurayshites face à ce changement.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

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Parmi les qualités qui se manifestent clairement chez le Prophète lors de la conclusion de ce traité figure sa capacité à se projeter dans le long terme. Cette vision s’explique par la finesse de son intelligence et la justesse de son discernement. Pour le comprendre, on peut comparer son attitude à celle de ‘Umar b. al-Khattâb qui, comme beaucoup de compagnons, espère des résultats immédiats. Les concessions consenties par le Messager de Dieu lui donnent alors l’impression d’un recul, voire d’une défaite, alors qu’en réalité, Dieu les présente comme une victoire manifeste.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

La relation du Prophète avec son épouse Umm Salama est une relation marquée par la confiance, l’écoute et une réelle proximité. Le Prophète n’hésite pas à consulter son épouse, à accueillir ses conseils, puis à s’appuyer sur son avis lors de l’épisode de Hudaybiya. Cette attitude reflète la qualité de son comportement envers les femmes qui l’entourent. Malgré l’importance des circonstances, il exprime, en tant qu’homme, son besoin de soutien, d’affection et de discernement auprès de son épouse.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Frantz Buhl affirme que « celui qui connaît l’attitude de Muhammad à l’égard des accords et des pactes ne peut douter qu’il avait, dès le départ, l’intention de s’en libérer dès qu’une occasion favorable se présenterait ». Une telle affirmation ne repose sur aucun fondement, car le Prophète ne conclut jamais un accord sans en respecter rigoureusement les termes, et toute rupture vient toujours en premier lieu de la partie adverse. L’étude attentive de la sîra montre clairement que ce sont les Qurayshites qui ont violé le traité de Hudaybiya. Sur quelle base, dès lors, Frantz Buhl peut-il accuser le Prophète de déloyauté dans cette affaire ? Rien ne vient étayer une telle accusation, ce qui la rend d’autant plus contestable. À l’inverse, Leone Caetani reconnaît lui-même que la rupture du traité provient des Qurayshites. À partir de ce moment, le Prophète se trouve légitimement libre d’agir militairement contre les idolâtres de La Mecque, mais il choisit néanmoins de privilégier une issue pacifique, aboutissant à la libération de la ville sans effusion de sang. Enfin, l’attitude qu’il adopte dans l’affaire d’Abû Basîr constitue une preuve supplémentaire de son attachement scrupuleux au respect des engagements pris dans le cadre du traité de Hudaybiya.

‘Abdurrahman Badawi (Défense de la vie du Prophète Muhammad contre ses détracteurs)

Concernant Abû Jandal et Abû Basîr, leur histoire est celle d’une foi engagée, confrontée à la bassesse des ennemis et éprouvée par l’éloignement des compagnons. Elle montre à quel point la foi en Dieu s’enracine dans leurs cœurs de manière désintéressée, jusqu’à n’en laisser subsister que l’essence la plus pure. Privés du soutien spirituel que leur apportent la proximité du Prophète , ses exhortations et la récitation du Coran, ils trouvent néanmoins un appui dans leur attachement au Livre de Dieu et dans l’inspiration tirée de ses enseignements. Par leur fidélité à la vérité, leur refus de l’injustice et leur engagement résolu, ils incarnent ainsi un exemple marquant d’un islam vivant, actif et digne.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Le Prophète rend Abû Jandal aux Qurayshites, respectant ainsi le pacte qu’il vient de conclure avec eux. Aux yeux des hommes, il semble livrer une victime innocente entre les mains de ses oppresseurs, mais en réalité, il agit selon un principe moral d’une élévation remarquable. Cette attitude plonge les oppresseurs dans la confusion, tant elle contraste avec leurs propres agissements. S’il leur est facile de reprendre Abû Jandal pour l’emprisonner, cet événement devient surtout le symbole de leur propre dégradation, face à la supériorité morale de l’islam. Les habitants de La Mecque sont alors marqués par ces valeurs élevées, et beaucoup d’entre eux finissent par embrasser cette religion. La présence d’Abû Jandal à La Mecque devient elle-même un témoignage vivant de la véracité du message du Prophète . […] Adopter une éthique élevée consiste à mettre en pratique ce que l’on enseigne : traiter le faible avec la même considération que le puissant, s’imposer à soi-même les règles que l’on exige des autres, rester fidèle à ses principes sans jamais y déroger et maintenir une conduite droite, même lorsque les autres s’en éloignent. À cet égard, le Prophète incarne le sommet de l’éthique humaine, sans jamais abandonner l’exemple qu’il appelle à suivre, et sans laisser les intérêts personnels ou les tensions le conduire à agir de manière injuste.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Dieu dit : « Ô vous qui croyez ! Quand des croyantes se présentent en réfugiées auprès de vous, mettez leur foi à l’épreuve, bien que Dieu soit mieux Informé de la sincérité de leur foi. Si vous êtes convaincus qu’elles sont de vraies croyantes, ne les renvoyez pas aux infidèles, car, désormais, elles ne sont plus licites pour eux ni eux licites pour elles » (60 : 10). Ce verset indique, en plus de ses prescriptions, l’indépendance intellectuelle et l’existence morale éminente dont jouissait la femme à cette époque déjà. Si ce cas se posait aux musulmans d’aujourd’hui, nombre d’entre eux se demanderait : qui met ces femmes à l’épreuve ? Un homme ou une femme ? Si c’est un homme, doit-il être jeune ou vieux ? Et la femme serait-elle mise à l’épreuve dans un face à face ou de derrière un voile ?

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Le traité de Hudaybiya comporte des clauses perçues comme justes et d’autres considérées comme erronées. Les conditions jugées valides sont celles qui ne contredisent ni le Coran ni la tradition prophétique, comme le fait d’exiger une compensation financière en faveur des musulmans, de prévoir une assistance en cas de besoin, ou encore de restituer au camp adverse les hommes convertis ou placés sous protection. Les oulémas ont reconnu la légitimité de cette dernière clause, à l’exception d’al-Shâfi‘î, qui estime que le musulman retournant chez les polythéistes devait bénéficier de soutiens capables d’assurer sa protection. Selon lui, c’est précisément cette considération qui conduit le Prophète à accepter cette condition face aux Qurayshites. En revanche, les clauses jugées invalides sont celles qui entrent en contradiction avec un principe juridique établi, comme l’interdiction de restituer aux Qurayshites les femmes ayant quitté le camp polythéiste après leur conversion à l’islam. Le Coran rejette explicitement cette condition, comme cela a été mentionné précédemment. On pourrait objecter que le Prophète manquerait ainsi à son engagement, puisqu’il accepte de renvoyer les nouveaux convertis venus de La Mecque ; toutefois, il convient de préciser que cette disposition concerne uniquement les hommes et ne s’applique pas aux femmes. Il apparaît ainsi que les actes du Prophète n’acquièrent une valeur normative que lorsque le Coran les confirme ou, à tout le moins, ne les remet pas en cause. Or, le Coran valide l’ensemble des clauses du traité, à l’exception de celle relative au renvoi des femmes vers le camp polythéiste, bien qu’elle figure initialement parmi les conditions conclues.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Après la conclusion du traité de paix de Hudaybiya, l’attitude du Prophète concernant la désacralisation, les sacrifices et le rasage de la tête indique que le pèlerin empêché d’accomplir son rite peut sortir de l’état de sacralisation en immolant un mouton ou un équivalent à l’endroit même où il est retenu, qu’il soit engagé dans une ‘umra ou un pèlerinage. Celui qui se désacralise dans ces conditions n’est pas tenu, par la suite, de rattraper ce pèlerinage ou cette visite pieuse s’il envisageait de l’accomplir à titre surérogatoire. Toutefois, les Hanafites soutiennent que ce rattrapage demeure obligatoire, en se fondant sur le fait que l’ensemble des compagnons présents avec le Prophète lors du traité de Hudaybiya retournent avec lui l’année suivante, à l’exception de ceux qui meurent ou tombent martyrs lors de la bataille de Khaybar.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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