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Publié le 15 juillet 2026

PARTIE 62 : LE PÈLERINAGE D’ADIEU (HAJJAT AL-WADÂ’) / (L’AN 10)

Départ vers la Mecque

Dieu, dans Sa sagesse, permet à Son Messager de contempler les fruits de la prédication pour laquelle il a tant sacrifié durant plus de vingt années. À l’occasion de son dernier pèlerinage, il rencontre les représentants des tribus arabes afin qu’ils apprennent de lui les règles de la religion et qu’ils témoignent de son côté qu’il a fidèlement transmis le Message et accompli le dépôt qui lui a été confié. Le Messager de Dieu annonce son intention d’accomplir le pèlerinage à la Maison de Dieu. À cette nouvelle, des foules affluent vers Médine afin de l’accompagner et de prendre exemple sur lui dans l’accomplissement des rites. Il commence ses préparatifs un samedi, quatre jours avant la fin du mois de Dhû al-Qi‘da de la dixième année de l’hégire. Il peigne ses cheveux, se parfume, revêt un izâr et un ridâ’ (les deux vêtements du pèlerin), puis place des guirlandes au cou des animaux destinés au sacrifice. Il quitte Médine dans l’après-midi.

Arrivé à Dhû al-Hulayfa avant la prière de l’après-midi, il accomplit deux unités de prière et y passe la nuit. Le lendemain matin, il dit à ses compagnons : « Cette nuit, quelqu’un est venu me trouver de la part de mon Seigneur et m’a dit : “Prie dans cette vallée bénie et dis : J’ai l’intention d’accomplir la ‘Umra combinée au pèlerinage.” » Avant la prière de midi, il effectue les grandes ablutions en vue de l’entrée en état de sacralisation (ihrâm) et ‘Â’isha le parfume. Il revêt ensuite son izâr et son ridâ’, accomplit la prière de midi en deux unités, puisqu’il est en voyage, puis formule l’intention d’accomplir la ‘umra associée au grand pèlerinage. Lorsqu’il monte sur sa chamelle al-Qaswâ’, il prononce la talbiya (la formule du pèlerin) et la répète à nouveau en s’engageant dans le désert. Le Prophète poursuit sa route jusqu’à Dhû Tuwâ, près de La Mecque, où il passe la nuit. Le lendemain, après la prière de l’aube, il entre dans La Mecque. Nous sommes alors le dimanche 4 du mois de Dhû al-Hijja de la dixième année de l’hégire. Son voyage a duré huit jours, soit la durée habituelle nécessaire pour parcourir cet itinéraire.

Dès son arrivée à la Mosquée sacrée, il accomplit les circumambulations (tawâf) autour de la Ka‘ba ainsi que la marche entre al-Safâ et al-Marwâ. Il demeure toutefois en état de sacralisation, car il a formulé l’intention de combiner la ‘umra et le pèlerinage (qirân) et a amené avec lui des animaux destinés au sacrifice. Il établit ensuite son campement dans un lieu élevé de La Mecque appelé al-Hajûn. Quant aux circumambulations, il ne réalise que celles liées au pèlerinage. Les compagnons qui n’ont pas amené d’animal pour le sacrifice reçoivent alors l’ordre de transformer leur pèlerinage en ‘Umra (mode tamattu‘), d’accomplir les circumambulations autour de la Ka‘ba et la marche entre al-Safâ et al-Marwâ, puis de sortir de l’état de sacralisation. Devant leur hésitation, le Messager de Dieu leur dit : « Si je pouvais revenir en arrière, je n’amènerais pas d’animal pour le sacrifice. Et si je n’en avais pas amené, j’aurais fait exactement ce que je vous ordonne de faire. » Les musulmans se conforment alors à ses instructions.

Le jour de ‘Arafa

Le huitième jour du mois de Dhû al-Hijja, c’est-à-dire le jour de la Tarwiya, le Prophète se rend à Minâ où il demeure jusqu’au lever du soleil du lendemain. Il part ensuite pour ‘Arafa, où une tente lui a été dressée à Namira. Il y reste jusqu’à l’après-midi. Il ordonne alors que l’on prépare sa chamelle al-Qaswâ’. Après l’avoir enfourchée, il descend dans la vallée où se sont rassemblés cent vingt-quatre mille musulmans, selon certains récits, ou cent quarante-quatre mille selon d’autres.

Le Messager de Dieu prononce alors le célèbre sermon suivant : « Ô gens ! Écoutez-moi. Je ne sais pas si je vous rencontrerai de nouveau en ce lieu après cette année. Vos vies et vos biens sont aussi sacrés que ce jour, ce mois et cette cité. Toutes les pratiques de l’époque de l’Ignorance sont désormais abolies. L’esprit de vengeance de l’époque de l’Ignorance est aboli, et la première vengeance que j’interdis est celle du sang d’Ibn Rabî‘a fils d’al-Hârith, allaité chez les Banû Sa‘d et tué par les Hudhayl. La pratique de l’intérêt est également abolie, et le premier intérêt que j’annule est celui d’al-‘Abbâs fils de ‘Abd al-Muttalib. Ô gens ! Craignez Dieu concernant les femmes, car vous les avez prises comme épouses grâce à la parole de Dieu. Vous avez le droit d’exiger qu’elles ne laissent entrer chez vous personne que vous désapprouvez ; si elles agissent autrement, vous avez autorité pour les corriger avec modération. Quant à vous, vous devez assurer leur nourriture et leur habillement selon la bonne coutume. J’ai laissé parmi vous le Livre de Dieu ; tant que vous vous y attacherez fermement, vous ne vous égarerez jamais. Ô gens ! Aucun prophète ne viendra après moi et aucune communauté ne vous succédera. Adorez donc votre Seigneur, accomplissez les cinq prières quotidiennes, jeûnez le mois de Ramadan, acquittez la zakât de vos biens de bon gré, accomplissez le pèlerinage à la Maison de votre Seigneur et obéissez à ceux qui détiennent l’autorité parmi vous. Si vous faites cela, vous entrerez dans le Paradis de votre Seigneur. Et si l’on vous interroge à mon sujet, que répondrez-vous ? » Ils répondent : « Nous témoignons que tu as transmis le Message, accompli ta mission et conseillé la communauté. » Alors, levant son index vers le ciel puis le dirigeant vers la foule, il dit à trois reprises : « Ô mon Dieu ! Sois témoin. »

C’est Rabî‘a b. Umayya b. Khalaf qui se charge ensuite de transmettre aux pèlerins n’ayant pas entendu le discours les paroles prononcées par le Prophète . À peine le sermon est-il achevé que Dieu révèle : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, accompli sur vous Mon bienfait et agréé pour vous l’islam comme religion » (5 : 3). Bilâl effectue ensuite l’appel à la prière puis l’iqâma. Le Prophète dirige successivement les prières de midi et de l’après-midi, sans accomplir de prière surérogatoire entre les deux. Il remonte ensuite sur sa chamelle al-Qaswâ’, se rapproche du mont ‘Arafa et demeure à cet endroit jusqu’au coucher du soleil, tourné vers la qibla. Après le coucher du soleil, il prend Usâma en croupe et se dirige vers Muzdalifa où il accomplit les prières du coucher du soleil et de la nuit avec un seul appel à la prière et deux iqâma. Il ne fait aucune invocation entre les deux prières. Puis il se repose jusqu’à l’aube. Après avoir accompli la prière du matin, il reprend sa route vers al-Mash‘ar al-Harâm. Là, tourné vers la qibla, il invoque Dieu, proclame Sa grandeur et répète les formules d’unicité. Il demeure à cet endroit jusqu’à l’apparition de l’aurore. Avant que le soleil ne soit haut dans le ciel, il reprend la route vers Minâ. Il prend al-Fadl b. al-‘Abbâs en croupe et se dirige vers la grande stèle, al-Jamra al-Kubrâ, également appelée Jamra al-‘Aqaba. Il la lapide avec sept cailloux ramassés au fond de la vallée, disant à chaque jet : « Dieu est le Plus Grand. » Il se rend ensuite au lieu des sacrifices et égorge lui-même soixante-trois chameaux. Il confie à ‘Alî le soin de sacrifier les trente-sept autres, portant ainsi le nombre total des sacrifices à cent chameaux. Le Prophète associe ‘Alî à cette offrande. Un morceau est prélevé sur chaque animal afin de préparer un repas dont ils mangent tous deux. Le Prophète se rend ensuite à la Maison sacrée sur sa chamelle et y accomplit la prière de midi. Puis il rejoint les Banû ‘Abd al-Muttalib qui distribuent l’eau de Zamzam aux pèlerins. Il leur dit : « Puisez l’eau, ô fils de ‘Abd al-Muttalib. Je puiserais avec vous si je ne craignais pas que les gens s’approprient cet honneur après moi. » Ils lui tendent alors un récipient rempli d’eau de Zamzam et il en boit.

Au cours de cette même journée du sacrifice, le dix du mois de Dhû al-Hijja, le Prophète prononce un second discours alors que la matinée est déjà avancée. Monté sur une mule grise, il s’adresse aux pèlerins tandis que ‘Alî répète ses paroles à la foule. Le Messager de Dieu y rappelle plusieurs des enseignements déjà formulés la veille. Al-Bukhârî et Muslim rapportent, d’après Abû Bakra, qu’il dit notamment : « Le temps a repris son cours normal tel qu’il était lorsque Dieu a créé les cieux et la terre. L’année comporte douze mois, dont quatre sont sacrés. Trois se suivent : Dhû al-Qi‘da, Dhû al-Hijja et Muharram. Le quatrième est Rajab de Mudar, situé entre Jumâda et Sha‘bân. » Puis il interroge les gens sur le mois, la cité et le jour dans lesquels ils se trouvent. À chaque question, ils répondent : « Dieu et Son Messager en savent davantage. » Après un moment de silence, il leur rappelle la sacralité de ce jour, de cette ville et de ce mois, avant de conclure : « Votre sang, vos biens et votre honneur sont aussi sacrés que ce jour-ci, dans cette cité-ci et en ce mois-ci. Vous rencontrerez votre Seigneur et Il vous demandera compte de vos actes. Ne redevenez pas, après moi, des égarés qui s’entretuent. Vous ai-je transmis le Message ? » Les gens répondent : « Oui. » Il dit alors : « Ô mon Dieu ! Sois témoin. Que celui qui est présent transmette ces paroles à celui qui est absent. Il se peut que celui à qui elles seront transmises les comprenne mieux que celui qui les a entendues directement. » Selon une autre version, il ajoute : « Celui qui agit injustement n’agit qu’à son propre détriment. Qu’aucun père ne porte la faute de son enfant, ni aucun enfant celle de son père. Satan a désormais désespéré d’être adoré dans votre pays, mais il sera obéi dans certaines fautes que vous jugerez insignifiantes. Il se satisfera de ces choses-là. »

Le Messager de Dieu passe ensuite les jours d’al-Tashrîq, les 11, 12 et 13 de Dhû al-Hijja, à Minâ. Il y accomplit les rites prescrits, multiplie le rappel de Dieu, enseigne les règles de la religion et efface définitivement les vestiges du polythéisme. Il prononce également plusieurs discours. Abû Dâwûd rapporte, d’après Sarrâ’ bint Nabhân, qu’il prononce un discours les jours d’al-Tashrîq dans lequel il dit : « Ce jour n’est-il pas le jour intermédiaire des jours d’al-Tashrîq ? » Son sermon ressemble alors à celui du jour du sacrifice. Ces événements se déroulent après la révélation de la sourate al-Nasr : « Lorsque viendront le secours de Dieu et la victoire, et que tu verras les hommes entrer en foule dans la religion de Dieu, célèbre les louanges de ton Seigneur et implore Son pardon, car Il accueille sans cesse le repentir » (110 : 1 à 3). Le treizième jour de Dhû al-Hijja, le Prophète quitte Minâ et s’installe dans un lieu élevé appartenant aux Banû Kinâna. Il y passe le reste de la journée et la nuit suivante. Il y accomplit les prières de midi, de l’après-midi, du coucher du soleil et de la nuit. Après un court repos, il se rend à la Ka‘ba sur sa chamelle afin d’accomplir les circumambulations d’adieu (tawâf al-wadâ’). Une fois les rites du pèlerinage achevés, il se hâte de retourner à Médine afin de reprendre sa mission et poursuivre la lutte dans le sentier de Dieu.

Analyses et Enseignements

Le Prophète accomplit-il d’autres pèlerinages que celui-ci ? Les savants divergent sur cette question. D’après des récits rapportés par al-Tirmidhî et Ibn Mâjah, le Prophète aurait accompli trois pèlerinages avant son émigration à Médine. Ibn Hajar écrit dans Fath al-Bârî : « Le nombre de ses pèlerinages dépend du nombre de visites que les habitants de Médine effectuèrent à Minâ. Ils s’y rendirent une première fois et convinrent d’un nouveau rendez-vous au même endroit. Ils y retournèrent une deuxième fois pour prêter serment d’obéissance au Prophète , puis une troisième fois lors du second serment d’allégeance. » D’autres savants estiment qu’avant l’hégire, le Prophète accomplit le pèlerinage chaque année. Quoi qu’il en soit, il demeure certain que l’obligation du pèlerinage n’est instituée qu’à partir de la dixième année de l’hégire et que ce pèlerinage est le dernier accompli par le Prophète . C’est pour cette raison que de nombreux compagnons le désignent sous le nom de « pèlerinage de l’adieu », mais aussi de « pèlerinage musulman » ou encore de « pèlerinage du Messager de Dieu ». L’imam Muslim lui-même adopte cette appellation dans le titre qu’il donne au récit de ce pèlerinage.

Le hadith relatif à la délégation des ‘Abd al-Qays, rapporté par al-Bukhârî et Muslim, constitue également un argument en faveur de cette opinion. Les membres de cette délégation disent au Prophète : « Donne-nous un ordre clair que nous mettrons en pratique et que nous transmettrons à ceux que nous avons laissés derrière nous, afin d’obtenir le Paradis. » Le Prophète leur répond : « Je vous donne quatre ordres et je vous interdis quatre choses. » Parmi ces ordres, il mentionne la foi en Dieu, l’accomplissement de la prière, le paiement de l’aumône légale, le jeûne du mois de Ramadan et le versement du cinquième du butin. Il semble qu’il rappelle la foi en Dieu, pourtant déjà connue d’eux, pour souligner qu’elle constitue le fondement de toutes les autres obligations. Or, cette délégation se rend auprès du Prophète durant la neuvième année de l’hégire. Si le pèlerinage avait déjà été rendu obligatoire à cette époque, il est vraisemblable qu’il l’aurait mentionné parmi les prescriptions essentielles qu’il leur recommande.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

L’un des aspects les plus marquants de la mission publique du Prophète est son approche réaliste et progressive dans tout ce qu’il entreprend. Dans l’application des principes religieux, il tient constamment compte des réalités humaines et sociales. Il veille toujours à introduire les réformes de manière graduelle. Dans le langage contemporain, son approche pourrait être qualifiée d’évolutive plutôt que de révolutionnaire. ‘Â’isha explique clairement ce principe lorsqu’elle dit : « Les premiers passages du Coran révélés étaient courts et parlaient du Paradis et de l’Enfer. Puis, lorsque les gens furent prêts à accepter les enseignements de l’islam, les versets relatifs au licite et à l’illicite furent révélés. Si des commandements tels que : “Ne buvez pas de vin” ou “Ne commettez pas l’adultère” avaient été révélés dès le début, les gens auraient refusé d’abandonner ces pratiques. »

Après la libération de La Mecque, lors de la huitième année de l’hégire, le Prophète détient pourtant l’autorité sur la ville sainte. Malgré cela, il ne cherche pas à imposer immédiatement toutes les dispositions de la législation islamique dans le sanctuaire. Il agit progressivement. Le pèlerinage de la huitième année continue ainsi à se dérouler selon les usages hérités de l’époque préislamique. L’année suivante, les musulmans accomplissent le pèlerinage aux côtés des idolâtres qui pratiquent encore leurs propres rites. Ce n’est que l’année suivante que le Prophète annonce l’application complète des rites islamiques du pèlerinage. Ce pèlerinage deviendra connu sous le nom de pèlerinage d’adieu. Il répugne naturellement au Prophète de voir des idolâtres se rendre à la Mosquée sacrée et y accomplir des rites contraires au monothéisme. Pourtant, malgré l’autorité dont il dispose, il ne se précipite pas pour imposer immédiatement toutes les réformes souhaitées. Il s’abstient même de participer au pèlerinage durant les deux années qui suivent la libération de La Mecque. Lorsque vient la saison du pèlerinage, il déclare : « Je n’aime pas accomplir le pèlerinage alors que les idolâtres s’y rendent encore et effectuent les rites nus. » Quelques musulmans accomplissent le pèlerinage durant la huitième année de l’hégire, mais le Prophète n’est pas parmi eux. L’année suivante, la délégation musulmane est dirigée par Abû Bakr. Ce n’est qu’après cela que les polythéistes sont définitivement exclus du pèlerinage.

Cet épisode illustre l’attention constante du Prophète à introduire les réformes par étapes. Même lorsqu’il détient le pouvoir, il ne cherche pas à imposer précipitamment la législation musulmane. Il laisse les choses évoluer naturellement jusqu’à ce que les conditions soient réunies pour atteindre le résultat recherché. Il ne renonce pas aux objectifs qu’il poursuit, mais il ne cherche pas non plus à provoquer une confrontation prématurée. Il attend le moment approprié pour mettre en œuvre les changements qu’il juge nécessaires. Cette méthode apparaît également durant la période mecquoise. Pendant treize années, le Prophète vit à La Mecque sans entreprendre la moindre action visant à mettre fin par la force aux pratiques idolâtres qui entourent la Ka‘ba. Même après la libération de la ville, il ne se hâte pas de supprimer immédiatement toutes les coutumes qu’il considère comme erronées. Bien qu’il en ait désormais la capacité, il agit avec patience et discernement.

Ce n’est qu’après deux années supplémentaires que les réformes sont pleinement appliquées. L’approche progressive présente de nombreux avantages qu’aucune autre méthode ne permet d’obtenir avec la même efficacité. Elle favorise la réalisation durable des objectifs poursuivis. Celui qui agit de cette manière ne passe à l’étape suivante qu’après avoir solidement consolidé la précédente. Il ne se laisse pas emporter par son enthousiasme personnel mais tient compte des circonstances et avance avec prudence. Une telle méthode augmente considérablement les chances d’atteindre le but recherché. Elle permet également d’éviter de nombreuses pertes inutiles. Ceux qui veulent tout obtenir immédiatement se heurtent souvent à des obstacles considérables avant même d’avoir accompli le moindre progrès. De telles démarches peuvent provoquer d’importantes pertes humaines ainsi que de lourds dommages matériels. Les conséquences d’une précipitation irréfléchie peuvent parfois mettre des générations entières à être réparées.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Ce pèlerinage occupe une place particulière dans la vie du Prophète , dans l’histoire de l’islam et dans l’organisation de la communauté musulmane de manière générale. Les musulmans ont déjà appris du Prophète la prière, le jeûne, l’aumône légale ainsi que les autres obligations religieuses. Il lui reste toutefois à leur enseigner les rites du pèlerinage et à faire disparaître les pratiques héritées de l’époque préislamique qui réapparaissent encore durant cette saison, telles que les sifflements, les applaudissements ou les circumambulations accomplies sans vêtements. Le Prophète met fin à ces usages en détruisant les idoles et en purifiant la Maison de Dieu. Le pèlerinage à la Maison sacrée demeure une obligation jusqu’au Jour de la Résurrection. Il est institué par Abraham, le père des prophètes, sur ordre de Dieu. Cependant, les déviations de l’époque préislamique et les pratiques du paganisme y introduisent au fil du temps des coutumes contraires à son esprit originel, allant parfois jusqu’au polythéisme. L’islam vient alors le purifier et le rétablir dans sa vocation première : l’adoration exclusive du Dieu unique. Lorsque le Prophète annonce son intention d’accomplir le pèlerinage, les musulmans affluent de toutes les régions de l’Arabie afin de l’accompagner, d’apprendre les rites authentiques du pèlerinage et d’abandonner définitivement les traditions de l’époque préislamique. Tout semble indiquer que le Prophète pressent alors l’achèvement prochain de sa mission. La péninsule arabique est désormais largement acquise au culte du Dieu unique et l’islam s’est répandu dans l’ensemble du pays. Les musulmans, désormais nombreux et dispersés, aspirent à rencontrer le Prophète et à bénéficier de ses enseignements. Lui-même se réjouit particulièrement de voir les nouveaux convertis venus des différentes régions de l’Arabie, qui ont rarement l’occasion de le côtoyer. Le pèlerinage à la Maison de Dieu et la station de ‘Arafa leur offrent précisément cette occasion unique de se rassembler autour de lui.

Cette rencontre entre un peuple et son Prophète , à l’occasion de l’un des plus grands rites de l’islam, semble répondre à une sagesse divine. Elle prend la forme d’un rendez-vous d’adieu chargé d’enseignements et de recommandations. Après vingt-trois années de prédication, d’épreuves et de lutte pour transmettre le message, le Prophète souhaite s’adresser une dernière fois à cette immense assemblée de croyants. Il leur expose de manière concise les fondements de l’islam et les principes essentiels de son organisation, avec toute l’affection qu’il porte à sa communauté. En contemplant cette foule rassemblée devant lui, il semble déjà voir les générations qui lui succéderont et auxquelles il espère faire parvenir, à travers ses compagnons, ses derniers conseils et ses recommandations pour les siècles à venir.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Après tant d’épreuves endurées dans la transmission du Message, le Prophète veut graver dans les cœurs, avec une solennité particulière, ses dernières recommandations. Il semble pressentir que la communauté poursuivra bientôt sa route sans lui. À l’image d’un père qui sait qu’il sera séparé de son fils et qui tient à lui laisser les conseils les plus précieux, il multiplie les exhortations salutaires et les mises en garde bienveillantes. Chaque fois qu’il redoute les ruses de Satan et les causes d’égarement, il renouvelle ses avertissements afin de capter pleinement l’attention de son auditoire. Il transmet la guidée, enseigne la science et ne laisse subsister aucun prétexte à l’ignorance ou à la négligence. Enfin, il prend les croyants à témoins, et ceux-ci reconnaissent unanimement qu’il a accompli sa mission et transmis fidèlement le message qui lui a été confié.

Durant vingt-trois années, il n’a cessé d’être le lien entre le Ciel et la terre. Il récite aux proches comme aux lointains les versets que Dieu fait descendre sur son cœur. Il s’efforce de purifier les hommes des vestiges de l’époque de l’Ignorance qui ont altéré leurs croyances, leurs comportements et leurs valeurs. Il forme une génération d’hommes et de femmes aux vérités profondes de la révélation afin qu’ils les transmettent ensuite au reste du monde. Le voilà désormais à la tête du premier pèlerinage entièrement purifié de toute pratique polythéiste et exclusivement consacré à l’adoration du Dieu unique. Du haut de sa chamelle, il attire l’attention de cette immense assemblée afin de confirmer les principes qu’il est chargé de transmettre et qu’il leur explique inlassablement depuis de longues années. Il accomplit ainsi jusqu’au bout sa responsabilité de Messager.

Lorsque le père des prophètes, Abraham, construit la Ka‘ba, il adresse à Dieu cette invocation : « Notre Seigneur ! Envoie-leur un Messager issu d’eux-mêmes qui leur récitera Tes versets, leur enseignera le Livre et la sagesse, et les purifiera. Tu es le Tout-Puissant, le Sage » (2 : 129). Ce jour-là, cette invocation apparaît dans toute son ampleur. Dieu manifeste Sa puissance et Sa sagesse à travers Muhammad , auquel Il confie la mission de combattre les maux qui dominent la terre. Tantôt par la patience et la magnanimité lorsqu’elles suffisent, tantôt par la fermeté lorsqu’elle devient nécessaire, le Prophète conduit sa communauté avec sagesse. Grâce à cette méthode qui associe la clémence à la justice, le faux recule progressivement jusqu’à ce que le paganisme disparaisse de la péninsule arabique et laisse place à l’islam. Les Arabes prêtent alors une oreille attentive et sincère à la voix de la dernière révélation lors de ce pèlerinage d’adieu, moment solennel où s’achève une mission qui transforme durablement leur histoire.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Par Dieu ! Que les paroles que le Prophète prononce sur le mont ‘Arafa sont sublimes ! Il s’adresse aux générations présentes comme à celles qui viendront après elles, à l’histoire tout entière, après avoir accompli sa promesse, guidé une communauté entière et lutté sans relâche durant vingt-trois années pour la cause de sa mission. Que ces instants sont magnifiques, eux qui rassemblent autour du Prophète des milliers de Qurayshites recueillis et soumis, ceux-là mêmes qui avaient autrefois comploté contre lui. Des milliers de croyants remplissent l’horizon à perte de vue et semblent répéter les paroles de Dieu : « Certes, Nous prêterons assistance à Nos Prophètes et à ceux qui auront cru, aussi bien durant leur vie en ce monde qu’au jour où se lèveront les témoins » (40 : 51).

À travers leurs visages, le Prophète aperçoit les générations futures et l’empire musulman qui s’étendra vers l’Orient et l’Occident. Il leur adresse alors son sermon d’adieu : « Ô gens ! Écoutez ce que je vais vous dire. Il se peut que ce pèlerinage soit pour moi le dernier et qu’après cette année je ne vous rencontre plus jamais en ce lieu. » Tout l’univers semble alors se taire pour écouter le Prophète . Les pierres, le désert, les villages, tout paraît attentif à ces paroles d’adieu prononcées par celui que le monde a eu le privilège de connaître durant soixante-trois années. Le voilà qui évoque son départ prochain après avoir accompli les ordres de Dieu et répandu la foi parmi les hommes ; le voilà qui résume devant le monde entier les principes pour lesquels il lutte toute sa vie.

Quelle est la première de ces règles ? Le Prophète parle comme s’il savait que certains membres de sa communauté s’écarteraient un jour de ses enseignements. Son premier commandement est celui-ci : « Votre sang et vos biens sont sacrés jusqu’au jour où vous rencontrerez votre Seigneur, comme sont sacrés ce jour-ci et ce mois-ci. » Il revient sur cette recommandation à la fin de son sermon en déclarant : « Sachez que tous les musulmans sont frères. Il n’est permis à un musulman de prendre le bien de son frère qu’avec son plein consentement. Ne soyez donc pas injustes envers vous-mêmes. Ai-je bien transmis le message ? » Nous lui répondrions volontiers : « Nous attestons que tu nous as transmis ce message, un message dont nous avons aujourd’hui plus que jamais besoin et dont nous n’avons pas toujours été à la hauteur. »

Quant au deuxième principe, il ne prend pas la forme d’un simple conseil mais d’une décision solennelle proclamée devant les hommes présents et les générations à venir. Le Prophète déclare : « Je proscris tout ce qui relève de l’époque préislamique. Les vengeances héritées de cette période sont abolies et l’usure qui la caractérise est également interdite. » Quel est le sens de cette proclamation ? Tout le fanatisme tribal, tout l’esprit de clan, toute la fierté fondée sur l’appartenance à une lignée, à une langue ou à une tribu doivent disparaître. Il en est de même de l’injustice que les hommes s’infligent les uns aux autres par l’oppression ou l’usure. La législation divine met un terme à ces pratiques. Les égarements de l’époque préislamique sont désormais révolus et l’aveuglement qui les accompagne n’a plus sa place. Qui pourrait, après cela, déterrer ce qui est mort pour lui redonner vie ? Quelle personne sensée chercherait à réparer les chaînes qu’elle vient de briser afin de s’y attacher de nouveau ? Le Prophète écarte définitivement les traditions néfastes de l’époque préislamique et les place hors de portée d’une véritable civilisation fondée sur la foi et la justice. Il proclame qu’elles appartiennent désormais au passé afin de faire comprendre à toutes les générations que nul ne peut prétendre progresser spirituellement s’il tente de ressusciter le moindre aspect de ces pratiques depuis longtemps ensevelies. Même s’il croit avancer, il ne fait alors que reculer et retourner vers les périodes les plus obscures de l’histoire.

Le troisième principe concerne le rétablissement de l’ordre du temps conformément aux quatre mois sacrés établis par Dieu. Durant l’époque préislamique et au début de l’islam, les Arabes manipulent ces mois selon leurs intérêts. Mujâhid rapporte notamment qu’ils consacrent un même mois au pèlerinage pendant deux années consécutives. Ainsi, durant deux ans, ils accomplissent le pèlerinage au mois de Dhû al-Hijja, puis durant les deux années suivantes au mois de Muharram, et ainsi de suite. Cette année-là, le pèlerinage du Prophète a lieu au mois de Dhû al-Hijja. C’est pourquoi il proclame que le temps a retrouvé sa disposition originelle, telle qu’elle était le jour où Dieu crée les cieux et la terre. Il signifie par là que les mois de l’année ne peuvent désormais plus être avancés ni retardés et que le pèlerinage doit être accompli uniquement au mois de Dhû al-Hijja. Certains rapporteurs affirment que les polythéistes utilisent une année de douze mois et quinze jours. En raison de ces jours supplémentaires, le pèlerinage se déplace progressivement à travers les différents mois de l’année, si bien qu’il peut avoir lieu durant Ramadan, Shawwâl, Dhû al-Qi‘da ou d’autres mois encore. C’est ainsi que le pèlerinage dirigé par Abû Bakr, lors de la neuvième année de l’hégire, se déroule au mois de Dhû al-Qi‘da. L’année suivante, celui du Prophète coïncide avec le mois de Dhû al-Hijja. Le Prophète met alors définitivement fin à ce système hérité du paganisme et rétablit l’année de douze mois. Al-Qurtubî écrit : « Cette explication est proche des paroles du Prophète : “Le temps a accompli un cycle complet…” » Il entend par là que la saison du pèlerinage retrouve sa place originelle, celle que Dieu lui assigne depuis la création des cieux et de la terre, conformément à une loi connue du Prophète .

Le quatrième principe concerne la condition des femmes. En quelques paroles concises, le Prophète confirme la disparition des injustices que les femmes subissent durant l’époque préislamique et rappelle la protection de leurs droits ainsi que de leur dignité à travers la législation musulmane. Il insiste particulièrement sur cette question parce que de nombreux musulmans demeurent encore influencés par certaines habitudes héritées de la période préislamique, continuant à négliger les femmes et à leur refuser les droits que Dieu leur accorde. Cette recommandation vise également à apprendre aux musulmans, à toute époque, à distinguer entre le respect de la dignité de la femme et de ses droits naturels garantis par la législation musulmane, et les comportements qui réduisent la femme à un simple objet de plaisir ou de divertissement. C’est précisément cette vision dégradante que l’islam combat avec vigueur.

Le cinquième principe invite les musulmans, dans toutes les épreuves et les difficultés qu’ils rencontreront au cours de leur existence, à se référer constamment à deux sources sûres qui les préserveront de l’égarement : le Coran et la tradition du Prophète . Le Prophète présente ces deux références comme un guide destiné à toutes les générations futures. Le Coran et la Sunna ne sont pas liés à une époque particulière ni à un contexte limité. Ils demeurent des sources permanentes de guidance et ne sauraient être remplacés par une autre tradition, une autre culture ou un autre système de référence.

Le sixième principe définit les relations entre le gouvernant, le calife ou le dirigeant, et ceux qui sont placés sous son autorité. Le peuple doit obéir à son chef, quelle que soit son origine, sa condition sociale ou son apparence physique, tant qu’il gouverne conformément au Livre de Dieu et à la tradition du Prophète . En revanche, s’il s’en écarte, nul n’est tenu de lui obéir. Ce n’est qu’en se conformant au Coran et à la Sunna que le dirigeant mérite d’être écouté et suivi, même s’il est, selon l’expression du hadith, « un esclave éthiopien au nez coupé », car une telle caractéristique ne diminue en rien sa valeur auprès de Dieu. Le Prophète précise également que le gouvernant ne bénéficie d’aucun privilège en dehors du cadre fixé par le Livre de Dieu et la tradition prophétique. En sa qualité de chef, il ne peut prétendre s’élever au-dessus de la loi musulmane ni s’en exempter. Il ne détient aucun pouvoir absolu par lui-même ; il n’est que l’exécutant des commandements de Dieu. C’est pourquoi la législation musulmane ne reconnaît ni immunité particulière ni privilèges spécifiques accordés à la classe des gouvernants ou des juges.

Le Prophète semble alors sentir que sa mission touche à son terme. Il a réussi à propager l’islam, à faire disparaître les égarements du paganisme et à effacer les erreurs héritées de l’époque préislamique. La législation musulmane a désormais atteint son accomplissement. Dieu adresse alors à l’humanité cette parole sublime : « Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, accompli sur vous Mon bienfait et agréé pour vous l’islam comme religion » (5 : 3). Le Prophète souhaite ensuite s’assurer que sa communauté témoignera en sa faveur devant Dieu au Jour de la Résurrection. Il demande à la foule : « Si l’on vous interroge à mon sujet, que répondrez-vous ? » Ceux qui l’entourent s’écrient alors : « Nous témoignerons que tu nous as transmis le message, accompli ta mission et prodigué les meilleurs conseils. » Cette réponse apaise le cœur du Prophète . Il sait désormais qu’il rencontrera son Seigneur avec le témoignage de sa communauté en sa faveur. Ses yeux brillent alors de satisfaction. Il lève son index vers le ciel puis le dirige vers la foule en répétant à trois reprises : « Ô mon Dieu, sois-en témoin. » Le Prophète éprouve une immense joie en contemplant le résultat de tant d’années de sacrifices consentis pour la cause de Dieu. Devant lui se tient une foule qui proclame d’une seule voix l’unicité divine, se soumet à la religion de Dieu et déborde d’amour et de ferveur. Peut-être se remémore-t-il alors les privations du désert, les longues marches, les moqueries, les humiliations et les souffrances endurées pour établir cette religion sur la terre.

Que Dieu bénisse notre Prophète et remplisse son cœur d’une joie infinie. Tu nous as également transmis la responsabilité de poursuivre ta mission. Que nous sommes loin, aujourd’hui, d’être à la hauteur d’un tel héritage ! Comment ne pas appréhender le jour où nous te rencontrerons, chargés de nos manquements, de notre faiblesse et de notre attachement excessif aux plaisirs de ce monde, alors que tes nobles compagnons t’entoureront avec les marques de leurs sacrifices, eux qui ont renoncé à tant de choses pour servir cette cause ? Demandons à Dieu d’améliorer la situation des musulmans, de nous délivrer de l’emprise des passions et de l’attachement excessif à cette vie d’ici-bas, et de nous combler de Sa bonté, de Sa générosité et de Ses bienfaits. Après cela, le Prophète achève son pèlerinage, boit de l’eau de Zamzam, rappelle aux musulmans les rites qu’ils doivent accomplir et retourne à Médine afin de poursuivre son œuvre au service de l’islam.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Concernant les paroles du Prophète : « Le temps a accompli un cycle complet comme au jour où Dieu a créé les cieux et la terre », il convient d’en préciser le sens. Pour cela, il faut rappeler qu’à l’époque d’Abraham, le pèlerinage est accompli durant le mois lunaire de Dhû al-Hijja. Or, l’année lunaire étant plus courte d’environ onze jours que l’année solaire, les mois ne coïncident pas toujours avec les mêmes saisons. Ainsi, le pèlerinage se déroule parfois à une période de l’année et parfois à une autre. Cette situation ne correspond pas aux intérêts commerciaux de Quraysh, qui souhaite voir le pèlerinage revenir chaque année à la même saison. Les Qurayshites mettent alors en place un système connu sous le nom de nasî’. Celui-ci consiste à modifier le calendrier afin de maintenir le pèlerinage à une période déterminée de l’année. Les noms des mois lunaires sont conservés, mais le fonctionnement réel du calendrier se rapproche désormais d’un calendrier solaire. Par conséquent, les mois ne correspondent plus à leur place originelle dans le calendrier lunaire. Ce n’est qu’au terme d’un cycle complet que les dates retrouvent leur position initiale et que le pèlerinage revient naturellement au mois de Dhû al-Hijja.

L’une des missions du Prophète consiste à mettre fin à ces innovations introduites par Quraysh et à rétablir le pèlerinage conformément au système instauré par Abraham. Lorsque La Mecque est libérée durant le mois de Ramadan de la huitième année de l’hégire, le Prophète dispose désormais d’une autorité incontestée sur l’Arabie. Il aurait pu abolir immédiatement cette pratique, mais il choisit de ne pas agir dans la précipitation. Il sait qu’il ne reste que peu de temps avant que le cycle en cours ne ramène naturellement le pèlerinage à sa date originelle. Il attend donc avec patience. Durant les deux années qui suivent la libération de La Mecque, il ne participe pas lui-même au pèlerinage. Ce n’est qu’au cours de la dixième année de l’hégire qu’il accomplit son pèlerinage d’adieu. Cette année-là, le pèlerinage coïncide précisément avec le mois de Dhû al-Hijja, conformément à l’ordre établi à l’époque d’Abraham. Le Prophète annonce alors que le pèlerinage devra désormais être accompli selon ce calendrier originel et met définitivement fin à toute manipulation des mois. C’est dans ce contexte qu’il déclare : « Le temps a accompli un cycle complet comme au jour où Dieu a créé les cieux et la terre. » Il ajoute que le nombre de mois auprès de Dieu est de douze, réaffirmant ainsi le retour à l’ordre voulu par Dieu depuis l’origine. Ce choix révèle une profonde sagesse. Lorsqu’une pratique s’enracine durant de nombreuses années, les hommes finissent souvent par lui attribuer un caractère sacré et éprouvent de grandes difficultés à l’abandonner. Le Prophète évite donc d’imposer brutalement un changement qui aurait pu susciter incompréhension et résistance. Il laisse les événements suivre leur cours naturel jusqu’au moment où le pèlerinage retrouve spontanément sa date authentique. Il lui suffit alors d’annoncer publiquement que cette date est celle que Dieu a instituée et qu’elle devra être conservée à l’avenir. Cet épisode illustre la sagesse qui caractérise l’ensemble de l’action du Prophète . Dans chacune de ses décisions, il agit avec discernement, en tenant compte de la réalité et du moment opportun. Ses initiatives s’inscrivent dans l’ordre voulu par Dieu et s’harmonisent avec les lois qu’Il a établies. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ses efforts portent leurs fruits et produisent des résultats durables.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

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Dans son sermon, le Prophète réaffirme l’un des fondements essentiels du message divin : tous les êtres humains sont égaux devant leur Créateur, indépendamment de leur origine, de leur couleur de peau, de leur statut social ou de leur appartenance ethnique. Ce qui distingue réellement les hommes n’est pas ce qu’ils possèdent ni ce qu’ils sont par naissance, mais la noblesse de leur caractère et les qualités de leur cœur. Devant une foule immense de pèlerins venus de peuples et d’horizons différents, mais unis par la même foi, le Messager de Dieu rappelle avec force ce principe d’égalité et d’unité. Au milieu de cette communauté rassemblée dans l’adoration du Dieu unique, il atteste avoir accompli la mission qui lui avait été confiée et transmis fidèlement le message divin.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Au cours des derniers mois de la révélation, les conversions se multiplient et les hommes entrent en grand nombre dans la religion de Dieu. Pourtant, au moment même où le succès de sa mission devient manifeste, une autre exigence s’impose au Prophète : tourner davantage son cœur vers son Seigneur. Dieu l’invite à approfondir son recueillement, à intensifier son dialogue avec Lui et à orienter progressivement son regard vers l’au-delà. Alors qu’il assiste à l’accomplissement de l’œuvre qu’il a portée durant tant d’années, Dieu le prépare peu à peu à Le rejoindre. C’est ainsi que ‘Abdallâh b. ‘Abbâs interprète la sourate al-Nasr, y voyant l’annonce de la fin prochaine de la mission prophétique et du départ imminent du Prophète vers son Seigneur.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Après avoir accompli le pèlerinage, le Prophète retourne à Médine, non pour se reposer, mais pour reprendre son œuvre et poursuivre les efforts auxquels il consacre sa vie. Les imposteurs n’accordent aucun répit aux défenseurs de la vérité, et les porteurs des grands messages ne recherchent pas davantage le repos ou la détente. Ils puisent leur force dans le sens du devoir et dans la conscience de la mission qui leur incombe. Leur véritable satisfaction réside dans les fruits de leur travail. Rien ne les réjouit davantage que de voir les fruits de leurs efforts arriver à maturité, l’œuvre à laquelle ils ont consacré leur vie grandir et prospérer, et les principes qu’ils ont défendus avec persévérance porter pleinement leurs fruits.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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