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Publié le 10 juillet 2026

PARTIE 53 : LA BATAILLE DE HUNAYN (l’an 8)

Après la libération de La Mecque et la disparition du paganisme dans la région, les Arabes se convertissent à l’islam en masse. Poussées par leur ignorance et leur fanatisme, les tribus de Hawâzin et de Thaqîf tiennent alors un conseil de guerre au cours duquel elles décident d’attaquer les musulmans. Elles déclarent : « Maintenant que Muhammad a soumis sa propre tribu, nous ferions mieux de l’attaquer avant qu’il ne nous attaque. » Mâlik b. ‘Awf reçoit le commandement de l’armée. Plusieurs tribus rejoignent les Hawâzin et Thaqîf, parmi lesquelles celle des Banû Sa‘d, au sein de laquelle le Prophète a passé une partie de son enfance. À la tête de l’une de ces tribus se trouve Durayd b. al-Simma, célèbre pour son courage et sa sagesse. Trop âgé pour combattre, il se contente de conseiller les combattants. Lorsque Mâlik ordonne aux hommes d’emmener leurs familles et leurs biens, Durayd lui demande pourquoi. Mâlik lui explique que les guerriers combattront ainsi avec plus d’ardeur pour défendre leurs proches. Durayd lui répond : « Mais si la victoire revient à l’ennemi, tes hommes perdront à la fois leurs familles et leurs biens. » Mâlik ignore cependant ce conseil et place les femmes derrière les premiers rangs de combattants, puis les chameaux, tandis que les moutons ferment la marche.

Lorsque le Prophète apprend que les Hawâzin et Thaqîf se préparent à l’attaquer, il décide d’aller à leur rencontre. Il quitte La Mecque à la tête de douze mille combattants : aux dix mille hommes venus de Médine s’ajoutent deux mille Mecquois. Parmi eux figurent encore quatre-vingts polythéistes, dont Safwân b. Umayya et Suhayl b. ‘Amr. Le Prophète envoie ‘Abdallâh b. Abî Hadrad al-Aslamî recueillir des informations sur l’ennemi. À son retour, il fait son rapport. Le Prophète apprend également que Safwân possède un grand nombre d’armes et de boucliers. Il lui demande de les mettre à sa disposition. Safwân lui répond : « Veux-tu me les prendre de force ? » Le Prophète lui dit : « Non, nous te les empruntons simplement et ils te seront rendus. » Safwân accepte alors de fournir cent boucliers ainsi que l’équipement nécessaire.

Lorsque l’armée musulmane approche du camp adverse, le Prophète répartit les étendards. Il confie celui des émigrés à ‘Alî b. Abî Tâlib, celui des Khazraj à Hubâb b. al-Mundhir et celui des Aws à Usayd b. Hudayr. Puis il attribue leurs étendards respectifs aux autres tribus. Revêtu d’une double armure et d’un heaume, il monte sur son mulet. Les musulmans sont alors fiers de leur nombre. Mais cette confiance excessive ne leur est d’aucune utilité. Lorsque l’avant-garde avance dans la vallée, elle est soudainement prise sous une pluie de flèches. Les ennemis se sont dissimulés dans les gorges afin de tendre une embuscade. Pris par surprise, de nombreux musulmans prennent la fuite et la confusion gagne les rangs. Le Prophète demeure néanmoins ferme à sa place. Autour de lui se rassemblent notamment Abû Bakr al-Siddîq, ‘Umar b. al-Khattâb, ‘Alî b. Abî Tâlib, al-‘Abbâs, son fils al-Fadl, Abû Sufyân b. al-Hârith, son frère Rabî‘a ainsi qu’un des Mu‘attab b. Abî Lahab. Au milieu du désordre, le Prophète appelle : « Ô compagnons ! Venez à moi ! » mais peu de personnes l’entendent. Parmi les Mecquois récemment convertis, certains se réjouissent de voir l’armée musulmane en difficulté tandis que d’autres en éprouvent de la honte. Abû Sufyân déclare : « Cette défaite va se transformer en massacre. » Un homme affirme : « La magie de Muhammad est terminée. » Safwân lui répond aussitôt : « Tais-toi ! Par Dieu, je préfère voir triompher un Quraychite plutôt qu’un membre des Hawâzin. » Lorsqu’un autre Quraychite se réjouit de la défaite des musulmans, Safwân le réprimande sévèrement. ‘Ikrima b. Abî Jahl intervient également en disant : « Même si Muhammad subit aujourd’hui un revers, Dieu lui accordera la victoire demain. » Lorsque Suhayl lui rappelle qu’il pensait autrefois le contraire, ‘Ikrima répond : « Nous étions égarés et nous adorions des idoles de pierre sans valeur. »

Alors que les musulmans continuent de se disperser, le Prophète avance vers l’ennemi en proclamant : « Je suis le Prophète, sans mensonge ; je suis le descendant de ‘Abd al-Muttalib. » Puis il demande à al-‘Abbâs, dont la voix porte très loin, d’appeler les Ansâr et les compagnons du pacte d’al-Hudaybiya. Dès qu’ils entendent cet appel, les Ansâr reviennent vers le Prophète . Beaucoup descendent de leurs montures, saisissent leurs armes et accourent auprès de lui. Dieu raffermit alors leurs cœurs en leur accordant la sérénité et en envoyant des anges pour les soutenir. Les musulmans se regroupent et reprennent l’avantage. Les polythéistes prennent la fuite en abandonnant leurs familles et leurs biens. Les musulmans les poursuivent et capturent de nombreux prisonniers. On dit que le Prophète déclare alors : « Celui qui tue un ennemi et en apporte la preuve aura droit à ses dépouilles. »

Selon Ibn Ishâq, qui rapporte le récit d’Anas, Abû Talha al-Ansârî abat à lui seul vingt polythéistes lors de la bataille de Hunayn. Ibn Ishâq et Ibn Sa‘d rapportent également que le Prophète aperçoit Umm Sulaym, qui accompagne son époux Abû Talha. Elle porte un poignard et explique qu’elle l’utilisera contre tout ennemi qui tenterait de l’attaquer. Plus tard, le Prophète passe devant le corps d’une femme tuée au combat par Khâlid b. al-Walîd. Lorsqu’il apprend ce qui s’est passé, il envoie immédiatement un homme lui rappeler qu’il est interdit de tuer les femmes, les enfants et les serviteurs. Après la bataille, les musulmans rassemblent un immense butin composé de vingt-quatre mille chameaux, de plus de quarante mille moutons et de quatre mille onces d’argent. L’ensemble est réuni à Ji‘râna.

L’expédition à Tâ’if

L’armée des musulmans se dirige vers Tâ’if avec l’intention d’achever la campagne contre les tribus de Thaqîf et de Hawâzin. Le Prophète place Khâlid b. al-Walîd à la tête de l’avant-garde. En chemin, les musulmans passent devant une place forte où s’est réfugié Mâlik b. ‘Awf. Le Prophète ordonne de l’investir. Les combattants mettent alors le feu à un jardin dont le propriétaire refuse de se rendre. À leur arrivée à Tâ’if, ils constatent que leurs adversaires se sont retranchés dans une forteresse après avoir accumulé armes et provisions suffisantes pour soutenir un siège d’une année. Les musulmans établissent leur camp à proximité, mais les assiégés les accueillent par une pluie de flèches et de projectiles. De nombreux musulmans sont blessés. ‘Abdallâh b. Abî Bakr reçoit une blessure dont il mourra plus tard sous le califat de son père, tandis qu’Abû Sufyân b. Harb perd un œil. Les musulmans comptent également douze morts dans leurs rangs. Constatant que son armée est trop exposée aux tirs ennemis, le Prophète déplace le campement à l’emplacement où se trouve aujourd’hui la mosquée de Tâ’if. Il y fait dresser deux tentes pour Umm Salama et Zaynab bint Jahsh. Le siège se prolonge durant dix-huit jours. Khâlid provoque alors les combattants ennemis en duel, mais personne ne répond à son défi. Le chef de Thaqîf lui crie que les assiégés disposent de réserves suffisantes pour tenir des années et que, si les musulmans persistent, ils combattront jusqu’au dernier homme. Le Prophète fait avancer les catapultes et tente de percer les murailles. Des musulmans s’approchent sous la protection de chars couverts, mais les assiégés leur lancent des projectiles chauffés à blanc, les contraignant à reculer. Irrité par la résistance de ses adversaires, le Prophète ordonne alors de couper leurs vignes et leurs dattiers. Les assiégés le supplient d’épargner leurs plantations au nom de Dieu. Il fait immédiatement cesser cette opération et ordonne d’annoncer que toute personne qui se rendra aura la vie sauve. Plusieurs dizaines d’habitants de Thaqîf quittent alors la forteresse. Finalement, constatant que ni la force ni la ruse ne permettent de mettre fin au siège, le Prophète consulte Nawfal b. Mu‘âwiya al-Daylî. Celui-ci lui répond : « Si tu poursuis le renard dans son terrier, tu finiras peut-être par l’atteindre ; mais si tu le laisses, au moins il ne t’aura pas mordu. » Le Prophète suit ce conseil et ordonne la levée du siège. Lorsque certains compagnons lui demandent de maudire la tribu de Thaqîf, il répond : « Que Dieu les guide et les fasse entrer dans l’islam. »

Le partage du butin

De retour à Ji‘râna, le Prophète procède au partage du butin qui y a été rassemblé. Il en réserve une part importante à certaines personnes dont la foi est encore récente ou fragile afin de gagner leurs cœurs. Il donne ainsi quarante onces d’or et cent chameaux à Abû Sufyân b. Harb, puis accorde la même part à ses deux fils, Mu‘âwiya et Yazîd. Abû Sufyân lui dit alors : « Je sacrifierais pour toi mon père et ma mère. Tu es généreux dans la guerre comme dans la paix. » Le Prophète se montre également très généreux envers Hakîm b. Hizâm. Cependant, celui-ci demande davantage à plusieurs reprises. Le Prophète finit par lui dire : « Celui qui reçoit sans être satisfait de ce qu’il a obtenu n’en tirera aucun bénéfice. Il ressemble à celui qui mange sans jamais être rassasié. Sache que la main qui donne est meilleure que celle qui reçoit. » Touché par ces paroles, Hakîm restitue ce qu’il a reçu en trop et déclare : « Je jure par Celui qui t’a envoyé avec la vérité que je ne demanderai jamais plus que mon droit. » Plus tard, même lorsque les califes lui attribuent une part du trésor public, il la refuse. Le Prophète accorde également cent chameaux à ‘Uyayna b. Hisn, à al-Aqra‘ b. Hâbis et à al-‘Abbâs b. Mirdâs. Voyant Safwân b. Umayya contempler avec admiration un immense troupeau de moutons et de chèvres, il lui demande : « Aimerais-tu posséder ce troupeau ? » Safwân répond par l’affirmative. Le Prophète lui dit alors : « Il est à toi. » Rempli de joie, Safwân s’exclame : « Personne ne donne ainsi si ce n’est un prophète. » Beaucoup de ceux qui reçoivent ces dons deviennent ensuite parmi les musulmans les plus sincères et les plus influents. Le Prophète charge ensuite Zayd b. Thâbit de recenser le reste du butin afin de le répartir entre les combattants. Des bédouins entourent alors le Prophète avec insistance au point que son vêtement s’accroche à un arbre. Ils lui réclament leur part du butin. Il leur répond : « Rendez-moi mon vêtement. Si je possédais tous les biens de Tihâma, je les partagerais entre vous. Vous ne me trouveriez ni avare, ni menteur, ni lâche. » Puis il prend un poil sur la bosse de son chameau et ajoute : « Je ne prélève du butin que l’équivalent de ce poil. Quant à la fraude, elle sera une cause de honte dans ce monde et de châtiment dans l’au-delà. » En entendant cela, tous ceux qui avaient dissimulé une partie du butin, même minime, la rapportent immédiatement. Le partage est alors effectué : chaque fantassin reçoit quatre chameaux et quarante moutons, tandis que le cavalier reçoit le triple. Un hypocrite critique alors cette répartition et la juge injuste. Le Prophète rougit de colère et répond : « Si le Messager de Dieu n’est pas juste, alors qui le sera ? » Malgré cette accusation, il ne cherche pas à se venger.

Lorsque les Quraychites et plusieurs chefs arabes reçoivent des dons importants tandis que les Ansâr n’obtiennent rien de comparable, certains d’entre eux ressentent une certaine amertume et disent : « Le Messager de Dieu a retrouvé son peuple. » Informé de ces propos par Sa‘d b. ‘Ubâda, le Prophète réunit les Ansâr et leur rappelle les bienfaits que Dieu leur a accordés par l’intermédiaire de l’islam. Puis il leur dit : « Qu’est-ce qui vous empêche de me répondre ? Vous pourriez dire : “Tu es venu à nous alors que ton peuple te traitait de menteur, et nous avons cru en toi ; tu étais abandonné, et nous t’avons soutenu ; tu étais chassé, et nous t’avons accueilli ; tu étais pauvre, et nous avons partagé nos biens avec toi.” » Il poursuit ensuite : « Ressentez-vous de la peine parce que j’ai donné à certains des biens de ce monde afin d’adoucir leurs cœurs, alors que je vous ai confié ce qu’il y a de plus précieux ? N’êtes-vous pas satisfaits de retourner chez vous avec le Messager de Dieu alors que les autres repartent avec des chameaux et des troupeaux ? Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, si l’émigration n’avait pas eu lieu, j’aurais voulu être un homme des Ansâr. Si les gens empruntaient une vallée et que les Ansâr en empruntaient une autre, je suivrais la vallée des Ansâr. Ô Dieu, fais miséricorde aux Ansâr, à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants. » En entendant ces paroles, les Ansâr fondent en larmes jusqu’à mouiller leurs barbes et répondent : « Nous sommes pleinement satisfaits d’avoir pour part le Messager de Dieu . » Le Prophète quitte alors l’assemblée et chacun retourne auprès des siens.

Les délégations de la tribu de Hawâzin

Quelques jours plus tard, une délégation de la tribu de Hawâzin, dirigée par Zuhayr b. Sard, se présente devant le Prophète et lui dit : « Nos épouses, nos mères et nos tantes, qui sont aujourd’hui la cause de notre humiliation, sont prisonnières chez vous. Nous te demandons de nous les rendre. » Zuhayr ajoute : « Ces femmes sont de ta famille. Elles t’ont nourri et élevé. » Puis il récite un poème dans lequel il implore la clémence du Prophète et lui demande de libérer les captives. Le Prophète lui répond : « J’apprécie la sincérité avant toute chose. Vous avez le choix entre récupérer vos familles ou vos biens. Je vous ai attendus longtemps. » Les membres de la délégation lui répondent que les richesses ne les intéressent pas et qu’ils souhaitent uniquement retrouver leurs proches. Le Prophète déclare alors : « Quant à ce qui m’appartient ainsi qu’aux Banû ‘Abd al-Muttalib, je vous le rends dès à présent. Quant au reste, je demanderai aux musulmans de vous restituer les captifs qu’ils détiennent. » En entendant cela, les émigrés et les Ansâr répondent immédiatement : « Nous offrons au Messager de Dieu ce qui nous revient. » Cependant, al-Aqra‘ b. Hâbis refuse en déclarant : « Ce qui m’appartient ainsi qu’aux Banû Tamîm ne sera pas rendu. » ‘Uyayna b. Hisn adopte la même position au nom des Banû Fazâra. Al-‘Abbâs b. Mirdâs refuse également au nom des Banû Sulaym, mais les membres de sa tribu s’opposent à lui et déclarent : « Quant à nous, nous offrons ce qui nous appartient au Messager de Dieu . » Al-‘Abbâs leur reproche alors de l’avoir désavoué.

Le Prophète s’adresse ensuite aux musulmans en disant : « Ces gens sont venus à vous en tant que musulmans. J’avais retardé la distribution du butin dans l’espoir de leur retour. Je leur ai laissé le choix entre leurs biens et leurs familles, et ils ont choisi leurs familles. Que celui qui souhaite leur restituer ses captifs le fasse. Quant à celui qui préfère conserver son droit, nous le dédommagerons par six parts lors du prochain butin que Dieu nous accordera. » Les musulmans répondent alors : « Nous les rendons volontiers par amour pour le Messager de Dieu . » Le Prophète leur demande toutefois de consulter leurs chefs afin de s’assurer que chacun agit librement. Finalement, tous acceptent de restituer les femmes et les enfants captifs, à l’exception de ‘Uyayna b. Hisn, qui conserve quelque temps une femme âgée avant de la libérer à son tour. Le Prophète offre ensuite à chaque captif libéré un vêtement de lin venu d’Égypte. Peu après, il retourne à Médine au cours du dernier mois de la huitième année de l’Hégire.

Analyses et Enseignements

L’expédition de Hunayn constitue une leçon fondamentale de la doctrine musulmane et apporte des enseignements qui complètent ceux de l’expédition de Badr. À Badr, les musulmans apprennent qu’un petit nombre de croyants peut triompher d’une armée beaucoup plus nombreuse lorsqu’ils font preuve de patience et de crainte de Dieu. À Hunayn, ils apprennent à l’inverse qu’un grand nombre de combattants ne procure aucun avantage si la patience et la confiance en Dieu font défaut. Des versets du Coran sont d’ailleurs révélés au sujet de ces deux expéditions. À Badr, les musulmans sont moins nombreux que jamais, mais la sincérité de leur foi, leur profonde soumission à Dieu et à Son Messager compensent largement leur faiblesse numérique. À Hunayn, ils disposent au contraire d’un effectif sans précédent, mais cette supériorité ne leur est d’aucun secours, car certains parmi eux ont une foi encore fragile et restent exposés à diverses tentations. La victoire ne dépend donc pas du nombre.

Lorsque l’armée musulmane est surprise par l’ennemi, elle se disperse dans la vallée de Hunayn. Cette crainte touche probablement une partie des musulmans dans les premiers instants, mais les émigrants et les Ansâr répondent à l’appel du Prophète et combattent courageusement autour de lui. Ils ne sont alors qu’environ deux cents. Ce petit groupe contribue à renverser la situation, à redonner confiance aux musulmans et à mettre l’ennemi en déroute, là où une armée disparate de douze mille hommes avait d’abord échoué. Dieu révèle alors cette grande leçon dans Son Livre : « Dieu vous a déjà assistés en maints endroits, notamment lors de la bataille de Hunayn où, abusés par votre grand nombre qui ne vous a servi à rien, vous n’avez pas tardé à sentir que la terre, pourtant si vaste, était devenue trop étroite et vous avez tourné le dos en fuyant. C’est alors que Dieu apaisa Son Envoyé et les croyants en faisant descendre Sa quiétude, ainsi que des armées invisibles. Il châtia les négateurs et telle a été leur rétribution. Après quoi, Dieu accueillera le repentir de qui Il Voudra, car Dieu est Clément et Compatissant » (9 : 25 à 27).

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Nous avons déjà indiqué qu’il est permis de recourir à l’espionnage en territoire ennemi et que cela peut même devenir une obligation lorsque les circonstances l’exigent. Le Prophète agit ainsi au cours de cette expédition en envoyant ‘Abdallâh b. Abî Hadrad auprès de l’ennemi afin de recueillir des renseignements et d’informer ensuite les musulmans sur les effectifs et l’équipement de l’armée adverse. Les savants ont confirmé la légitimité de cette pratique dans un tel contexte.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Il est également permis d’emprunter ou de louer des armes, ainsi que tout ce dont une armée peut avoir besoin pour mener le combat. C’est ce que fait le Prophète au cours de cette expédition lorsqu’il emprunte des armes à Safwân b. Umayya, qui est encore polythéiste à cette époque. Cette question relève du recours à l’aide des non-musulmans en temps de guerre. Nous avons déjà évoqué ce sujet à propos de l’expédition d’Uhud, en indiquant que les non-musulmans peuvent apporter différents types de soutien aux musulmans. Ils peuvent notamment participer aux combats à leurs côtés dans certaines circonstances. Toutefois, nous avons précisé que cela n’est permis qu’en cas de nécessité réelle et lorsque les musulmans ont confiance dans l’attitude de ceux qui leur apportent leur aide. De même, les musulmans peuvent utiliser les armes et les équipements appartenant à des non-musulmans, à condition que cela ne porte pas atteinte à leur dignité, ne les place pas dans une situation de dépendance envers une autre communauté et ne les conduise pas à négliger leurs obligations religieuses. Dans le cas présent, Safwân se trouvait dans une position de faiblesse lorsqu’il prêta ses armes au Prophète .

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Lorsque les musulmans se dispersent dans la vallée, le Prophète fait preuve d’un courage exceptionnel en demeurant à l’endroit même où l’ennemi leur tend plusieurs embuscades. Sa fermeté et son sang-froid contribuent à redonner confiance à ceux qui prennent la fuite et les aident à reprendre leurs esprits. Ibn Kathîr déclare à propos de l’expédition de Hunayn : « Le comportement du Prophète est l’image même du courage. Ce jour-là, il reste sur le champ de bataille, alors qu’une grande partie de son armée s’est dispersée. Il demeure seul sur sa mule et avance vers l’ennemi en proclamant son identité afin de se faire connaître de ceux qui ne le connaissent pas encore. » Cette attitude traduit la confiance totale que le Prophète place en Dieu. Il est convaincu que Dieu lui accordera Son secours, lui permettra d’accomplir la mission qui lui est confiée et fera triompher Sa religion.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Le jihâd est avant tout un combat personnel animé par le profond désir d’être sauvé dans l’au-delà et d’obtenir le pardon de Dieu lorsque nous comparaîtrons devant Lui. Lorsque l’islam pénètre véritablement le cœur et la conscience, une préoccupation domine toutes les autres : comment obtenir l’agrément, la grâce et le pardon de Dieu. Dès lors, le croyant cherche à conformer sa foi, ses idées, son caractère, ses actes et l’ensemble de sa vie à cet objectif essentiel, en veillant constamment à ne pas déplaire à son Seigneur. Toute son attention se tourne alors vers la vie future. Il appelle les autres à l’islam après avoir cherché à se soumettre lui-même à Dieu, conformément à la parole divine : « Dis : “J’ai reçu ordre d’être le premier de ceux qui se soumettent à Dieu et de n’être jamais du nombre des idolâtres” » (6 : 14).

Sur le plan de la motivation, devenir le premier à se soumettre à Dieu relève d’une démarche personnelle. Mais les effets d’une telle transformation dépassent largement l’individu. Une éruption volcanique prend naissance à l’intérieur d’une montagne, loin des regards, avant d’illuminer toute la région lorsqu’elle surgit à la surface. De même, la transformation intérieure de celui qui se soumet sincèrement à Dieu finit par exercer une influence sur son entourage. Cette même progression apparaît dans la révélation coranique : les premiers versets portent principalement sur la réforme de l’individu, tandis que les révélations ultérieures abordent davantage la réforme de la société. Comparant cette progression à la méthode du Prophète , Muhammad Marmaduke Pickthall écrit dans son introduction à sa traduction du Coran : « L’inspiration du Prophète progressa des réalités intérieures vers les réalités extérieures. »

La plupart des gens considèrent que l’action visible dans le monde est la tâche la plus importante de l’existence. Pourtant, la vie du Prophète enseigne que l’être humain doit d’abord se construire intérieurement. Celui qui acquiert une véritable solidité intérieure devient ensuite une force considérable lorsqu’il agit dans la société. Cette force ne s’obtient pas par une formule magique. Elle naît de la foi, des œuvres vertueuses et de la persévérance. Les vérités révélées doivent s’enraciner profondément dans le cœur et l’esprit. Le croyant doit orienter ses pensées vers l’au-delà et les réalités éternelles. Il doit également apprendre à considérer qu’il possède avant tout des responsabilités plutôt que des droits. Les difficultés rencontrées sur le chemin de Dieu ne doivent pas être imputées aux autres, mais supportées avec patience, sérénité et humilité. Ce sont ces qualités qui forgent la force intérieure. Le Prophète les développe à un degré exceptionnel, si bien que personne ne peut résister à la puissance morale de son caractère. Lorsque cette force intérieure se manifeste dans le monde extérieur, elle exerce une influence considérable sur les hommes. Les gens sont touchés par son comportement et sa personnalité parce que leur source se trouve dans une transformation profonde de son être.

Dans son article intitulé « La bravoure », l’écrivain indien Sardar Pooran Singh (1882-1932) décrit le Prophète comme l’homme le plus courageux de l’histoire. Une telle affirmation s’explique par l’ampleur du changement qu’il introduit dans la péninsule arabique. Sa grandeur se manifeste notamment par l’influence qu’il exerce sur ceux qui le rencontrent. Pooran Singh explique que le véritable courage consiste à lutter continuellement pour devenir meilleur et plus noble. Selon lui, le courage ne réside pas dans l’emportement ou l’impulsivité, mais dans la capacité à développer une force intérieure profonde. Il souligne que l’être humain doit d’abord grandir intérieurement et s’enraciner solidement avant de prétendre transformer le monde. Les vérités religieuses et spirituelles constituent, selon lui, les fondements durables sur lesquels repose l’élévation des hommes. Celui qui s’y attache pleinement finit par triompher. Le secret de cette force ne réside ni dans des pratiques mystérieuses ni dans des exercices ésotériques.

La véritable force est celle qui permet de faire face aux réalités de la vie. Elle apparaît lorsque l’être humain se libère de l’emprise de l’égoïsme, des préjugés, de la colère, de l’envie, de la haine, de la recherche du pouvoir, de la vanité et de l’intérêt personnel. Comme l’enseigne le Prophète , il parvient alors à voir les choses telles qu’elles sont réellement. Ses pensées et ses actes cessent d’être gouvernés par les passions et les illusions. C’est cette liberté intérieure qui constitue la véritable force de caractère. Elle donne à l’homme la capacité d’affronter les épreuves sans être ébranlé. C’est précisément cette force intérieure qui explique le redressement de l’armée musulmane lors de la bataille de Hunayn. Au moment où la situation devient critique, le Prophète ne manifeste aucun signe de panique. Il demeure calme, serein et entièrement confiant en Dieu. Lorsque sa force intérieure se manifeste au grand jour, elle change immédiatement le cours de la bataille. Au milieu de ses adversaires, il appelle ses compagnons en déclarant : « Je suis le Prophète de Dieu, et je ne mens pas ; je suis le descendant de ‘Abd al-Muttalib. À moi, serviteurs de Dieu ! » Ses paroles et son attitude redonnent confiance aux croyants et contribuent au retour de ceux qui s’étaient dispersés.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Dieu inspire au Prophète d’appeler à lui les hommes de foi et de sacrifice dans ce moment décisif, alors que la situation semble lui échapper et que tout paraît aller de travers. Ce sont eux qui, par leur sincérité, leur constance et leur dévouement, permettent aux messages divins d’atteindre leur objectif et aux difficultés de se dissiper. Quant aux foules davantage préoccupées par les intérêts matériels et attirées par l’espoir du butin, elles ne constituent pas un appui sur lequel il est possible de compter dans les périodes les plus critiques.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

Il est établi que les femmes peuvent accompagner les combattants afin de leur apporter de l’eau et de soigner les blessés. Quant à leur participation directe aux combats, elle n’est pas clairement confirmée par les textes de la tradition, bien qu’al-Bukhârî ait consacré dans son recueil un chapitre intitulé : « Expédition des femmes et combat des femmes aux côtés des hommes ». Toutefois, les hadiths qu’il y rapporte ne constituent pas, selon certains savants, une preuve explicite de leur participation aux combats. Ibn Hajar affirme d’ailleurs : « Je ne vois dans ces hadiths rien qui prouve que les femmes ont combattu. » Les juristes abordent généralement cette question dans le cas où l’ennemi menace directement le territoire musulman. Dans une telle situation, la défense devient un devoir pour tous ceux qui en ont la capacité, y compris les femmes. Le poignard porté par Umm Sulaym n’est d’ailleurs destiné, selon ses propres paroles, qu’à assurer sa défense personnelle.

Par ailleurs, ‘Â’isha demanda au Prophète l’autorisation de participer au combat, et il lui répondit : « Votre combat, à vous les femmes, est le pèlerinage. » Le combat auquel ‘Â’isha faisait référence ne désignait donc pas l’assistance apportée aux combattants, comme les soins ou le ravitaillement, car ce type de service est permis aux femmes lorsqu’elles en sont capables. Dans tous les cas, une femme ne peut accompagner les combattants que dans le respect des règles qui la concernent et lorsque sa présence répond à un besoin réel. Si sa présence n’est pas nécessaire ou si elle l’expose à des situations contraires aux enseignements de l’islam, elle ne doit pas accompagner l’armée. Il convient également de rappeler que les prescriptions de l’islam forment un ensemble cohérent et ne peuvent être appliquées de manière sélective.

Dieu dit : « Admettriez-vous seulement une certaine partie du Livre et en rejetteriez-vous le reste ? Quel traitement devra être réservé à ceux qui agissent de la sorte, sinon l’ignominie dans ce monde et le châtiment le plus impitoyable dans l’autre ? Dieu n’est pas inattentif à vos agissements » (2 : 85). Certains cherchent à adapter les prescriptions religieuses à leurs propres désirs, en écartant ce qui les contraint ou les dérange afin de les conformer à leurs préférences. Ils présentent ensuite ces interprétations comme si elles reflétaient fidèlement les enseignements de la religion.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Le Messager de Dieu se montre magnanime et généreux envers les musulmans qui ont fui le champ de bataille, envers les nouveaux convertis ainsi qu’envers les bédouins récemment entrés dans l’islam. Il supporte chez certains d’entre eux des signes de faiblesse, d’attachement aux biens matériels ou de légèreté, dans le but de les rapprocher de la religion et de renforcer leur attachement à l’islam. Ce qui surprend le plus est que certains de ceux qui se montrent les plus avides sont précisément parmi ceux qui ont pris la fuite lors de la bataille. Malgré cela, le Prophète choisit la douceur, passe sur leurs erreurs passées et les traite avec générosité afin de gagner leurs cœurs. Il sait que tous les hommes ne parviennent pas à la vérité par le même chemin. Certains sont guidés avant tout par des considérations immédiates ou des intérêts personnels, puis leur foi se développe progressivement avec le temps. Certaines personnes ont ainsi besoin d’être attirées et rapprochées avec sagesse et bienveillance jusqu’à ce que la foi s’enracine dans leur cœur et transforme leur comportement. C’est ce que montre le témoignage de Safwân b. Umayya : « Le Messager de Dieu , qui m’était l’être le plus détesté, ne cessa de me donner du butin de Hunayn jusqu’à ce qu’il devienne l’homme que j’aimais le plus » (Muslim, Ahmad et al-Tirmidhî).

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

Concernant l’interdiction de tuer les femmes sur le champ de bataille, le Prophète l’affirme clairement lorsqu’il voit le corps d’une femme tuée lors d’une expédition menée par Khâlid b. al-Walîd. Les juristes en déduisent que les femmes, comme les autres personnes qui ne prennent pas part aux combats, ne doivent pas être visées. Toutefois, si elles participent elles-mêmes aux affrontements et combattent les musulmans, ces derniers sont autorisés à leur répondre. En revanche, tant qu’elles demeurent à l’écart des hostilités, leur vie doit être préservée. Cette interdiction peut également ne plus s’appliquer lorsque les ennemis utilisent leurs femmes et leurs enfants comme boucliers humains, en les plaçant de manière à empêcher toute action contre eux. Dans une telle situation, les juristes considèrent que l’imam doit avant tout prendre en considération les intérêts généraux des musulmans et de l’islam.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Le Prophète déclare au cours de cette expédition que celui qui tue un combattant ennemi peut s’emparer de ses dépouilles. Ibn Sayyid al-Nâs affirme à ce sujet : « La prise des dépouilles est devenue une règle reconnue. » Les oulémas divergent toutefois quant à la nature de cette disposition. Certains se demandent si le Prophète l’a instituée en tant que prescription révélée, ayant un caractère permanent à l’image des règles relatives à la prière ou au jeûne, ou s’il l’a établie en sa qualité de chef de la communauté, en fonction de l’intérêt des musulmans dans un contexte particulier. Al-Shâfi‘î considère que cette règle possède un fondement révélé et qu’elle constitue une disposition juridique permanente. Selon lui, le combattant qui tue un ennemi sur le champ de bataille peut s’approprier ses dépouilles sans avoir besoin d’une autorisation préalable de l’imam ou du commandant de l’armée. En revanche, Abû Hanîfa et Mâlik estiment que cette question relève de l’autorité de l’imam. Selon eux, le combattant ne peut s’emparer des dépouilles qu’avec l’autorisation de celui-ci. À défaut d’une telle autorisation, les biens récupérés sont intégrés au butin général et soumis aux règles habituelles qui régissent son partage.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Certains compagnons du Prophète lui demandent, au retour du siège de Tâ’if : « Invoque Dieu contre la tribu de Thaqîf. » Le Prophète leur répond en implorant Dieu de les guider vers le droit chemin. Nous comprenons à travers cette attitude que le combat ne vise pas la destruction des hommes pour elle-même, mais s’inscrit dans l’accomplissement de l’ordre divin consistant à promouvoir le bien et à combattre le mal. Son objectif est de guider les gens vers la vérité et de les préserver du châtiment de l’au-delà. Il en résulte que les musulmans doivent souhaiter aux autres la rectitude, la réforme et l’attachement à la vérité, car telle est la finalité essentielle que poursuit la législation du combat.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Le Prophète déclare à la délégation des Hawâzin après leur conversion : « J’ai retardé le partage du butin entre les combattants, sachant que vous alliez embrasser l’islam. » Les juristes déduisent de cet épisode que les combattants ne deviennent pleinement propriétaires de leur part du butin qu’après sa répartition effective. Tant que le partage n’a pas eu lieu, le butin conserve un statut collectif et n’appartient pas encore individuellement aux combattants. C’est pour cette raison que le Prophète diffère sa distribution dans l’attente de l’arrivée de la délégation des Hawâzin. Ils en déduisent également que l’imam peut restituer les biens à leurs anciens propriétaires lorsqu’ils embrassent l’islam avant que le partage n’ait été effectué, conformément à l’attitude adoptée par le Prophète . En revanche, les biens déjà attribués aux combattants ne peuvent leur être retirés de force.

Nous remarquons d’ailleurs la grande délicatesse avec laquelle le Prophète traite cette affaire. Bien que les musulmans manifestent publiquement leur accord en déclarant qu’ils rendent ces biens de bon cœur, il ne se contente pas de cette approbation générale et veille à obtenir le consentement personnel de chacun. Cette attitude montre que le gouvernant ne peut contraindre les individus à renoncer à des droits ou à des biens qui leur appartiennent légitimement. Même le Prophète , malgré son rang et son autorité, n’impose pas une telle renonciation. Cet épisode illustre ainsi une forme élevée de justice et d’équité, fondée sur le respect des droits individuels et du consentement de chacun.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Nous avons vu que le Prophète traite avec beaucoup d’égards les Mecquois qui embrassent l’islam lors de la libération de La Mecque. Il leur attribue une part importante du butin, sans s’en tenir strictement à la répartition habituelle entre les combattants. Les savants et les juristes déduisent de cette attitude qu’il est permis à l’imam d’accorder davantage aux nouveaux convertis lorsque leur conversion présente un intérêt pour la communauté musulmane ou contribue à renforcer celle-ci. Ces dons peuvent être prélevés sur le butin de guerre. C’est également dans cette logique qu’une catégorie des bénéficiaires de la zakât est constituée des personnes dont les cœurs sont à gagner ou à affermir dans l’islam, lorsque les circonstances et l’intérêt général des musulmans le justifient.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Ces dons ont pour objectif de renforcer la foi encore fragile de certains Mecquois et d’encourager ceux qui se montrent disposés à accueillir l’islam après avoir combattu aux côtés du Messager de Dieu . Il ne s’agit nullement d’acheter des conversions, mais de faire découvrir la générosité du Prophète à des hommes qui ont déjà été témoins de son courage, de sa clémence et de son pardon lors de la libération de La Mecque. Quant à Hâkim b. Hizâm, le don qui lui est accordé s’accompagne d’un enseignement spirituel destiné à corriger certaines dispositions de son caractère. Le Prophète lui rappelle que la main qui donne est meilleure que celle qui reçoit, l’invitant ainsi à entretenir un rapport noble aux biens matériels et à développer la générosité plutôt que l’attachement à ce qu’il reçoit.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Les Ansâr représentent, dans l’histoire des prédications, l’exemple parfait de ces hommes grâce auxquels s’établissent les messages les plus nobles. Une fois les épreuves traversées et le Message solidement implanté, d’autres apparaissent pour recueillir les fruits de leurs efforts. Plus encore, il arrive que ceux-là mêmes qui profitent de leur œuvre critiquent ceux qui ont patiemment entretenu la semence du Message et les privent d’une part de sa récolte. Il ne s’agit pas ici d’une allusion au partage du butin, dont la sagesse est incontestable. Il convient plutôt de souligner que les Ansâr, en raison de leur grande vertu, de leur détachement des biens de ce monde et de leur volonté d’unifier les hommes autour de la religion, renoncent au pouvoir malgré leurs qualités politiques évidentes. Celui-ci finit par revenir aux nouveaux convertis. En effet, trente ans plus tard, le califat musulman revient au clan d’Abû Sufyân b. Harb, c’est-à-dire aux Omeyyades. Nul doute que ces hommes, entièrement dévoués à Dieu, recevront une immense récompense. Pour le croyant, les affaires de ce monde sont trop insignifiantes pour mériter une préoccupation excessive. Il reste néanmoins permis de se demander s’il était réellement dans l’intérêt de l’islam que le pouvoir échoie à de tels gouverneurs et que ceux qui ont porté et protégé le Message dès ses débuts soient écartés, tandis que la direction de la communauté est confiée à des hommes qui n’ont pas connu les épreuves des premières années et ne se sont ralliés à l’islam que plus tard.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

Le Prophète dit la pure vérité lorsqu’il affirme que le démon circule dans le descendant d’Adam comme le sang circule dans ses veines. C’est lui encore qui pousse certains Médinois à critiquer la manière dont le Prophète partage le butin entre les musulmans, allant jusqu’à l’accuser de favoriser ses compatriotes et sa tribu au détriment des Ansâr. Quelle est alors la réponse du Prophète à ces reproches ? Le discours qu’il leur adresse est empreint d’une immense délicatesse et d’un profond amour pour les Médinois. Il laisse également transparaître la douleur qu’il ressent face à une accusation qu’il juge injuste de la part de ceux qu’il aime le plus. En revenant sur ses paroles, on constate qu’il y exprime ses sentiments les plus sincères. Cette tendresse et cet amour bouleversent les Ansâr, qui oublient aussitôt la cause de leur ressentiment et se mettent à pleurer d’émotion. Que représentent l’argent, les troupeaux et les richesses du butin face à l’amour que leur porte le Prophète , lui qui choisit de vivre parmi eux et de terminer sa vie à leurs côtés ? Existe-t-il une preuve plus éclatante de fidélité et d’affection ?

D’ailleurs, le Prophète n’exprime jamais son amour et son estime par l’accumulation des biens. Il accorde aux Qurayshites une part importante du butin afin de gagner leurs cœurs, mais il ne se montre pas plus généreux envers lui-même. Sa part demeure aussi modeste que celle des Médinois. Il se contente du cinquième que Dieu lui attribue et ne tarde pas à le distribuer aux bédouins qui l’entourent. Il dit à ceux qui réclament toujours davantage : « Je n’ai pour moi que le cinquième du butin, et ce cinquième vous sera rendu. » Que Dieu te bénisse, ô Prophète , ainsi que tes compagnons parmi les Ansâr et les Émigrés et qu’Il nous réunisse sous ta protection. Que Dieu fasse de nous ceux qui auront l’honneur de te rencontrer auprès du bassin le Jour de la Résurrection.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

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Le Prophète rappelle aux Médinois que son amour pour eux ne doit pas être évalué à travers la répartition du butin, dont la finalité est avant tout de consolider la foi de certains nouveaux convertis. L’attrait des biens matériels les a momentanément détournés de l’essentiel : l’amour de Dieu, l’amour pour Dieu et l’amour vécu en Dieu, qui dépassent toutes les richesses de ce monde. Alors que les Mecquois repartent avec des biens passagers, les Ansâr rentrent avec le Messager de Dieu lui-même. C’est là la véritable marque de son affection à leur égard et la preuve d’un amour sincère qui dépasse les liens tribaux, familiaux et culturels.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

Immense est la différence entre ce retour victorieux et son arrivée dans cette noble cité huit années auparavant. À cette époque, il y entre pourchassé, en quête de sécurité, étranger aspirant à la compagnie, au soutien et à la compassion. Les Ansâr l’accueillent alors avec chaleur et lui apportent un soutien sans réserve. Ils suivent la lumière descendue du ciel et accordent peu d’importance aux inimitiés que leur vaut cette hospitalité. Cette fois-ci, il revient après la libération de La Mecque, qui a renoncé à son arrogance et à son paganisme et qui s’incline devant celui qui va la fortifier par les vertus de l’islam et passer outre ses fautes passées. Dieu dit : « Quiconque craint Dieu et se montre patient en reçoit la la récompense, car Dieu ne frustre jamais les hommes de bien de leur récompense » (12 : 90).

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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