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Publié le 9 juillet 2026

PARTIE 49 : LA BATAILLE DE MU’TA (L’AN 7)

En l’an 7 de l’Hégire, trois mois après le petit pèlerinage, le Prophète envoie quinze hommes comme émissaires vers la frontière syrienne ; tous sont tués, sauf un survivant. Quelques semaines plus tard, il dépêche al-Hârith b. ‘Umayr à Busrâ, en Palestine, afin de transmettre une lettre à son dirigeant. L’émissaire est intercepté par les Ghassanides, enchaîné puis exécuté. Les musulmans ne peuvent rester sans réaction face à de tels actes, car le meurtre d’émissaires est considéré comme un crime particulièrement grave dans la péninsule arabique. Ne pas répondre à cette trahison aurait encouragé d’autres tribus hostiles à agir de la même manière, rendant impossible la transmission du message dans un climat de sécurité. Le Prophète décide alors d’envoyer une armée de trois mille hommes vers le nord afin de sanctionner les tribus responsables de ces attaques contre des envoyés pacifiques. Cette expédition vise également à manifester la puissance des musulmans face aux Byzantins et à leurs alliés arabes, dans une logique de dissuasion.

Avant le départ de l’armée, le Prophète désigne les commandants en précisant que Zayd b. Hâritha prendra la tête des troupes, et que s’il tombe en martyr, le commandement reviendra à Ja‘far b. Abî Tâlib. Il ajoute que si Ja‘far est tué à son tour, alors ‘Abdallâh b. Rawâha prendra le commandement, et que s’il tombe également, les musulmans devront choisir eux-mêmes leur chef. En entendant cela, Ja‘far réagit et exprime son refus de servir sous le commandement de Zayd. Le Prophète lui répond : « Pars, car tu ne sais pas ce qui est meilleur pour toi. » L’armée se met alors en marche.

Le Prophète ordonne à ses hommes d’appeler les gens à l’islam avec sagesse et de se comporter avec bienveillance. Il leur demande de ne recourir au combat qu’en l’absence de toute autre alternative. Il leur énonce également des règles précises à respecter en cas d’affrontement : « Combattez au nom de Dieu, ne trahissez pas, ne rompez pas vos engagements, ne mutilez pas, et ne tuez ni enfant, ni femme, ni vieillard, ni ermite ; ne coupez pas d’arbres et ne détruisez pas les habitations. » Telles sont les règles de conduite établies par le Prophète . Ces principes demeurent constants et sont repris par Abû Bakr durant son califat. Lorsqu’il envoie l’armée de Usâma contre les Byzantins, il leur dit : « Ne soyez pas traîtres, ne mutilez pas, ne tuez ni enfant, ni vieillard, ni femme. N’abattez pas les palmiers ni les arbres fruitiers, ne brûlez pas les cultures. Ne tuez aucun animal sauf pour vous nourrir. Vous rencontrerez des gens retirés du monde dans leurs lieux de culte : laissez-les dans leur dévotion. » L’islam apparaît ainsi comme une voie fondée sur des règles de conduite précises, où l’action s’inscrit dans un cadre structuré, visant à encadrer les comportements même dans les situations les plus difficiles.

L’armée musulmane quitte Médine en direction du nord pour affronter les Ghassanides, qui ont mobilisé des milliers d’hommes. En chemin, les musulmans apprennent que les Byzantins ont rassemblé environ plus de cent cinquante mille soldats pour soutenir leurs alliés. La situation apparaît alors particulièrement difficile. Arrivés à Ma‘ân, les musulmans se consultent sur la conduite à adopter. La majorité propose de ne rien entreprendre immédiatement et d’écrire au Prophète pour l’informer de l’ampleur des forces ennemies, dans l’espoir de recevoir de nouvelles instructions ou des renforts. Face à cette hésitation, ‘Abdallâh b. Rawâha prend la parole et dit : « Ô gens, par Dieu, ce que vous redoutez est précisément ce pour quoi vous êtes sortis : le martyre. Nous ne combattons pas par le nombre, ni par la force, ni par la multitude, mais par cette religion par laquelle Dieu nous a honorés. Avancez donc ! Nous n’avons devant nous que l’un des deux biens : la victoire ou le martyre. » Les soldats répondent : « Par Dieu, Ibn Rawâha a dit vrai. » Les musulmans reprennent alors leur marche vers le nord.

La mort des porte-étendards

En voyant les troupes impériales byzantines, leurs armures et leurs cavaleries, les musulmans comprennent que les affronter en terrain découvert les exposerait à une défaite rapide. Ils décident alors de rechercher une position plus favorable. Zayd choisit le village de Mu’ta et y organise la défense. Lorsque les Ghassanides et les Byzantins arrivent, l’étroitesse du terrain les empêche d’attaquer massivement : ils ne peuvent engager le combat que de face et par petits groupes. La bataille s’engage et se prolonge durant plusieurs jours, au cours desquels les pertes musulmanes restent limitées, avec douze martyrs recensés.

Voyant que les musulmans résistent à leurs attaques, les Byzantins modifient leur stratégie et concentrent leurs frappes sur le porte-étendard. Dès la reprise des combats, Zayd est tué sous les coups des lances et des flèches. La prédiction du Prophète s’accomplit. Depuis Médine, par la permission de Dieu, le Prophète informe ses compagnons : « Zayd a pris l’étendard et il est tombé en martyr ; puis Ja‘far l’a pris et il est tombé à son tour ; ensuite Ibn Rawâha a subi le même sort. » Les larmes aux yeux, il ajoute : « Puis une des épées de Dieu a pris l’étendard, et Dieu leur a accordé la victoire. » Cette « épée de Dieu » n’est autre que Khâlid b. al-Walîd. Lorsque Ja‘far prend l’étendard, il descend de sa monture, tranche ses jarrets et combat avec détermination jusqu’à être tué. Les récits rapportent que les Byzantins lui coupent d’abord la main droite ; il saisit alors l’étendard de la gauche, qui est à son tour sectionnée. Il continue malgré tout, tenant l’étendard avec ses bras jusqu’à ce qu’un coup fatal mette fin à sa vie. Le Prophète annonce ensuite que Dieu lui a accordé des ailes en récompense de son sacrifice. En ce jour, le Prophète perd deux êtres qui lui sont particulièrement chers : son fils adoptif Zayd et son cousin Ja‘far, récemment revenu à Médine. Lorsque ‘Abdallâh b. Rawâha prend l’étendard, il marque un instant d’hésitation, conscient du destin qui l’attend, puis il se ressaisit et se prépare à poursuivre le combat en récitant les vers suivants :

J’ai juré, ô mon âme, que tu t’y engages,

Tu t’y engages, ou tu y seras contrainte.

Si les gens s’élancent dans le tumulte et élèvent leurs voix,

Pourquoi te vois-je repousser le Paradis ?

Tu es restée trop longtemps en sécurité,

N’es-tu pas comme une vieille outre qui ne contient qu’un peu d’eau ?

 

Ibn Rawâha récita aussi :

Ô mon âme ! Si tu n’es pas tuée, tu mourras,

Voilà la destinée inévitable qui t’attend.

Ce à quoi tu aspirais t’est désormais offert,

Si tu fais comme ces deux-là, tu seras bien guidée.

Ibn Ishâq rapporte que le Prophète dit à ses compagnons, alors qu’il se trouve à Médine : « Zayd b. al-Hâritha prend l’étendard et combat jusqu’à tomber en martyr. Puis Ja‘far le prend et combat jusqu’à tomber en martyr. » Le Prophète se tait alors un instant. Les visages des Ansâr changent, pensant que ‘Abdallâh b. Rawâha a déçu le Messager de Dieu . Puis il ajoute : « Ensuite, ‘Abdallâh b. Rawâha prend l’étendard et combat jusqu’à tomber en martyr. Je les ai vus en rêve au Paradis, allongés sur des lits d’or. J’ai remarqué que le lit de ‘Abdallâh b. Rawâha est légèrement en retrait par rapport aux deux autres. » Un homme parmi les Ansâr demande : « Pourquoi cela ? » Le Prophète répond : « Les deux premiers se sont élancés avec détermination, tandis que ‘Abdallâh a hésité un instant avant de s’engager. » Après consultation, le commandement est alors confié à Khâlid b. al-Walîd.

Le repli entrepris par Khâlid

Lorsque la nuit tombe et que les deux armées se séparent, Khâlid b. al-Walîd réunit ses hommes et les consulte. Il leur explique que la bataille ne peut se conclure par une victoire et qu’il est préférable d’organiser un repli. Ses compagnons approuvent cette décision. Reste alors la question du retrait : une fuite désordonnée dans le désert exposerait les musulmans à une destruction certaine par les Byzantins et les Ghassanides. Khâlid, fin stratège, élabore alors un plan pour se retirer sans être poursuivi. Il met en place une manœuvre destinée à briser le moral de l’ennemi en lui faisant croire à l’arrivée de renforts. Il ordonne aux soldats de l’aile gauche de prendre la place de ceux de l’aile droite, et à l’arrière-garde de remplacer l’avant-garde, profitant du fait que les deux armées se sont observées pendant plusieurs jours et connaissent leurs positions respectives.

Certains spécialistes de la sîra rapportent même qu’il demande à ses hommes de se laver, de changer d’apparence et de confectionner de nouveaux étendards, afin de renforcer l’illusion d’une nouvelle armée. Mais Khâlid ne s’arrête pas là : il détache plusieurs centaines de cavaliers qu’il place à distance du champ de bataille, avec pour consigne d’entrer en mouvement après le lever du soleil, au moment où les deux armées se font face. Leur déplacement soulève un nuage de poussière, donnant à l’ennemi l’impression qu’un renfort massif est en train d’arriver.

Un spécialiste militaire explique : « Khâlid décide de se retirer de la bataille afin de dégager les musulmans de la situation critique dans laquelle ils se trouvent. Profitant de la nuit et de l’obscurité, il réorganise ses troupes et met en place une arrière-garde solide pour couvrir la retraite. Cette arrière-garde mène une manœuvre de diversion afin de ralentir la poursuite ennemie et de préserver le gros des forces de tout encerclement. Elle se déploie sur un front étendu, contraignant l’ennemi à faire de même, ce qui diminue sa puissance d’impact. Elle crée également une forte agitation, donnant l’illusion de l’arrivée de renforts et empêchant ainsi l’ennemi de comprendre que les musulmans se retirent. Une poursuite dans ces conditions aurait entraîné pour lui de lourdes pertes. » Ainsi, les musulmans parviennent à se retirer sans pertes importantes, alors même que la retraite constitue l’une des opérations militaires les plus délicates. Ce retrait mené par Khâlid, face à un ennemi largement supérieur en nombre, peut être considéré comme une véritable réussite stratégique, voire comme un exploit remarquable. En effet, les pertes musulmanes se limitent à douze hommes, dont les trois commandants.

Le matin, les musulmans mettent leur plan à exécution. À la vue des troupes, les Byzantins pensent faire face à une nouvelle armée, et une rumeur se répand parmi eux selon laquelle les forces qu’ils affrontaient depuis plusieurs jours se sont retirées pour se reposer tandis que des renforts les ont remplacées. Profitant de cette confusion, les musulmans lancent une attaque et infligent des pertes importantes à l’ennemi, puis Khâlid ordonne le repli. Les chefs byzantins, craignant un stratagème, interdisent à leurs soldats de poursuivre, de peur de tomber dans un piège. C’est ainsi que les musulmans parviennent à regagner Médine en toute sécurité, sans être inquiétés par leurs adversaires.

Lorsque l’armée musulmane s’approche de Médine, le Prophète sort à sa rencontre avec ses compagnons. Il est en pleurs. Sa‘d b. ‘Ubâda l’interroge sur cette émotion, et le Messager de Dieu répond qu’il s’agit de l’amour qu’éprouve celui qui pleure pour ses proches. À leur retour dans la ville, certains habitants jettent de la poussière au visage des soldats, exprimant leur mécontentement face à leur retrait. En voyant cela, le Prophète dit : « Ils ne sont pas des fuyards, mais des hommes qui reviendront à l’attaque, si Dieu le veut. »

Analyses et Enseignements

Concernant la réaction négative de Ja‘far lorsqu’il apprend que le commandement de l’armée est confié à Zayd, il faut comprendre que le croyant n’est pas un ange. C’est un être humain comme les autres, avec ses qualités, ses limites et ses erreurs. Cependant, ce qui le distingue, c’est son attitude face à la vérité et à la remise en question. Lorsqu’une idée erronée ou un comportement inapproprié lui est signalé, il s’efforce de l’abandonner et de se corriger. Les véritables croyants sont ceux qui acceptent de revenir sur leurs erreurs lorsqu’elles leur sont montrées et qui cherchent à rectifier leur conduite lorsqu’ils reconnaissent s’être trompés. Au lieu de s’attacher obstinément à leurs opinions, ils restent ouverts au conseil et à la critique constructive. Ils sont prêts à modifier leur comportement lorsque la vérité leur apparaît, même si cela exige un effort ou va à l’encontre de leurs préférences personnelles. Ainsi, le croyant cherche à se soumettre à la vérité et à ce qu’il considère comme juste, plutôt qu’à ses seules passions ou à son orgueil.

Wahidudine Khan (Mohamed un Prophète pour l’humanité)

Le Prophète autorisa les musulmans à choisir un chef lorsqu’aucun dirigeant n’avait été désigné ou lorsqu’il leur était demandé de choisir eux-mêmes la personne qu’ils jugeaient la plus apte à exercer cette responsabilité. Al-Tahâwî affirme : « C’est ainsi que les musulmans ont pu choisir un homme capable de remplacer l’imam pendant son absence. » Le Prophète reconnaissait également la légitimité des efforts de réflexion et de consultation des musulmans pour gérer leurs affaires et trouver des solutions aux situations qu’ils rencontraient, y compris de son vivant.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Après la mort des trois commandants, Thâbit b. Aqram saisit l’étendard et déclara : « Musulmans, mettez-vous d’accord sur un commandant ! » Les combattants le choisirent alors pour diriger l’armée, mais il refusa cette responsabilité. Ils désignèrent ensuite Khâlid b. al-Walîd. Le refus de Thâbit ne relevait pas de la peur ou de la lâcheté. Il estimait simplement que d’autres étaient plus compétents que lui et plus aptes à porter cette responsabilité. Son attitude illustre l’importance de reconnaître les qualités des autres à leur juste valeur et de ne pas rechercher le commandement par orgueil ou intérêt personnel. Elle montre également qu’il est parfois préférable de laisser la place à plus qualifié que soi afin d’éviter les conséquences qu’une direction inadaptée pourrait entraîner.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

Parmi les recommandations du Prophète figure la possibilité pour le chef des musulmans de désigner un commandant sous certaines conditions et de prévoir plusieurs responsables appelés à se succéder dans une même mission. C’est ainsi que le Prophète nomma successivement Zayd, puis Ja‘far, puis ‘Abdallâh b. Rawâha comme commandants de l’armée. Les savants expliquent que ces chefs acquièrent leur statut dès leur désignation par l’autorité compétente, mais qu’ils n’exercent effectivement le commandement que de manière successive, selon l’ordre établi.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Un fait marquant ressort de cette bataille : le courage et la détermination exceptionnels des musulmans, présentés comme sans équivalent parmi les peuples de leur époque. Animés par une foi profonde, ils faisaient preuve d’une grande assurance face à des adversaires réputés pour leur puissance et leur influence. Leur engagement leur permettait d’affronter les épreuves avec une remarquable fermeté. Cet état d’esprit ne se limitait pas aux combattants. Selon les récits, il imprégnait également les plus jeunes, qui grandissaient dans une communauté valorisant le courage, la persévérance et le dévouement. Ainsi, lorsque l’armée revint de Mu’ta, des enfants lui crièrent : « Fuyards ! Vous avez fui la voie de Dieu ! » Ce récit illustre l’éducation reçue par cette génération, façonnée par la foi et la conviction. Il invite à s’interroger sur le rôle joué par leurs parents, sur les valeurs qu’ils leur transmettaient et sur la manière dont ils les formaient dès leur plus jeune âge. Autant de réflexions qui mettent en lumière l’importance de l’éducation familiale dans la transmission des valeurs.

Muhammad al-Ghazâlî (Fiqh al-Sîra)

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Ce qui frappe le plus dans cette expédition est l’immense disproportion entre les effectifs des musulmans et ceux de leurs adversaires, les Byzantins et leurs alliés arabes. Selon Ibn Ishâq, Ibn Sa‘d et les ouvrages de sîra, l’armée ennemie comptait environ 200 000 hommes, tandis que les musulmans n’étaient que 3 000. L’armée adverse était donc près de cinquante fois plus nombreuse. À cette supériorité numérique s’ajoutait une puissance matérielle considérable, dont les musulmans, en raison de leur pauvreté, ne disposaient pas. Malgré cela, et en l’absence du Prophète , les musulmans avancèrent au lieu de fuir. Ils affrontèrent une armée qui, par son nombre, pouvait aisément les encercler et les anéantir. Leurs commandants tombèrent successivement au combat, mais les combattants continuèrent à faire preuve d’un courage remarquable et affrontèrent la mort avec une détermination exceptionnelle. Dieu inspira également une crainte dans le cœur d’un grand nombre de leurs adversaires, ce qui affaiblit leur résistance et permit aux musulmans de tenir leurs positions, de repousser une partie de leurs ennemis et d’infliger de lourdes pertes. Ce qui peut paraître étonnant s’explique, selon cette lecture, par la force de la foi en Dieu, la confiance en Ses promesses et la certitude de Son soutien. Comme le rappelait ‘Abdallâh b. Rawâha, les musulmans ne combattaient pas en comptant sur leur nombre ou leur armement, mais sur la religion par laquelle Dieu les avait honorés.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Le hadith dans lequel le Prophète annonce la mort des trois martyrs met particulièrement à l’honneur Khâlid b. al-Walîd. À la fin de ce récit, le Prophète déclare que l’étendard fut confié à l’une des « épées de Dieu », par laquelle Dieu accorda la victoire aux musulmans. Cette bataille de Mu’ta était la première à laquelle Khâlid participait après sa conversion à l’islam.

Ce hadith montre également que c’est le Prophète lui-même qui lui donna le surnom de « l’Épée de Dieu ». Khâlid fit preuve d’un courage exceptionnel durant cette expédition. Al-Bukhârî rapporte qu’il disait : « Neuf épées se brisèrent dans mes mains lors de la bataille de Mu’ta, et il ne me resta qu’une lame yéménite. » Ibn Hajar ajoute que ce hadith montre également que les musulmans infligèrent de lourdes pertes à leurs adversaires. À leur retour à Médine, certains habitants les accueillirent en les traitant de « fuyards » et en leur reprochant d’avoir abandonné le combat dans la voie de Dieu, car ils n’avaient pas poursuivi les Byzantins après leur repli, contrairement à ce qui s’était produit lors d’autres expéditions. Khâlid préféra cependant ordonner le retour après avoir atteint l’objectif militaire. Comme nous l’avons vu, cette décision relevait d’une stratégie visant à préserver, dans l’esprit des Byzantins, l’image de la puissance et de la détermination des musulmans. C’est pourquoi le Prophète répondit à ceux qui les accusaient de fuir qu’il ne s’agissait pas d’une fuite, mais d’un repli qui serait suivi, si Dieu le voulait, d’un nouveau départ.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Nous avons vu comment le Prophète annonça à ses compagnons la mort de Zayd b. Hâritha, de Ja‘far b. Abî Tâlib et de ‘Abdallâh b. Rawâha, les yeux remplis de larmes, alors qu’une très grande distance le séparait d’eux. Ce récit montre que Dieu permit au Prophète d’être informé de ce qui se déroulait sur le champ de bataille, près du Cham, afin qu’il en informe ses compagnons. Cet événement est considéré comme l’un des miracles par lesquels Dieu honora Son Prophète . Ce hadith met également en évidence la profonde compassion que le Prophète éprouvait pour ses compagnons. En annonçant la mort de ces martyrs, il versa des larmes, mais celles-ci ne traduisaient en rien une contestation du décret de Dieu. Comme il le disait lui-même : « Les yeux versent des larmes et le cœur est attristé. » Cette tristesse relevait de la sensibilité naturelle et de la miséricorde que Dieu a placées dans le cœur de l’être humain.

Muhammad S. R. Al-Bûtî (Fiqh al-Sîra)

Le Prophète apprit à ses compagnons à exprimer sans réserve l’amour qu’ils portaient aux autres. Face à la mort, il ne convenait ni de cacher ni de refouler les émotions, car les larmes sont une manifestation naturelle de l’amour et de la douleur lorsqu’elles s’expriment avec dignité. Malgré son rang exceptionnel, le Prophète pleurait avec humilité et n’éprouvait aucune gêne à laisser transparaître sa sensibilité, montrant ainsi que la force de la foi n’exclut pas la profondeur des sentiments.

Tariq Ramadan (Muhammad, vie du Prophète)

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