Les Qurayshites pensent que leurs caravanes, qui partent du Yémen en direction de La Mecque, ne risquent rien de la part des musulmans. Pourtant, l’expédition commandée par ‘Abdallah b. Jahsh avant la bataille de Badr leur prouve le contraire. Le Prophète ﷺ lui remet une lettre à ouvrir seulement après deux jours de marche. Lorsqu’il l’ouvre à l’instant prévu, il découvre un ordre : se rendre à Nakhla et y observer les mouvements d’une caravane qurayshite. Aucun ordre d’attaque n’est mentionné. Le mois de Rajab est en cours, un des quatre mois sacrés de l’année, durant lesquels les combats sont interdits pour les Arabes. Le Prophète ﷺ choisit ces mois de trêve pour envoyer ses compagnons, espérant ainsi écarter toute riposte des Qurayshites. Une fois sur place, les neuf croyants parmi les Muhâjirûn repèrent la caravane installée sans méfiance à proximité. Le doute les envahit : peuvent-ils l’attaquer ou non ? Le Prophète ﷺ ne leur a rien dit sur le combat, et la question du respect des mois sacrés reste en suspens. Certains compagnons argumentent : « Si vous les laissez passer, ils atteindront le sanctuaire de La Mecque et vous ne pourrez plus rien faire. Mais si vous les attaquez aujourd’hui, ce sera pendant le mois sacré. »
Finalement, ils décident d’attaquer en voyant deux membres influents des Banû Makhzûm connus pour leur hostilité envers l’islam. Une flèche tue un Qurayshite, deux autres sont faits prisonniers, et le butin est ramené à Médine. Les compagnons se partagent les biens et réservent une part pour le Prophète ﷺ. Mais celui-ci refuse d’y toucher : « Je ne vous ai pas ordonné de combattre pendant les mois sacrés. » Les Qurayshites saisissent cette occasion pour accuser publiquement le Prophète ﷺ d’avoir violé la trêve sacrée. Les juifs de Médine s’en saisissent aussi comme d’un mauvais présage. Aucun d’eux ne rappelle pourtant que ces mêmes Qurayshites ont expulsé les musulmans de la Mosquée sacrée, torturé les croyants et rejeté la révélation. Personne ne dit non plus que le sacré a déjà été violé par eux depuis la première révélation.
Ce scandale, largement diffusé, vise à ternir l’image des musulmans et à justifier de nouvelles alliances contre eux. En réponse à cette propagande, Dieu révèle : « Ils t’interrogent aussi sur le mois sacré et s’il y est permis de combattre. Réponds-leur : ‘Certes, combattre en ce mois est un vrai sacrilège ! Mais éloigner les gens de la Voie de Dieu, renier Dieu, détourner les fidèles de la Mosquée sacrée et chasser de son enceinte ceux qui l’habitent est un sacrilège bien plus grave encore auprès de Dieu, car la subversion est plus grave que la guerre’ » [2 : 217]. Après cette révélation, le Prophète ﷺ libère les deux prisonniers, dont l’un embrasse l’islam. Il verse aussi le prix du sang à la famille de la victime. Quelques jours plus tard, une nouvelle révélation majeure intervient, marquant un tournant dans la pratique rituelle : l’orientation de la prière change. Dorénavant, les musulmans ne se tournent plus vers Jérusalem, mais vers la Ka‘ba, à la Mecque.
- L’indignation sélective des négateurs
Le tollé soulevé par les négateurs pour remettre en cause la conduite des combattants musulmans était totalement infondé. N’avaient-ils pas eux-mêmes piétiné tous les préceptes sacrés lorsqu’ils ont attaqué l’islam et persécuté ses fidèles ? Pourquoi donc se scandaliser soudainement de voir ces valeurs violées, alors qu’ils furent les premiers à les profaner sans scrupule ? Les musulmans ne vivaient-ils pas au cœur même des lieux sacrés lorsque leurs ennemis décidèrent d’assassiner leur Prophète ﷺ et de s’emparer de leurs biens ? Il est des gens qui ne brandissent les principes et les lois que lorsqu’ils servent leurs intérêts ; mais dès que ces lois se dressent contre leurs ambitions, ils les rejettent sans la moindre gêne. Tout devient alors une question d’intérêt personnel, et non de vérité ni de justice.





